NAIROBI, 22 fév (IPS) – Les exportateurs de fleurs du Kenya sont prudemment optimistes que les perspectives de leur industrie s’amélioreront en 2011 après que la catastrophe s'est produite sous forme de cendres volcaniques et de conditions météorologiques hivernales défavorables en 2010.
Mais les prix seront plus bas puisque la récession économique mondiale pèse encore lourdement sur son marché principal, l'Union européenne. En 2010, l'industrie a été confrontée à d'énormes défis. Les cendres volcaniques en avril et les intempéries hivernales en décembre ont réduit les ventes de fleurs coupées de 15 pour cent, par rapport à 2009. Le Kenya est le principal exportateur mondial de fleurs coupées vers le marché européen et le troisième plus grand exportateur mondial après les Pays-Bas et la Colombie. Ce pays d'Afrique orientale est aussi le premier exportateur de fleurs coupées parmi les pays africains en développement. Selon le 'Kenya Flower Council' (Conseil de production des fleurs au Kenya), 65 pour cent des fleurs exportées sont vendues par adjudication à la hollandaise, bien que les ventes directes connaissent un accroissement. Le conseil souligne que l'industrie a enregistré une forte croissance en volume et en valeur des fleurs coupées exportées chaque année: 10.946 tonnes en 1988 comparativement à 86.480 tonnes en 2006 et 117.713 en 2009. L'industrie fournit entre 50.000 et 60.000 moyens de subsistance directement et plus de 500.000 indirectement. Les statistiques du conseil montrent que l'industrie des fleurs du Kenya subissait des pertes de 1,5 à deux millions de dollars par jour lorsque 400 à 500 tonnes de fleurs coupées ne pouvaient pas atteindre le marché en 2010. Environ 500 ouvriers ont été licenciés. L'industrie aurait été optimiste que 2011 détient le potentiel de reprise. Mais Jane Ngige, la directrice exécutive du 'Kenya Flower Council', est consciente que les difficultés économiques persistantes sur son marché clé pourraient, tout comme la météo, affecter les performances de l'industrie en 2011. “Lorsque le pouvoir d’achat des consommateurs est réduit, cela abîme certainement l'industrie”, a reconnu Ngige. “La réduction des rendements se traduira par la perte de revenus et, bien sûr, d’emplois. Espérons que ce ne sera pas le cas”. La demande pour des produits de luxe, tels que les fleurs, a diminué en Europe lorsque la crise économique et financière mondiale a commencé au début de 2008, entraînant immédiatement entre 15 et 30 pour cent de baisse des prix des fleurs. Julius Riungu, gérant de ferme à 'Timaflor', a déclaré à IPS que l'industrie s’attend à ce que les prix baissent davantage cette année. L’entreprise a augmenté la superficie plantée de fleurs pour contrer la baisse éventuelle des prix. La ferme dispose d'un total de 1.060 ouvriers, dont 60 pour cent sont des hommes et 40 pour cent des femmes. “Si les ouvriers doivent être renvoyés chez eux en raison de la récession, les fleurs pourraient devenir des buissons, aggravant la situation”, a-t-il confié à IPS sur la ferme. 'Timaflor' forme ses ouvriers à constituer des coopératives d'épargne et de crédit afin d’économiser de l'argent. Susan Makena a rejoint la ferme en octobre 2010 et est affectée à la taille des fleurs. “J'ai quitté l'industrie de l’hôtel pour les fleurs. L'argent gagné m’a permise d'aider ma famille élargie qui est pauvre. J'utilise également l'argent pour payer les frais de scolarité de mes enfants”, a-t-elle affirmé, ajoutant que ce licenciement serait synonyme de “mort” pour elle. Pour Martin Dyer, directeur général de 'Kisima Farm', les calamités de l'année précédente dans la zone euro ont été une bénédiction, de manière concurrentielle. “Nous avions chance que nous avons pu amener nos fleurs vers l'Europe à temps puisque nous avons utilisé d'autres voies pour y arriver. Les prix avaient augmenté entre-temps, en raison des problèmes d'approvisionnement”, a expliqué Dyer. Avec la meilleure qualité de sa ferme, des roses à “grosse tête”, il espère faire face aux effets persistants de la récession: “Les petites têtes inondent le marché. Les clients sensibles aux prix devraient aller vers les meilleures: les grosses têtes”. Ce ne sont pas tous les ouvriers qui sont tout aussi heureux. Cecilia Wanjiku, qui a quatre enfants, s’est plainte que les revenus à 'Kisima Farm' ne sont pas suffisants pour satisfaire tous ses besoins, mais elle n'a pas d'autre option, puisqu’il est rare de trouver du travail. “Au lieu d'être désœuvrée, j'ai opté pour les emplois occasionnels dans les fermes de fleurs. L’oisiveté conduit à des vices comme le vol pour gagner sa vie”, a-t-elle indiqué à IPS au cours d'une pause-déjeuner sur la ferme. Elle et d'autres ouvriers travaillent entre cinq et huit heures par jour. La plupart des femmes interrogées ont déclaré qu'elles utilisent leurs revenus pour payer les frais de scolarité et acheter de la nourriture. Dyer est optimiste qu’aucune suppression d’emploi ne sera nécessaire à 'Kisima Farm'.

