CHANGEMENT CLIMATIQUE: Ne regardez pas vers l’Afrique du Sud pour un leadership

JOHANNESBURG, 1 déc (IPS) – L'Afrique du Sud est la plus grande économie d'Afrique et le plus grand émetteur de gaz à effet de serre sur le continent. Les émissions par habitant du pays sont à égalité avec celles du Royaume-Uni, et plus de deux fois les émissions de la Chine par la même mesure.

L’Afrique du Sud est actuellement responsable d'environ la moitié des émissions en Afrique, avec 80 pour cent de ses quelque 400 millions de tonnes métriques de dioxyde de carbone (CO2) provenant du secteur de l'énergie seule. L'Afrique devrait être touchée de manière disproportionnée par les changements climatiques, avec une hausse globale de deux degrés Celsius – la cible reconnue à travers le monde – entraînant une possible augmentation de quatre à cinq degrés dans plusieurs parties du continent. Les changements de température, la quantité et la répartition des précipitations ont d'énormes implications pour l'agriculture, aggravés par la faiblesse des infrastructures et la vulnérabilité des populations pauvres. Mais en entrant dans les négociations à la Conférence des Nations Unies sur le climat à Cancun, au Mexique, il est probable que l'Afrique du Sud s'aligne avec d'autres grandes économies en développement, préconisant une approche qui privilégie la réduction de la pauvreté sur tout engagement contraignant de réduction des émissions. En prélude à la dernière 15ème Conférence des parties à la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques au Danemark, en décembre 2010, l'Afrique du Sud avait annoncé un engagement volontaire de réduire les émissions de 34 pour cent par rapport aux niveaux “habituels” d'ici à 2020. Cette réduction est toutefois subordonnée à un appui international qu'il est incertain de concrétiser. Le ministre sud-africain de l'Eau et des Questions environnementales, Edna Molewa, représente les intérêts de l’Afrique du Sud à la 16ème Conférence des parties à la Convention-cadre de l’ONU sur les changements climatiques à Cancun. “Nous pensons qu'il est très important qu’en tant que pays en développement, nous ayons aussi une opportunité de permettre au développement de s’opérer à cause de la pauvreté”, déclare Molewa. “Nous avons besoin de laisser de l’espace pour nous afin d’introduire vraiment ces [réductions] des émissions au fil du temps, parce que les pays développés ont suivi le processus”. Le pays a connu des pannes d'électricité constantes en 2008, affectant sérieusement les secteurs minier et manufacturier, et provoquant l'annulation de grands projets qui consomment beaucoup d’énergie. Assurer un approvisionnement en énergie pour soutenir la croissance économique et réduire les niveaux élevés de pauvreté reste la préoccupation des urbanistes. Le deuxième Plan intégré des ressources du gouvernement vise à cartographier les options en énergie et en technologie à long terme pour l'Afrique du Sud, en prenant en compte la durabilité, la sécurité de l'approvisionnement, l'accessibilité, l’aspect abordable et l'impact environnemental. Les réponses à court terme sont répugnantes: la centrale électrique à charbon de Medupi est censée apporter 4.800 mégawatts au réseau électrique national à partir de 2012, et émettre environ 26 millions de tonnes de CO2 par an, en dépit de l’utilisation d’une technologie de charbon supercritique, qui est moins polluante que les centrales à charbon plus vieilles. La centrale ultérieure de Kusile devrait avoir des rendements similaires sur les deux plans. Dans son projet de plan énergétique, le gouvernement espère que d'ici à 2030, 48 pour cent de la demande totale d'énergie seront satisfaits par le charbon, 16 pour cent à partir de sources renouvelables et 14 à partir de la production d'énergie nucléaire, y compris la construction de six nouvelles centrales nucléaires, dont la première entrerait en service en 2023. Le projet de plan envisage également un “scénario à faible émission de carbone” qui impliquerait un mélange énergétique de 36 pour cent de l'électricité provenant du charbon, de 32 pour cent de sources d'énergie renouvelable et de 12 pour cent d’énergie nucléaire. Mais les urbanistes ont constaté que bien que ce scénario réduirait les émissions de carbone de 20 pour cent de plus, il ferait grimper les coûts de 50 pour cent plus que le “scénario équilibré” que soutient le projet de plan. Richard Worthington du Fonds mondial pour la nature affirme qu'en Afrique du Sud, il existe une perception selon laquelle une voie durable vers l’avant hypothèque les emplois. “Mais la preuve est clairement là, qu'une économie à faible émission de carbone est une économie qui demande plus de main-d'œuvre”, dit-il. “Moins vous dépendez de l'énergie concentrée de combustibles fossiles, plus vous êtes susceptible d'avoir besoin davantage de gens pour travailler”. Greenpeace International et le Conseil européen des énergies renouvelables ont défini une vision pour un avenir énergétique à faible émission de carbone impliquant une efficacité accrue, des sources d'énergies renouvelables et une dépendance profonde de la production combinée de chaleur et d'énergie. Greenpeace affirme que son scénario de [R]évolution énergétique assurerait l’énergie pour la croissance économique tout en créant 78.000 emplois supplémentaires dans le secteur de l'énergie d'ici à 2030. Il réduirait également les émissions du pays – les émissions de 2050 baisseraient de 60 pour cent par rapport aux niveaux de 2005. Un défi important pour des scénarios verts comme celui-ci, c’est la rapidité avec laquelle on peut réduire le coût pour les consommateurs par unité d'énergie renouvelable pour correspondre au prix de l'énergie polluante: des coûts plus élevés de l'énergie soit pour l'industrie soit pour les pauvres du pays sont considérés comme inacceptables. Bien qu'elle soit bien dotée en ressources énergétiques solaire et éolienne, l'Afrique du Sud n'a pas développé une puissante industrie d'énergies renouvelables. Le Sommet de Copenhague n'est pas parvenu à un accord contraignant sur la réduction des émissions, principalement parce que les pays développés n'étaient pas disposés à signer de nouveaux engagements sans des engagements correspondants de la part des puissances en développement émergentes. Peu de progrès ont été réalisés sur ce front au cours de 2010 et peu de gens attendent que le sommet de Cancun réalise un progrès. Mais avec l'Afrique du Sud qui accueille le cycle de 2011 des négociations sur les changements climatiques à Durban, l’Afrique – et le monde – attendront d’elle qu'elle fasse preuve de leadership en conciliant les priorités de développement et les réductions drastiques des émissions à effet de serre dont le monde a besoin.