AFRIQUE DU SUD: Une politicienne déterminée en lice pour la mairie

LE CAP, 7 avr (IPS) – La femme décrite par l’ancien président sud-africain Nelson Mandela comme sa “politicienne préférée de l’opposition”, Patricia De Lille, s’est portée candidate au poste de maire de la ville du Cap.

“Nous pouvons rendre une grande ville encore plus grande”, a déclaré De Lille au cours de l’annonce de sa candidature.”Le Cap, c’est ma maison. Mes parents ont vécu dans cette ville, je vis ici depuis les années 1960, et j’ai commencé ma carrière politique dans le mouvement de résistance à Cape Flats”.

De Lille, leader du parti 'Independent Democrat' (Démocrates indépendants – ID), a formé une alliance controversée avec la 'Democratic Alliance' (l’Alliance démocratique – DA) dirigée par Helen Zille, un parti largement perçu comme représentant la minorité blanche privilégiée d’Afrique du Sud. Pourtant, De Lille s’est d’abord illustrée comme un leader engagé du Congrès panafricaniste (PAC), vêtue d’une tenue traditionnelle africaine et scandant des slogans contre les occupants au cours des rassemblements.

Louée et respectée par certains, crainte et méprisée par d’autres, qui est exactement cette politicienne chevronnée? Née en 1951 dans la petite ville de Beaufort West dans Le Cap occidental, la première idole politique de Patricia De Lille était son père Henry Lindt, un enseignant qui, dit-elle, a inculqué à ses enfants la fierté d’être Africain. Robert Sobukwe, le fondateur du PAC, était son autre héro. De Lille a commencé à travailler comme technicienne de laboratoire dans une usine de peinture en 1974, où elle est restée jusqu’en 1990. Pendant ce temps, elle s’est impliquée dans le Syndicat des travailleurs sud-africains de l’industrie chimique (SACWU), servant de déléguée syndicale avant de devenir secrétaire régionale. En 1983, elle a été élue dans le bureau exécutif national du syndicat. Cinq ans plus tard, elle a évolué pour devenir la vice-présidente nationale du Conseil national des syndicats (NACTU) – le poste le plus élevé occupé par une femme dans le mouvement syndical en Afrique du Sud, dominé par des hommes à ce jour.

Avec la levée de l’interdiction du PAC et des autres organisations politiques en 1990, elle a été nommée secrétaire des affaires étrangères et secrétaire au secours et à l’assistance du parti. Elle a conduit la délégation du PAC dans les négociations constitutionnelles qui ont précédé la première élection démocratique en Afrique du Sud en 1994. Entre 1994 et 1999, elle a été députée pour le PAC, servant comme présidente de la Commission des transports et chef de file du parti. Elle a aussi servi dans les commissions de divers portefeuilles, y compris la santé, les mines et l’énergie, le commerce et l’industrie, la communication, la Commission des règles et des codes de déontologie.

En tant que parlementaire, De Lille est connue pour sa franchise sur les questions, entre autres, de corruption, du VIH/SIDA, et de maltraitance des femmes et des enfants. Peut-être que le cas le plus visible était celui où elle a utilisé son immunité parlementaire pour jouer le rôle de dénonciatrice, mettant en lumière la corruption dans une affaire d’achat d’armes de 4,8 milliards de dollars. Accusée d’être une “mauvaise patriote”, elle n’a pas été découragée par les menaces de mort pour avoir publiquement dénoncé la corruption.

Dans sa biographie, elle écrit: “Lorsque mes opposants m’attaquent, je ne vais pas pleurer dans un coin comme une poule mouillée et dire 'Oh vous savez, ils m’ont attaquée, je suis une femme'. J’attends seulement la prochaine occasion pour répliquer. C’est comme cela que je me comporte au parlement et évidemment, tout le monde n’aime pas cela”.

En 2003, elle a rompu avec le PAC pour former son propre parti politique, le 'Independent Democrat'. De Lille a parlé de son nouveau parti: “On ne nous collera pas l’étiquette de communistes, de socialistes ou de capitalistes. Nous serons des constitutionnalistes”.

Le nouveau parti a bien réussi au départ. En 2004, elle a reçu le prix du 'Old Mutual South African Leadership Award' comme étant la première femme sud-africaine à avoir formé son propre parti politique, à avoir fait campagne et gagné des sièges dans les gouvernements national, provincial et local.

Sous sa direction, l’ID a fait campagne pour l’extension de l’Allocation de soutien à l’enfance, une augmentation des pensions et des allocations sociales ainsi que pour des soins et un traitement meilleurs des personnes atteintes du VIH/SIDA. Le parti a également conduit avec succès la campagne 'Accès à l’éducation', s’assurant que des centaines d’apprenants pauvres n’étaient pas exclus des écoles. En plus de la lutte pour les droits des enfants sans abri, l’ID a traduit en justice cinq ministres et a gagné le droit constitutionnel pour les enfants de ne pas être détenus en prison.

La fusion entre l’ID et la DA a donné beaucoup de matière aux commentateurs politiques et d’autres partis politiques. Alors que le leader de la DA, Helen Zille, insiste que “cette étape nous rapproche de la constitution d’une nouvelle majorité qui peut gagner les élections à travers l’Afrique du Sud”, Songezo Mjongile du Congrès national africain (ANC) a affirmé que “des milliers de Démocrates indépendants ont rejeté l’opportunisme flagrant de Lille de rechercher son propre avancement, à travers une fusion entamée il y a moins d’un mois après un résultat décevant des élections pour l’ID. Le parti a seulement réussi à gagner que 4,5 pour cent des voix du Cap occidental et moins d’un pour cent à l’échelle nationale.

Le Parti communiste sud-africain a aussi collé à De Lille l’étiquette d’opportuniste et a accusé la DA de “nouer l’alliance avec l’ID dans le but d’étendre son soutien parmi les électeurs de couleur”. Choisie par des électeurs de couleur (qui forment largement sa circonscription électorale) comme étant la politicienne en qui ils ont le plus confiance en 2004, De Lille a longtemps bénéficié d’un respect en tant que leader formidable et de principe. Des analystes politiques sont convaincus qu’elle maintiendra son appel aux nouvelles et anciennes circonscriptions électorales pour devenir le maire de la deuxième plus grande ville d’Afrique du Sud, le 18 mai.