LE CAP, 10 déc (IPS) – Depuis son arrivée au Cap il y a cinq ans, Erina Manyene (nom d’emprunt) gagne tout juste sa vie en faisant la lessive et en nettoyant les maisons d'autres personnes dans les banlieues vertes du sud de la ville.
Manyene, 28 ans, a laissé son fils, alors qu’il avait sept mois, sous la garde de son concubin dans son pays natal, le Zimbabwe, a franchi le fleuve Limpopo rempli de crocodiles et rampé sous d'épaisses couches de fil de fer barbelé pour entrer en Afrique du Sud par un point d’entrée non autorisé. “Il y a eu un renversement de rôles depuis le début de la crise au Zimbabwe. Parce que le type de travail disponible dans les pays étrangers est plus adapté aux femmes, les maris restent au pays pour prendre soin des enfants pendant que nous nous aventurons”, a déclaré Manyene, une ancienne enseignante à Harare. Les agences humanitaires internationales estiment qu'entre un et trois millions de Zimbabwéens ont fui le pays au cours de la dernière décennie pour échapper à la répression politique et à la pauvreté croissante. Bon nombre des migrants réticents sont des professionnels hautement qualifiés – des enseignants, des avocats, des journalistes, des ingénieurs, des médecins et des infirmiers – forcés de bricoler une nouvelle vie sur les bords de l'économie d'Afrique du Sud. Une fuite de la pauvreté? Traditionnellement, les travaux domestiques constituent un point d'entrée sur le marché du travail sud-africain pour les nouveaux arrivants et constituent une zone cruciale pour l'emploi tant pour les travailleuses dans le pays que pour les travailleuses migrantes transnationales. Les femmes du Zimbabwe se joignent à une légion croissante de domestiques venues du Lesotho, du Swaziland, du Malawi et du Mozambique, éparpillées à travers toute l'Afrique du Sud. Leurs envois de fonds contribuent à la consolidation de l'économie malade dans leurs pays d'origine. Des chiffres de la Banque mondiale montrent que 1,2 milliard de dollars ont été envoyés d'Afrique du Sud l'année dernière, la grande partie de ce montant vers les pays voisins. En moyenne, les domestiques migrantes gagnent entre 1.200 et 2.000 rands (environ 170 dollars à 300 dollars) par mois, qu’elles utilisent pour payer le loyer, acheter de la nourriture et envoyer une partie à leurs familles au pays. Béatrice, une policière zimbabwéenne à la retraite et une mère célibataire de trois enfants, dit qu’elle envoie au moins 2.000 rands au pays par trimestre afin de payer l'éducation de ses enfants et satisfaire leurs besoins quotidiens. Beaucoup de migrants dans des emplois faiblement rémunérés s’appuient sur des canaux informels, appelés 'omalayitsha', pour envoyer de l'argent et des biens ménagers au pays. “Si je n'avais pas quitté le Zimbabwe, mes enfants n’iraient plus à l'école parce que le salaire que je recevais en tant qu’inspectrice n'était pas suffisant pour satisfaire tous nos besoins”, a déclaré Béatrice. Isolées et sans droits fondamentaux Toutefois, les résultats d'une étude en cours menée par le Projet de recherche sur les employés de maison (DWRP) à l'Université du Cap occidental confirment que les domestiques migrantes souffrent de conditions de travail pénibles pour de bas salaires et sont souvent séquestrées derrière les murs élevés de leurs employeurs, coupées de la famille et des amis pendant de longues périodes. “Les règlements qu'ils établissent pour vous, c'est de ne pas amener quelqu’un dans la maison. Je me sentais parfois comme si j'étais dans une cellule de prison”, a confié Hester Stephens, présidente du Syndicat des domestiques et travailleurs alliés en Afrique du Sud (SADSAWU). Alors que certaines de leurs homologues sud-africaines ont fait des progrès en revendiquant des droits du travail tels que les conditions minimales d’emploi, un salaire minimum et un congé payé, la plupart des employées de maison migrantes se voient refuser l'accès aux syndicats et se sont résignées à leur situation. “Vous voyez ici en Afrique du Sud, la plupart des gens nous sous-estiment… Sur notre lieu de travail, la plupart des gens veulent nous payer peu d'argent. Parfois, ils disent 50 rands par jour, parce qu'ils savent que nous Zimbabwéens sommes des gens bloqués et désespérés, et que nous n'avons pas d'argent”, a indiqué une domestique migrante au Cap. Les migrantes sont également confrontées à la résistance xénophobe à la fois au travail et dans la société en général. Elles souffrent silencieusement de peur de s'approcher des organismes d'application de la loi parce que les tendances anti-migrants sont profondes au sein de la police et dans les ministères. Mais ces obstacles n'ont pas réussi à dissuader les migrantes d’entrer à flot dans le pays pour chercher du travail. *Ray Mungoshi est un assistant de recherche pour le Projet de recherche sur les employés de maison, à la Faculté de droit, à l’Université du Cap occidental.

