LILONGWE, 11 avr (IPS) – Mercy Kaduya, grande auditrice de la radio et petite productrice de coton de Chikhwawa à Nsanje, dans le sud du Malawi, venait d’apprendre pendant la rubrique des actualités internationales que les prix du coton ont atteint un record sur le marché international.
“Je suis très enthousiaste. Je suis impatiente de vendre mon coton cette année. Je me félicite aussi de n’avoir pas renoncé à cette culture en 2009 lorsque les prix étaient mauvais”, a confié Kaduya à IPS. Le Comité international consultatif sur le coton (ICAC) a annoncé au début de mars 2011 que les prix mondiaux du coton ont atteint un nouveau record de deux dollars la livre (0,5 kilogramme) en février 2011. L’ICAC est une institution mondiale représentant les gouvernements, qui sensibilise et promeut l’action coopérative sur les questions de coton dans le monde entier. L’ICAC a indiqué que bien que les prix du coton devraient baisser par rapport aux niveaux records, on s’attend à ce qu’ils demeurent sensiblement plus élevés que la moyenne de 60 cents de dollar par livre qui a prévalu au cours des 10 dernières années. La hausse des prix a été attribuée à une offre limitée de la culture, à une forte demande et à la dépréciation du dollar américain. L’économie du Malawi est très dépendante de l’agriculture, avec le coton qui contribue aux recettes en devises avec 32 millions de dollars. Cette culture est la quatrième plus grande source de devises du pays, après le tabac, le sucre et le thé. Le tabac contribue pour 60 pour cent des recettes extérieures du pays. Kaduya a déclaré à IPS qu’elle a subi d’énormes pertes sur le marché local en 2009 lorsque les acheteurs ont proposé des prix bas qui se situent entre 28 et 30 cents le kilogramme. Les acheteurs ont attribué les prix bas à la récession mondiale qui a provoqué l’effondrement des prix sur le marché international. Le gouvernement du Malawi a également accusé les acheteurs de coton d’exploiter les petits producteurs, ce qui a conduit à une impasse ayant abouti à une imposition d’interdiction de vente de coton par le gouvernement. “Certains de mes produits ont été détruits en pleine conservation dans ma maison parce que je ne pouvais pas les amener au marché à temps”, a indiqué Kaduya. “J’ai utilisé le peu d’argent que j’ai gagné en 2009 pour rembourser les crédits pour les intrants et les pesticides que j’ai utilisés dans la production de la culture. J’ai envisagé d’abandonner la production du coton. “Mais j’ai réfléchi: 'il faut que je lui donne encore une chance'. Plusieurs producteurs de mon voisinage ont cessé de produire le coton après cette mauvaise expérience”, a expliqué Kaduya. La campagne agricole de 2010 a donné à Kaduya et aux producteurs qui sont restés fidèles à la production du coton un certain espoir. Les prix minima sont passés à 75 cents le kilogramme. Les producteurs comme Kaduya sont de plus en plus optimistes que les prix seront encore meilleurs cette année dès que la tendance sur le marché international s’infiltrera vers le marché malawite. Le secrétaire principal au ministère de l’Agriculture, Andrew Daudi, a indiqué les journalistes locaux après l’annonce de l’ICAC que les prix étaient au plus haut. Les projections de la production du coton au Malawi pour 2011 sont passées à 55.000 tonnes métriques à partir de 29.000 tonnes métriques en 2010. “La culture a attiré de bons prix l’année dernière parce que plusieurs producteurs avaient abandonné la production du coton à la suite des mauvais prix de 2009. Il y a eu une forte demande et, par conséquent, les prix ont flambé”, a expliqué Daudi. Il a ajouté que les producteurs qui ont continué de s’engager dans cette culture ont produit davantage en 2011 à cause de l’évolution positive des prix. La “Cotton Development Trust” (la Société de développement du coton – CDT), qui travaille pour une transaction juste entre les producteurs et les acheteurs sur le marché du Malawi, se réjouit également de cette évolution sur le marché international. Le porte-parole de la CDT, Duncan Warren, a dit par anticipation qu’il y aurait une rude concurrence au cours de 2011 entre les acheteurs de coton et que cela serait bon pour les petits producteurs. “Les égreneurs ont déjà manifesté l’intérêt d’acheter le coton aux producteurs à un bon prix et nous sommes optimistes que toutes les personnes impliquées seront heureuses”, a souligné Warren. Les petits producteurs vendent le coton brut aux égreneurs qui le transforment et le vendent sur le marché international.

