NAIROBI, 18 avr (IPS) – Deux organisateurs présumés de violences autour de celles survenues pendant les élections de décembre 2007 au Kenya ont tenu des discours passionnés au cours d'un rassemblement politique bruyant à Nairobi le 11 avril, quelques jours seulement après qu’un juge de la Cour pénale internationale (CPI) leur a conseillé de s'abstenir de propos incendiaires.
Cependant, contrairement aux rassemblements passés, les suspects – le ministre des Finances, Uhuru Kenyatta et le ministre de l'Enseignement supérieur, William Ruto, suspendu – ont jeté le voile au lieu de remarques acerbes directes contre leur principal rival politique, le Premier ministre Raila Odinga. D'autres intervenants ont déclaré que toutes les suggestions auxquelles les deux hommes politiques s’étaient précédemment engagés à travers des discours haineux, étaient sans fondement. Le 7 avril, le juge Ekaterina Trendafilova a dit que la CPI était préoccupée par “l’existence de certains mouvements tendant à déclencher à nouveau des violences dans le pays par l'utilisation de certains propos dangereux”. La cour a convoqué six suspects ayant des liens avec les violences de 2007-2008, qui ont fait plus de 1.000 morts. Trendafilova a prévenu tous les six, qui ont comparu devant la CPI pour la première fois il y a environ deux semaines, que l'utilisation continue de propos incitant à la violence pourrait amener les juges à remplacer les assignations par des mandats d'arrêt. Elle n'était pas la première à désapprouver les propos de certains des suspects. Dans les semaines qui ont précédé les comparutions devant la CPI, comme Kenyatta et Ruto ont organisé une série de rassemblements dans le cadre d'une “tournée de prière” à l’échelle nationale, des inquiétudes par rapport au contenu de leurs discours ont été soulevées par un certain nombre de groupes de la société civile, ainsi que par l’ex-président kényan, Daniel arap Moï, et l'ancien secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan. Au début de ce mois, la Commission pour la cohésion et l'intégration nationales a déclaré qu'elle enquêtait sur les politiciens qui auraient incité des foules pendant qu’ils intervenaient dans le cadre de la tournée. Un article publié le 3 avril dans le journal 'Daily Nation' du Kenya a cité plusieurs exemples de déclarations d'incitation faites par Kenyatta. Au cours d'un rassemblement à Githunguri, il aurait dit: “Maintenant que Raila continue de qualifier certains d'entre nous d’ivrognes, est-ce que nous allons boire avec son épouse? Et maintenant qu'il n'arrête pas de nous dire d’aller à La Haye, La Haye est-elle la place de sa mère? La Haye est-elle la place de votre mère pour que vous continuez de chanter à ce sujet?”. Kenyatta a été également cité comme ayant déclaré: “Nous n'avons pas un problème avec les gens de la [province] de Nyanza, mais avec un seul homme, et vous savez de qui il s’agit” – une référence évidente à Odinga. Toutefois, le 11 avril, les propos tenus par Ruto et Kenyatta étaient décidément plus souples. Ruto a commencé par un appel à la paix, disant: “Un Kényan ne doit plus jamais perdre la vie ou ses biens pour cause de bataille politique”. Il s’est permis de lancer une petite remarque désobligeante à Odinga, affirmant que “Les problèmes du Kenya ne peuvent pas être résolus par des paraboles”, une référence à une manière rhétorique préférée du Premier ministre. Kenyatta a suivi dans la même lancée, remerciant le public fort de 5.000 personnes réunies à Uhuru Park dans le centre de Nairobi – dont certains brandissaient des bannières sur lesquelles était écrit “Président Uhuru” et “Heureux de recevoir notre héro Uhuru” – pour leur soutien, et déclarant: “Je ne veux pas parler avec colère, mais avec patience”. Plus tard, il a indiqué: “La communauté internationale ne devrait pas se mêler des affaires du Kenya. Nous avons assez de capacité pour résoudre nos problèmes”. Cela a été une réprimande – quoique subtile – de la proposition d’Odinga d’amener le Bureau fédéral d’investigation ou 'Scotland Yard' à enquêter sur les cas de violences postélectorales. Ce ne sont pas tous les intervenants qui correspondaient à la civilité des suspects. Mohamed Ali Mohamud, un parlementaire aligné avec Ruto et Kenyatta, a critiqué le Mouvement démocratique orange d’Odinga pour le fait de se plaindre de supposés propos d’incitation à la haine dans une lettre adressée à la CPI, et a juré d'écrire sa propre lettre pour la défense des suspects. Plus tard, deux intervenants, dont Rafael Wanjala, un ancien député, sont allés jusqu'à mettre toutes les accusations pour les violences de 2007-2008 – qui ont commencé après qu’Odinga a été déclaré perdant dans une course serrée avec le président sortant Mwai Kibaki – carrément aux pieds du Premier ministre. “Les gens se sont battus à cause de Raila. Raila est un homme très dangereux”, a déclaré Wanjala. Le procureur général de la CPI, Luis Moreno-Ocampo, prépare actuellement des accusations contre six suspects dans deux cas distincts. Tous les six sont accusés de crimes contre l'humanité tels que le meurtre, le transfert forcé et la persécution. Trois sont également confrontés à des accusations de torture, et les trois autres sont accusés aussi de viol et d’autres actes inhumains. Après les audiences prévues pour septembre, les juges décideront s’il faudra confirmer ces accusations et soumettre les suspects à un procès.

