POLITIQUE-BENIN: Marie Elise Gbèdo, symbole de persévérance

COTONOU, 5 fév (IPS) – L’avocate Marie Elise Gbèdo, 56 ans, surnommée l’amazone des temps modernes, a déposé, jeudi dans les locaux de commission électorale à Cotonou, son dossier de candidature pour l’élection présidentielle prévue le 27 février 2011 au Bénin.

Une foule, composée en majorité de femmes, attendait Gbèdo à sa sortie des bureaux de la Commission électorale nationale autonome, scandant son cri de ralliement: 'Hwénusu' (qui signifie en langue nationale Fon 'l’heure a sonné'). Elle leur lance: «Vous devez vous mettre au travail à partir de maintenant; plus de répit, nous sommes proches de la victoire».

Candidate à la magistrature suprême de son pays pour la troisième fois consécutive après 2001 et 2006, Gbèdo repositionne la gent féminine dans un contexte socioculturel globalement hostile à la femme au pouvoir en Afrique, en particulier au Bénin. Femme engagée et juriste expérimentée, Gbèdo est une grande figure de la scène publique au Bénin, où elle était la première femme à se présenter à une élection présidentielle en 2001. «En trois élections présidentielles, j’ai fait du chemin et aujourd’hui, je crois en mes chances. La vraie réussite est souvent graduelle», a-t-elle déclaré à IPS. «Je propose…un ensemble de préoccupations sur la nation béninoise, qui prend en compte les enfants, les jeunes, les hommes et les femmes». Dans son projet de société, elle aborde, entre autres, les questions de l’eau, de l’énergie, des inondations, de l’accroissement des investissements agricoles au Bénin. Elle parle également d’une éducation pour le développement humain et social, et propose un plan quinquennal pour la promotion de l’emploi des jeunes. Gbèdo préconise, en faveur des femmes, un amendement à la constitution en vigueur, relatif à la notion de l’égalité de genre. «L’article 26 de la constitution béninoise sera amendé pour prendre en compte la notion de parité», a-t-elle confié à IPS. «L’objectif 3 des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) fera partie intégrante de ma politique gouvernementale», affirme-t-elle, ajoutant: «Je vais réformer progressivement l’administration pour que les femmes, à compétence égale avec les hommes, soient à des postes similaires, et je veillerai à l’autonomisation de la femme afin de faire des femmes de vraies gestionnaires». «Nous allons maintenir le système de la micro-finance (en faveur des femmes) qui est une bonne chose et l’assortir d’une bonne formation, tout en négociant une micro-assurance pour la prise en charge des risques liés au crédit», ajoute Gbèdo. Prisca Mikpon, la présidente 2011 de la Jeune chambre internationale Soleil Bénin, salue le courage de la candidate dont elle se dit fière. «Toutes les fois que Mme Gbèdo s’est présentée aux présidentielles, je l’ai préférée parce qu’elle incarne, à mes yeux, la bravoure, le courage et la détermination», déclare Mikpon à IPS.

Mais, les acteurs de la politique béninoise ne sont pas aussi enthousiastes pour la candidature de Gbèdo, même si certains l’encouragent par ailleurs. Pour Codjo Sodokin, secrétaire général des Forces cauris pour un Bénin émergent (FCBE), la coalition au pouvoir, «à travers la personne de Gbèdo, nous voyons une avancée dans l’approche genre. Seulement, elle doit, en tant que politicienne, mieux s’organiser. C’est bien son côté de femme 'trop émancipée', mais que les autres femmes n’acceptent pas», affirme Sodokin. «Les femmes ont des craintes de se voir encore caporaliser par une des leurs, c’est pourquoi Gbèdo n’a pas leur soutien. Les femmes, et la société béninoise en général, ne retrouvent pas en elle la femme douce, simple et maternelle. Je crois que cette masculinisation qu’elle semble afficher joue en sa défaveur», explique-t-il à IPS. Ataï Guèdègbé, membre de la société civile béninoise, nuance son jugement à l’égard de l’avocate. «J’ai toujours eu le plus grand intérêt à la candidature de Mme Gbèdo, qui est un signal fort tant à la gent féminine qu’à la gent masculine. On connaît et on salue l’engagement associatif de Gbèdo pour la défense des femmes», dit-il à IPS. «Malheureusement», ajoute Guèdègbé, «nous sommes dans une société où ce sont bien les femmes qui sont contre les femmes pour parler de façon triviale. Je crois objectivement qu’il est un peu trop tôt pour son élection, mais l’espoir est permis». En 2001, Gbèdo était classée 11ème sur les 17 candidats du premier tour du scrutin présidentiel, avec 0,36 pour cent des suffrages exprimés. En 2006, elle était 16ème sur les 26 candidats en lice, avec 0,32 pour cent des voix. Selon Gbèdo, «ce qui n’a pas fonctionné en 2001 et en 2006, c’est essentiellement la structure mentale de la femme béninoise qui ne voit pas la femme au pouvoir. C’est de cela que j’ai été victime», souligne-t-elle. Cependant, elle croit toujours en ses chances car «entre 2001 et 2011, la société béninoise a évolué et les femmes avec. Aujourd’hui, ce sont elles-mêmes qui viennent spontanément m’offrir leur soutien», déclare-t-elle. Chef de famille et mère de deux enfants, Gbèdo est devenue avocate depuis 1984, avant d’installer son propre cabinet en 1989. Présidente de l’Association des femmes juristes du Bénin, présidente du Réseau des cliniques et centres d’aide juridique des femmes francophones, elle a été ministre du Commerce, de l’Artisanat et du Tourisme de mai 1998 à juin 1999 sous l’ancien président Mathieu Kérékou.