ZAMBIE: Une récolte exceptionnelle peut être un embarras de richesses

LUSAKA, 9 nov (IPS) – Soutenus par la subvention des engrais par le gouvernement, les agriculteurs de la Zambie ont produit 2,8 millions de tonnes de maïs au cours de la campagne agricole 2009/2010.

Le sentiment de joie du début, par rapport à l’augmentation de la récolte – de 1,8 million de tonnes l'année précédente – a laissé place à une crainte puisque les fermiers ont constaté qu'ils pourraient avoir des problèmes à écouler une grande partie de la récolte. Les petits agriculteurs du pays n'ont pratiquement aucun accès direct aux marchés, et dépendent de l'Agence nationale des réserves alimentaires (FRA) pour vendre leur maïs. La FRA achète le maïs comme une réserve stratégique nationale pour se prémunir contre l'insécurité alimentaire dans le pays. Depuis mai, la FRA a acheté plus de 697.000 tonnes de maïs auprès des agriculteurs au prix fixe de 260 dollars la tonne. A ce prix, l'agence doit aux fermiers un total de 180 millions de dollars, ce qui dépasse considérablement les 20 millions de dollars du budget de l'organisme pour l'achat de maïs cette année. Ce maïs dort dans les magasins satellites de la FRA, installés dans tout le pays, mais beaucoup de fermiers attendent toujours de recevoir leurs paiements. Avant la dernière récolte, les magasins de la Zambie ont déjà reçu près de 300.000 tonnes de maïs de la saison précédente, portant le total de maïs disponible dans le pays à 3,1 millions de tonnes. Philemon Kamwi, un petit fermier originaire du district de Shang'ombo, dans l’ouest de la Zambie, craint que sa récolte ne soit une perte avec les pluies qui commencent en octobre. “Nous avons encore des tas de maïs qui dorment dans le district, plus de 40 tonnes”, s'inquiète-t-il. En raison des retards dans les paiements par la FRA, certains agriculteurs ont décidé de vendre le maïs aux revendeuses sur les marchés de village à 100 dollars la tonne, un prix très bas. D'autres ont commencé à échanger leur maïs contre des biens, tels que des produits alimentaires ou des vélos. Les fermiers ont besoin d'argent immédiatement, mais sont pleinement conscients qu’à un prix aussi bas, ils ne recouvrent que les coûts de production du maïs. Pour alléger la pression, un groupe de banques, dirigé par la 'Standard Chartered of Zambia', a accepté en octobre de prêter à la FRA 140 millions de dollars pour soutenir les achats de maïs, mais le ministre de l'Agriculture de la Zambie, Peter Daka, concède que cette récolte record de maïs a posé beaucoup de problèmes, y compris le transport, le stockage et la vente du produit. Le gouvernement espère que deux tiers des stocks de la FRA seront consommés dans le pays, et il essaie de vendre de grandes quantités vers les pays voisins. Mais il y a un hic: parce que tout le monde est conscient du dilemme de la Zambie, la FRA pourrait avoir du mal à vendre le produit à des prix compétitifs. La porte-parole de la FRA, Mwamba Siame, a déclaré à la presse que l'agence est en train de négocier la vente de 160.000 tonnes de maïs vers la Namibie, le Zimbabwe et la République démocratique du Congo. Elle a dit qu'elle n'était pas en mesure de divulguer le prix auquel le produit serait vendu. “La FRA sera obligée de revendre ce maïs à un prix très bas, ce qui permettra juste de recouvrer les coûts” au détriment de l'économie nationale, a indiqué Noël Nkoma, président de la 'Economics Association of Zambia' (EAZ), au cours d'une conférence de presse à Lusaka, la capitale de la Zambie. Le gouvernement doit trouver un compris judicieux afin de sécuriser le meilleur prix possible pour ses surplus, tant pour rembourser le prêt que pour préserver les revenus des agriculteurs et la récolte de l'année prochaine. Boyd Lyambai, président du Réseau des petits fermiers de Zambie, insiste sur le fait que les agriculteurs ont besoin d'un bénéfice décent sur leur récolte de céréales afin de pouvoir investir dans la prochaine saison agricole. “Nos membres ont besoin d'argent pour acheter des intrants [pour la prochaine saison agricole] et cultiver la terre. Ils ont besoin d'argent pour bien planifier à l'avance. Nous espérons que la FRA accélèrera les choses afin d’autonomiser les agriculteurs avec les fonds”.