MBABANE, 14 avr (IPS) – Alors que le Swaziland a du mal à atténuer sa crise budgétaire avec l’aide étrangère parce qu’il est classé par la Banque mondiale comme un pays à revenu intermédiaire plus bas, le gouvernement a augmenté le budget pour le roi Mswati III, le dernier monarque absolu restant en Afrique, et l’une des majestés les plus riches au monde.
Cette initiative est intervenue malgré des chiffres indiquant que pendant que le nombre de personnes vivant avec moins de deux dollars par jour a baissé de six pour cent entre 2001 et 2010, le bien-être des gens les plus pauvres, qui représentent 30 pour cent de la population, ne s’est pas amélioré.
“Il a été démontré que la croissance économique que le pays a connue pendant les années 2000 n’a pas favorisé les pauvres”, indique le rapport de l’Enquête sur le revenu et les dépenses des ménages au Swaziland. Plus de 160.000 personnes dépendent de l’aide alimentaire pendant que 26 pour cent de la tranche d’âge productive, de 15 à 49 ans, vivent avec le VIH.
Les recettes budgétaires du Swaziland prévues pour cette année s’élèvent à la modique somme de 1,2 milliard de dollars, avec des subventions s’élevant au “minimum” à 57 millions de dollars, selon le ministre des Finances, Majozi Sithole.
Maintenant que le gouvernement est confronté à des défis fiscaux, le pays sent que l’aide étrangère baisse de façon plus intense. Suite à la diminution considérable des recettes de l’Union douanière d’Afrique australe (SACU), avec lesquelles le Swaziland finançait son budget jusqu’à 60 pour cent, le pays a plus besoin de l’aide étrangère que par le passé.
Pat Muir, le secrétaire général du ministère de l’Education et de la Formation, affirme que “le classement du pays par la Banque mondiale fait qu’il nous est impossible d’entrer en partenariat avec des organisations internationales qui pourraient nous aider dans certains de nos services”.
Lorsque le gouvernement décide d’augmenter l’aide étrangère, les bailleurs rappellent toujours à Mbabane que le Swaziland n’est pas considéré comme un pays assez pauvre pour “bénéficier” beaucoup de ce type d’assistance, indique Muir.
Sithole dénonce la répartition inégale des richesses du Swaziland, qui fait qu’il est classé comme un pays à revenu intermédiaire plus bas. Ce statut est basé sur une élite représentant seulement 10 pour cent de la population, mais qui contrôle 60 pour cent des richesses du pays.
En 2009, le magazine 'Forbes Magazine' a cité Mswati III, dont la richesse est estimée à 100 millions de dollars, sans compter 10 milliards de dollars qui auraient été mis dans des sociétés de placement en son nom par le roi défunt Sobhuza II, son père. Le gouvernement du Swaziland n’est pas arrivé à démentir ces affirmations.
Malgré cette crise budgétaire, le gouvernement a augmenté le budget de Mswati, de 24 millions de dollars en 2010 à 30 millions de dollars en 2011.
Ceci se passe au moment où le gouvernement, comme l’a conseillé le Fonds monétaire international (FMI), est en train de réduire les salaires de cinq pour cent et de geler des salaires pour les trois prochaines années afin de faire baisser de cinq pour cent chaque année la masse salariale publique, la plus élevée dans la région.
“Les fonctionnaires devraient choisir entre gagner 90 pour cent de leurs salaires, ou rien du tout s’ils insistent à avoir 100 pour cent de leurs salaires”, a récemment annoncé Sithole.
Evidemment, de telles mesures ne s’appliquent pas au budget royal.
Le statut de pays à revenu intermédiaire plus bas du Swaziland pose également un problème aux organisations de la société civile puisque l’attention des bailleurs est tournée vers les pays les moins avancés.
Selon Emmanuel Ndlangamandla, directeur de l’Assemblée de coordination des organisations non gouvernementales (CANGO), l’aide étrangère au Swaziland commence par baisser depuis les années 1990.
“Depuis ce temps, des ONG réduisent leurs activités parce que les bailleurs ne sont pas intéressés à accorder des financements au Swaziland à cause de son statut de pays à revenu intermédiaire plus bas”, souligne Ndlangamandla.
Ce qui a davantage aggravé le problème, déclare Khangezile Dlamini, la secrétaire générale du Conseil des églises du Swaziland (CSC), c’est le système de gouvernance qui engendre la corruption et ne permet pas la transparence.
“Des bailleurs nous disent que le gouvernement organise les festivités de l’anniversaire du roi tous les ans, alors qu’il n’arrive pas à subvenir aux besoins de sa population pauvre”, a expliqué Dlamini. Malgré la crise budgétaire, le gouvernement envisage toujours d’organiser les festivités de l’anniversaire du roi le 19 avril.
Elle a indiqué que le CSC a dû interrompre un programme dans lequel l’organisation installait des puits artésiens pour les communautés pauvres dans les zones en proie à la sécheresse. “Nos donateurs nous ont dit que le gouvernement devrait être responsable de la fourniture de ces services à son peuple”.
La corruption dans le pays est un problème majeur, avec Sithole affirmant que le gouvernement perd 11 millions de dollars tous les mois à cause de ce fléau: “Nous voyons également beaucoup de dépenses excessives de la part du gouvernement où les ministères achètent de grosses voitures chères, juste pour être utilisées sur les routes goudronnées”.
La consommation ostentatoire au cours des années a été aggravée par la disponibilité de l’argent provenant des recettes de la SACU. “Une grande fête est arrivée à sa fin”, a déclaré Joannes Mongardini, le chef de mission du FMI pour l’Afrique.
La baisse des recettes de la SACU a suivi la crise économique mondiale qui avait réduit la taille des exportations de la SACU, dont le Botswana, le Lesotho, la Namibie et le Swaziland (BLNS) sont membres, ainsi que l’Afrique du Sud.
Les recettes de la SACU ont été réduites, de plus de 700 millions de dollars pour la période 2009-2010 à environ 400 millions de dollars pour la période 2011-2012, a souligné Sithole, pour justifier les crédits à accorder par la Banque africaine de développement (BAD).
“Nous avons besoin d’aide pour augmenter nos recettes qui ne proviennent pas de la SACU”, a déclaré Sithole au cours d’un forum d’analyse budgétaire auquel ont participé la BAD et le FMI.
Le Swaziland est sous le programme suivi par le personnel du FMI, qui exige qu’une délégation de l’institution financière internationale visite le pays tous les six mois pour observer sa gestion budgétaire.

