FIZI, RD Congo, 13 jan (IPS) – «Au-delà de la reprise timide de la vie et du retour progressif des déplacés – occasionnés par les représailles des militaires congolais à Fizi – un territoire au sud de la province du Sud-Kivu…, le gouvernement devrait prioritairement organiser une prise en charge des femmes victimes des viols», affirme un groupe de la société civile locale.
A la suite de l’assassinat d’un soldat accusé d’avoir poignardé un jeune habitant de la localité qui lui avait refusé un service, un groupe de militaires congolais, membres de l’opération de maintien de la paix «Amani leo» (qui signifie la paix aujourd’hui) déployé sur place, a organisé des représailles contre la population civile sur le territoire de Fizi situé en bordure du lac Tanganyika, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC). Selon des informations de presse, dix soldats congolais auraient été arrêtés et accusés de pillage de magasins et de viol d'une douzaine de femmes sur le territoire de Fizi au début du mois de janvier. Selon Gaius Shabilepa, membre de la société locale et journaliste à la «Radio Le messager du peuple» émettant à Uvira, à 120 kilomètres de Bukavu, la principale ville du Sud-Kivu, «les militaires en colère se sont vengés sur les biens de la population, pillant et saccageant tout à leur passage, ce qui a exacerbé la situation sécuritaire déjà fragilisée par plusieurs groupes militaires opérant dans les villages et les forêts environnants».
Joint au téléphone par IPS, Marie Kaleba de l’organisation non gouvernementale «Tupeleleze Haki za Wanawake» (Vulgarisons les droits des femmes) basée à Fizi, a déclaré : «A côté de l’afflux des déplacés qui a engendré une grave situation humanitaire dans quelques villages, le manque de prise en charge des femmes victimes des viols perpétrés durant les représailles des militaires congolais, risque d’aggraver la situation particulière des victimes». Selon elle, «aucune mesure n’a été prise par l’autorité locale».
Cette activiste des droits humains affirme qu’à «Fizi, la femme apparaît comme la personne la plus vulnérable du fait que depuis plusieurs années, la plupart des violations des droits de l’Homme ici sont particulièrement dirigées contre les femmes sans moyen de défense».
Une autorité territoriale, qui a requis l’anonymat, a dit à IPS qu’un «comptage rapide a révélé plus d’une centaine de femmes violées par des militaires» et que «plus de 500 personnes parmi lesquelles des femmes et des enfants fuyant vers les villages plus sécurisés ont vécu dans des conditions humanitaires déplorables durant plus d’une semaine sans aucune prise en charge, faute de moyens pour les officiels».
Cette énième grave violation des droits de l’Homme a soulevé une vive critique contre les troupes de la Mission de stabilisation des Nations Unies au Congo (MONUSCO) qui mènent conjointement, avec les militaires congolais, l’opération «Amani leo», qui a pour objectif principal la protection des populations civiles.
Joint au téléphone par IPS, Dioa Taheru, chargé de l’information du public et porte-parole de la MONUSCO dans la zone a indiqué à IPS qu’il «appartient au gouvernement et à la hiérarchie militaire de prendre des mesures pour sanctionner les militaires fauteurs puisque les Nations Unies ne sont qu’un partenaire qui ne peut se substituer aux autorités congolaises».
Taheru a affirmé que «ces graves violations des droits de l’Homme par des militaires congolais ne sont pas les premières. Plusieurs cas ont déjà été rapportés par des patrouilles des Nations Unies chargées de la protection des civils dans la zone face au grand silence des autorités congolaises. La mission des Nations Unies ne peut ainsi en porter aucune responsabilité».

