KAMPALA, 9 déc (IPS) – Les travailleuses du sexe, parmi les populations les plus exposées à l’infection au VIH en Ouganda, déclarent qu’elles ne se rendent pas encore compte de leur droit à la santé.
Les travailleuses du sexe déclarent qu’elles ont été écartées des programmes de prévention du VIH et qu’elles ont des difficultés à accéder aux médicaments prolongeant la vie.
“Lorsque nous visitons les centres de santé, certains agents de santé déclarent, 'Mais vous êtes juste une travailleuse du sexe et nous sommes simplement en train de gaspiller nos ARV (antirétroviraux). Pourquoi devrions-nous vous fournir notre traitement? Nous devons le fournir à quelqu’un qui en a besoin'. C’est une discrimination totale”, déclare Maclean Kamya, une travailleuse du sexe et une défenseuse des droits humains à Kampala, la capitale.
Selon le dernier rapport de l’ONUSIDA, les travailleuses du sexe faisaient 10 pour cent des nouvelles infections au VIH en 2009. Pourtant, le gouvernement utilise des lois répressives pour faire de la discrimination envers les groupes considérés comme les plus à risque, tels que les travailleuses du sexe et les homosexuels. Les activistes déclarent que cela crée une stigmatisation et une discrimination et que cela amène à refuser l’accès au traitement, aux soins et à la prise en charge.
Pendant les quelques derniers mois, le parlement de l’Ouganda est en train d’examiner plusieurs lois controversées, parmi lesquelles il y a le projet de loi sur la prévention du VIH/SIDA et sur le contrôle, qui, selon les activistes, ne peuvent agir qu’en tant que catalyseurs de l’épidémie du SIDA en poussant le travail du sexe dans la clandestinité. Le travail du sexe est déjà un crime en vertu du code pénal de l’Ouganda.
Le projet de loi sur la prévention et sur le contrôle criminalise la propagation du VIH; loin de ralentir l’expansion du virus, disent les opposants au projet de loi, il ne fait que compliquer l’obtention de traitement et d’information concernant la santé sexuelle pour les populations à risque.
'Illégal et criminel' Pour les travailleuses du sexe, il ne s’agit pas simplement de l’accès aux médicaments, mais il s’agit aussi de lutter pour le droit de se rassembler, d’échanger les idées et de forger les moyens de se protéger de la violence, des atteintes aux droits humains et du VIH/SIDA.
Le gouvernement de l’Ouganda a récemment empêché l’organisation d’une conférence régionale sur la promotion des droits à la santé et à l’autonomisation économique des travailleuses du sexe. Organisée par le groupe panafricaniste de défense des droits des femmes Akina Mama wa Afrika (AMWA), la conférence avait intéressé les travailleuses du sexe de tout le bloc économique de la Communauté d’Afrique de l’Est (CAE) et devrait se tenir à l’hôtel de Kampala.
Le ministre d’Etat pour l’éthique et l’intégrité, James Nsaba Buturo, a déclaré à IPS qu’il n’était pas du tout possible qu’un “atelier de prostituées” puisse se tenir sur le sol ougandais.
“Nous sommes dans une position de pays de droit. Donc, demander qu’elles soient reconnues et soutenues, même lorsque leurs activités sont illégales, est vraiment criminel. On devrait leur interdire cela et le leur rappeler”, a-t-il déclaré.
La compromission des droits Kamya a déclaré que Buturo a mal compris le programme de la conférence qui devait mettre l’accent sur les compétences en leadership, l’édification de l’estime de soi et des compétences d’entrepreneur. Elle se penchait également sur les droits à la santé comme le VIH/SIDA, la santé sexuelle et de la reproduction et l’autonomisation économique.
“Nous essayions de faire ressortir les problèmes qui nous affectent en tant que travailleuses du sexe et nous avons pensé que le gouvernement sortirait pour nous soutenir et nous apprécier concernant nos questions d’autonomisation économique et de santé de la reproduction”, a déclaré Kamya.
La directrice de AMwA, Solome Kimbugwe, a déclaré que les actions du gouvernement étaient discriminatoires et en violation des droits des femmes puisque les questions à débattre ce jour-là avaient rapport à la santé des femmes et aux problèmes du VIH.
“Nous avons un grand obstacle concernant le bien-être et la santé sexuelle et de la reproduction parce que nous sommes très conscientes des statistiques sur le [VIH]. Nous sommes également très conscientes du fait que les travailleuses du sexe meurent de l’épidémie du SIDA et qu’on leur refuse même les droits inhérents dont nous abusons tous, comme l’information, l’éducation et la santé”, a-t-elle dit.
Les actions du ministre ont également violé la constitution de l’Ouganda en son article 29 qui garantit la liberté de réunion, la libre expression et la non-discrimination.
“Maintenant, nous ne pouvons pas avoir des conversations, nous ne pouvons pas nous engager”, a déclaré Kimbugwe. “Ces conversations autorisent les travailleuses du sexe à réaliser qu’elles sont des participantes actives à leurs propres voyages, dans les questions concernant la santé sexuelle, celles concernant les choix et la gestion de l’épidémie du VIH”, a déclaré Kimbugwe.
Le coordonnateur de l’ONUSIDA du pays, Musa Bungudu, a également exprimé une préoccupation: “Le droit d’un individu à accéder à l’information, au traitement et aux services ne doit pas être compromis pour une raison quelconque. Nous devons tous être ouverts et non le contraire. En refusant aux travailleuses du sexe ce qu’elles souhaitent faire, nous ne sommes pas ouverts”, a-t-il déclaré.
“Il est aussi important d’examiner la manière dont certaines politiques de gouvernance peuvent soutenir une situation ou la rendre pire. L’Ouganda a 1,2 million d’habitants vivant avec le VIH. Depuis décembre 2009, il y a eu 124.000 nouvelles infections. Dix pour cent de celles-ci se trouvaient parmi les travailleuses du sexe”, a souligné Bungudu.

