GENEVE, 1 déc (IPS) – Les pays les moins avancés (PMA) d’Afrique n’ont pas utilisé la hausse rapide de l’exportation des matières premières, intervenue au milieu des années 2000, pour diversifier leurs économies de la dépendance des matières premières à la fabrication de produits à valeur ajoutée.
D’une manière significative, le secteur agricole n’en a pas bénéficié non plus, avec le résultat selon lequel la dépendance des PMA de l’importation des vivres s’est même aggravée.
Ce sont quelques-unes des conclusions de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), qui a publié le 25 novembre son rapport 2010 sur les PMA, intitulé “Vers une nouvelle architecture internationale de développement pour les PMA”.
Dr Supachai Panitchpakdi, secrétaire général de la CNUCED, a fait allusion, lors du lancement du rapport, au taux de croissance moyen de sept pour cent par an que les PMA ont connu pendant la période du boom de 2002 à 2007.
“Mais la hausse des prix de la matière première – principalement ceux du pétrole et du gaz – n’a pas résolu les questions de la fluctuation de prix et de la dépendance de l’exportation de la matière première”, a-t-il noté. Ce modèle de croissance est “non durable” et “non inclusif”.
“La mondialisation n’a pas traité tout le monde de la même manière”, a ajouté Zeljka Kozul-Wright, chef de la section PMA à la CNUCED. “Les PMA sont du côté des perdants à cause de leur dépendance de l’exportation des matières premières. Pendant la période du boom, la dépendance de l’exportation des matières premières a augmenté tandis que les secteurs industriels ont baissé. Cette question de la désindustrialisation est une préoccupation majeure pour nous”.
Panitchpakdi a fait remarquer que l’une des raisons des malheurs économiques des PMA a été l’ouverture trop rapide du marché: “Afin de bénéficier de la pleine libéralisation, les gouvernements doivent mettre en oeuvre des politiques industrielles.
“En Afrique, les pays soumis aux programmes d’ajustement structurel ne pouvaient pas avoir des politiques industrielles et par conséquent il n’y a eu aucune préparation des industries à bénéficier de la libéralisation. En Zambie, par exemple, il y a eu une disparition complète de l’industrie textile. La libéralisation doit être (correctement) séquencée”, a-t-il ajouté.
Pour Kozul-Wright, les PMA asiatiques ont réussi dans la diversification plus que ceux d’Afrique, notamment concernant les produits manufacturés qui demandent une main d’œuvre importante. Mais cette approche a aussi ses problèmes car aujourd’hui, ils ne peuvent pas augmenter leur valeur ajoutée. “La promotion d’une stratégie universelle de développement n’a pas aidé”, a-t-elle déclaré.
La conséquence de ces problèmes a été une augmentation de la pauvreté. Selon le rapport, le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans les PMA a annuellement augmenté de trois millions pendant les années de boom, atteignant un nombre estimé à 421 millions en 2007 – deux fois plus qu’en 1980.
Ce chiffre représente 53 pour cent de la population totale des PMA, là où un milliard de gens sont censés vivre en 2017.
Au même moment, “la dépendance de l’importation des vivres a été dévastatrice”, a déclaré Panitchpakdi, passant, en matière de coûts, de neuf milliards de dollars en 2002 à 24 milliards de dollars en 2008.
Estimant que “le commerce, comme d’habitude, n’assurera pas la croissance inclusive dans les PMA”, la CNUCED propose une “nouvelle architecture économique internationale” qui aille au-delà de l’aide et du commerce pour inclure la technologie, les matières premières et le changement climatique.
Dans le domaine des finances, la CNUCED déplore le déficit de 23 milliards de dollars par an dans l’aide publique au développement et préconise une distribution équilibrée de l’aide entre les utilisations sociales et la capacité productive.
Elle propose des moyens novateurs de financement et soutient les initiatives de cofinancement avec le secteur privé, surtout dans le domaine des infrastructures. Les programmes d’allègement de dette devront être renforcés dans la situation post-crise, comme le nombre des PMA fortement endettés est à la hausse.
Concernant le commerce, la CNUCED a réitéré l’appel pour “une récolte précoce dans le cycle de Doha pour les PMA, avec des mesures telles que 100 pour cent d’accès au marché sans droits de douane ni limitation quantitative et la réduction des conditionnalités au minimum”.
A la question de savoir si le cycle de Doha n’exacerberait pas la désindustrialisation dans les PMA, Panitchpakdi a répondu que ça “dépend de la composition définitive de l’accord final du cycle.
“Au niveau de l’AMNA (les négociations sur l’accès aux marchés des produits non agricoles), nous devons être en mesure de maintenir la perspective initiale de développement du cycle pour aider les pays à diversifier, à obtenir de la valeur ajoutée, à faire face aux crêtes tarifaires et à l’escalade, et à éliminer toutes les distorsions commerciales. Nous ne devons pas allonger et allonger les programmes dans l’AMNA”.
Concernant les matières premières, le rapport propose de redéfinir la manière dont le financement anticyclique est exécuté pour faire face aux effets néfastes de la fluctuation des prix. Le financement anticyclique est le financement qui ne suit pas le cycle économique prédominant actuel.
Il existe un besoin de taxe sur la transaction concernant les produits dérivés (les instruments financiers sont reliés aux prix futurs des actifs sous-jacents) et pour que davantage de systèmes s’occupent de la stabilisation des prix de la matière première. Panitchpakdi a indiqué la préoccupation relative à l’excès de liquidité qui a fait monter les prix du maïs et du blé en 2010.
Dans le domaine de la technologie, l’accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle relatifs au commerce (ADPIC) de l’Organisation mondiale du commerce doit être soigneusement examiné, parce qu’il n’a pas été appliqué de manière à profiter aux pays en développement.
Les pays industrialisés doivent adopter des politiques visant à stimuler le transfert de technologie vers les PMA. C’est une obligation morale, pas juridique, mais l’accord ne précise pas les motivations, selon la CNUCED.
Enfin, dans le domaine du changement climatique – là où les PMA contribuent à hauteur d’un pour cent seulement des émissions totales à effet de serre, mais où ils souffrent des plus lourdes conséquences – un financement suffisant des mécanismes déjà existants est nécessaire.
“Les PMA ont besoin de passer par toutes ces mesures pour travailler davantage avec les pays homologues du Sud”, a réitéré Panitchpakdi, comme de nombreuses fois auparavant.
“Ils doivent bénéficier davantage de la coopération Sud-Sud et de la coopération triangulaire avec le nord. La nouvelle gouvernance mondiale ne peut pas être dominée par les pays puissants, comme dans le Groupe des 20. Les PMA doivent participer à la gouvernance mondiale”.

