DAKAR, 7 déc (IPS) – La maternité du centre Gaspard Kamara, à Dakar, n’était pas remplie de monde le 25 novembre, mais le personnel médical semblait débordé. Sages-femmes, infirmiers et gynécologues couraient partout pour prendre en charge des femmes ayant une grossesse avancée présentant des complications.
Une quinzaine de patientes étaient couchées à l’intérieur et leurs parents attendaient devant la porte. Parmi les accompagnants, deux femmes discutaient et l’une d’elles, Khady Wade, qui vient de Pikine, une banlieue de Dakar, la capitale sénégalaise, affirme que sa «fille, dont la grossesse est à terme, a eu des complications et a été finalement acceptée par ce centre de santé après avoir été trimbalée dans cinq structures sanitaires».
Ndiaya Kassé Thiam, une sage-femme, déclare à IPS: «Cette structure de santé reçoit beaucoup de cas de complications venant des autres centres de santé du fait de son bloc opératoire». Visiblement préoccupée, elle lâche avec soupir: «On nous envoie des malades, mais il n’y a pas de linges (draps et autres accessoires), encore moins de place». Selon un document du Programme communautaire pour la santé de la mère, du nouveau-né et de l’enfant de 2009, parvenu à IPS, la disponibilité des soins obstétricaux et néonatals d’urgence de base est faible dans le pays, avec 10,2 pour cent des postes de santé qui sont couverts. Et seuls 26 centres de santé – sur 76 – disposent d’un bloc opératoire pour sauver des femmes dont les grossesses présentent des complications en zone rurale, ce qui augmente le taux de mortalité maternelle. Le nombre de structures de santé est en deçà des besoins des populations au Sénégal. Un écart profond existe entre les grandes villes et le monde rural. Ainsi, Dakar monopolise le plus de structures de santé et de personnel qualifié au détriment des régions périphériques: Kolda dans le sud, Tambacounda à l’est et Matam (nord-est).
«Au Sénégal, le taux de mortalité maternelle est estimé à 510 décès pour 100.000 naissances vivantes… Il est loin d’atteindre l’objectif du millénaire pour le développement (OMD 5) qui est de 120 décès pour 100.000 naissances en 2015», explique à IPS, Dr Cheikh Tidiane Niang, responsable du bureau planification à la Division de santé de la reproduction.
«On en est loin de satisfaire la demande et d’atteindre les normes internationales. Mais l’Etat fait des efforts pour rapprocher les structures de santé des populations en construisant des centres de santé et en les dotant de personnel qualifié», affirme Niang. Devant une maison, des femmes sont assises et attendent leur tour pour se faire consulter par Aminata Sanogo, une matrone qui jouit d’une certaine notoriété à Pikine. Oumou fall, une femme enceinte de sept mois, déclare à IPS: «Ici, le coût est accessible, 200 à 300 francs CFA (environ 0,4 à 0,6 dollar), je m’y sens en sécurité et la matrone est très attentive à nos soucis. C’est pourquoi je préfère faire mes consultations et accoucher ici». Fatim Ndiaye, une autre patiente, affirme: «Lors de mon premier accouchement à l’hôpital, j’ai failli y passer. Le personnel hospitalier m’a traitée avec dédain sans aucun égard, sans se soucier de ma souffrance: nous étions deux sur un même lit, c’était horrible!» «Il y a un problème lié au système de santé lui-même et à la qualité des services qui sont offerts. On nous rapporte que les femmes sont mieux traitées à domicile que dans les structures de santé», souligne Dr Niang, ajoutant: «Toute une dimension d’affectivité doit entourer l’accouchement. Donc, si elle n’existe pas dans les structures de santé, les femmes préfèrent accoucher à domicile et dans des conditions qui sont très dangereuses».
La matrone reconnaît qu’elle rencontre quelquefois des cas de complications obstétricales comme les hémorragies, qu’elle réfère à l’hôpital. «Les 40 pour cent des décès maternels sont dus à ces hémorragies post-partum. C’est pour cela qu’on dit que la femme doit accoucher dans un milieu sanitaire afin d’être surveillée par un personnel capable de déceler des complications et de les prendre en charge», explique Dr Niang.
Selon Dr Hassane Yadarou, directeur de programme à l’Association sénégalaise pour le bien-être familial (ASBEF), ces insuffisances constatées au niveau de la demande et de l’offre des services se traduisent par une morbidité et une mortalité maternelles et néonatales élevées.
Pour pallier ces insuffisances, l’Etat sénégalais, avec l’appui de ses partenaires, a mis en place plusieurs initiatives pour une prise en charge totale de la santé de la reproduction.
L’ASBEF joue également un rôle important dans la lutte contre la mortalité maternelle en incitant les femmes à se rapprocher des centres hospitaliers pour les consultations pré et post natales. «Il y a un déficit d’information et de sensibilisation sur l’importance de ces visites», estime Dr Yaradou.
Kassé Thiam, la sage-femme, confirme: «Il y a des femmes qui ne font ni visite ni échographie soit parce qu’elles ne sont pas sensibilisées sur leur importance soit qu’elles manquent de moyens, même si les coûts de ces services se sont pas élevés».
Consciente du problème, l’ASBEF s’est engagée notamment dans des campagnes d’information sur l’importance des visites médicales, la réduction des coûts des services obstétricaux, mais aussi en misant sur la planification familiale. «Celle-ci contribue jusqu'à 17 pour cent dans les stratégies de lutte contre la mortalité maternelle», indique Yaradou.

