AFRIQUE AUSTRALE: Assurer l’eau potable pour un million de personnes de plus

WINDHOEK, 17 fév (IPS) – De longues années de conflits armés ont entravé le développement dans les régions situées sur chaque côté de la frontière séparant l’Angola et la Namibie. Actuellement, la modernisation d’une infrastructure de 45 millions de dollars devrait améliorer l’accès à l’eau potable et à l’assainissement décent pour un million de personnes.

La plupart des gens vivant dans cette ancienne zone de conflit manquent d’accès suffisant à l’eau potable et à l’assainissement. Le système d’approvisionnement en eau qui existe – plusieurs kilomètres de pipeline et un canal ouvert – a été endommagé par les décennies de guerre civile ainsi que par des prélèvements d’eau illégaux.

“Pendant plusieurs années, la région située autour du barrage de Calueque en Angola a été le théâtre de guerres entre les gouvernements et les différents mouvements de guérilla”, explique le co-président du Projet transfrontalier d’approvisionnement en eau de Kunene (KTWSP), Dr Kuiri Tjipangandjara, de la société nationale de distribution d’eau de la Namibie, Namwater.

“Mettre en place un tel projet dans une zone post-conflictuelle et extrêmement difficile est une chose unique. C’est même plus que cela parce que ce projet est le seul en son genre dans la région, donc, nous n’avons pas un modèle auquel se référer”.

Le système part du barrage de Calueque, au sud de l’Angola, vers la plaque tournante des affaires d’Oshakati, au nord de la Namibie, et remonte ensuite vers l’Angola à nouveau, jusqu’à la ville de Ondjiva.

En puisant son eau à partir du fleuve Cunene en Angola, il représente une bouée de sauvetage essentielle pour la région frontalière aride et fournit de l’eau pour l’agriculture, l’utilisation industrielle et domestique à plus d’un million de personnes.

La fourniture d’eau sur le côté angolais de la frontière porte encore les marques d’une guerre civile dévastatrice et d’un passé colonial.

“Sous l’occupation portugaise, des forages de 50 mètres sur 60 ont été creusés pour capturer les eaux de crue. Ces soi-disant chimpacas sont encore la principale source d’eau pour la population”, déclare Thomas Kellner, conseiller technique de l’Agence allemande de coopération internationale (GIZ), qui aidera les ingénieurs locaux dans la révision. Mais ces points d’eau sont loin d’être en sécurité.

“Le bétail s’abreuve à partir des chimpacas, mais à 25 mètres plus loin vous voyez des gens qui se lavent et qui font la lessive, pendant que de l’autre côté les gens puisent de l’eau à boire. L’eau a généralement une couleur brune-rougeâtre, mais plusieurs mois après la saison pluvieuse, elle devient verte, parce qu’elle est remplie d’algues”.

Cette partie de l’Angola n’a ni d’eau courante, ni de stations de traitement, ni de systèmes d’assainissement. Bien que les taux de maladies hydriques ne soient pas bien prouvés, les experts soulignent que la mortalité infantile est de loin supérieure à la moyenne en Afrique.

Dans quelques villes de la région, la situation n’est pas beaucoup mieux, déclare Kellner. “Une personne qui a un forage fera de l’eau son activité économique. Elle circule dans un camion-citerne et vend l’eau au prix de 20 dollars le mètre cube”.

Dans certaines régions, les autorités locales exploitent les aires de forage – un ensemble de forages – à partir desquelles elles pompent l’eau dans les réservoirs publics.

Mais la plupart des forages sont vieux et délabrés. L’Angola a entrepris un programme appelé 'L’eau pour tout le monde', qui connaîtra la réhabilitation de 524 forages dans la province de Cunene et la réalisation de 600 nouveaux.

En Namibie, l’eau venant de Calueque coule à travers un canal ouvert sur 150 kilomètres, de la frontière angolaise vers Oshakati, où elle est traitée et pompée à travers un réseau pour toutes les principales communautés situées entre le poste frontalier d’Oshakati et celui d’Oshikango. Le canal est le seul approvisionnement en eau potable pour plus de 700.000 personnes et il est souvent endommagé par les inondations et les prélèvements d’eau illégaux.

“De nombreuses personnes le long du canal utilisent l’eau pour les besoins du ménage ou pour irriguer leurs champs”, explique l’expert en gestion de l’eau, Andreas Shilomboleni, qui dirige un projet financé par le Fonds pour l’environnement mondial qui aide les agriculteurs de la région à s’adapter au changement climatique.

“Mais actuellement, le canal est ouvert. Cela signifie que plus la source est loin, plus la quantité de matières dissoutes au total est grande, ce qui fondamentalement fait que l’eau devient plus sale”.

Le cours suivi par le fossé de deux mètres de large, bordé de béton n’est pas idéal. “En Namibie, le canal n’est pas perpendiculaire au courant pendant la saison pluvieuse. Les eaux de crue causent des dommages au canal entraînant des problèmes d’entretien”, affirme Shilomboleni. Le canal se remplit rapidement de dépôts lors de la traversée des eaux de crue”.

Le long du canal, les gens ont aussi pris l’habitude de puiser illégalement l’eau pour l’usage domestique et pour l’irrigation. Cela fait partie des nombreux défis que le KTWSP devra pendre en considération en entreprenant une révision complète de l’infrastructure d’eau dans la zone frontalière.

Le projet connaîtra d’importantes réparations pour l’infrastructure au niveau du barrage et du pipeline, l’amélioration de la fourniture de l’électricité aux moteurs qui pompent l’eau vers le sud et la rénovation des pompes elles-mêmes.

Des pipelines supplémentaires seront construits pour approvisionner Ondjiva en eau potable et de nouvelles lignes électriques seront érigées sur plusieurs centaines de kilomètres pour alimenter les nouvelles installations de la pompe.

“Environ 300.000 personnes au sud de l’Angola auront accès maintenant pour la première fois à l’eau potable”, souligne Kellner.

Une dernière étape sera le remplacement du canal ouvert en Namibie par un pipeline. Une étude de faisabilité de ce projet – qui, selon Kellner, coûtera plus de 100 millions de dollars – commencera probablement plus tard cette année.