RD CONGO: Le 'Nzango', un jeu qui redonne la forme aux femmes

KINSHASA, 3 nov (IPS) – La plupart des femmes congolaises ont joué au 'Nzango' quand elles étaient petites. C’est un jeu d’enfants plein de vitalité, pratiqué dans la majorité des cas par des filles en République démocratique du Congo (RDC).

Après être tombé dans l’oubli, le 'Nzango' pour les femmes de l’ouest de la RDC, qui porte aussi le nom de 'Kange' pour celles de l’est du pays, a reparu dans la vie des Congolaises mères de famille. Pour une population qui n’a pas vraiment une culture de pratique du sport, il y a de quoi applaudir le retour de ce jeu. Le Nzango se joue en groupe, entre deux équipes de 10 à 12 personnes, chacune. Rangées face à face et séparés par environ deux mètres, deux joueuses sautent et claquent les mains en projetant une jambe au devant de soi. Les équipes marquent les points selon que les jambes de deux joueuses se croisent ou pas. Le choix de marquer selon la jambe droite ou gauche est fait auparavant. La joueuse qui marque de point continue la tournée jusqu'à ce que l'adversaire arrête. Le jeu est agrémenté par des chants d'animation de joueuses et parfois des supporters.

«J’essayais par tous les moyens de traiter des femmes qui avaient des problèmes de surpoids et d’autres troubles associés. Jusqu’au jour où j’ai vu de petites filles jouer au Nzango. Après un temps d’observation, j’ai posé la question à mes patientes en leur demandant si elles avaient déjà joué à ce jeu. Elles ont acquiescé. Je leur ai alors demandé de recommencer à le jouer», raconte souvent Mpasi Titov, un médecin du Congo-Brazzaville. «Après quelques minutes de jeu, elles se sont mise à transpirer», affirme Mpasi, considéré comme l’initiateur du Nzango moderne, ajoutant que cet exercice leur permettra de perdre du poids avec le temps.

Mpasi ignorait qu’il relançait une tradition qui allait se répandre dans son pays. De sa ville d’origine, Pointe-Noire, Mpasi a ramené ce jeu à Brazzaville, la capitale congolaise. De là, le Nzango a traversé le fleuve Congo pour gagner Kinshasa, la capitale de la RDC, sur l’autre rive. Les deux capitales les plus rapprochées du monde ont organisé des tournois de Nzango et l’information est allée jusqu’aux coins les plus reculés de la RDC. Les femmes de tous les âges jouent à ce jeu qui, non seulement leur rappelle leur enfance, mais aussi et surtout leur permet de rester en forme. Les églises, les entreprises, les établissements d’enseignement supérieur, et bien d’autres milieux sont conquis. A la division urbaine du ministère de la Jeunesse et des Sports de la RDC, une ligue est en train d’être mise en place pour organiser ce jeu et le transformer en loisir. «Une ligue provinciale a été mise sur pied pour programmer des tournois de Nzango. De septembre 2009 à juin 2010, nous avons vécu trois tournois… L’engouement est grand. Rien que pour la partie ouest de la capitale (Kinshasa), nous avons 70 clubs affiliés», explique Eulalie Yuma, présidente de l’Entente Kin ouest. Mais tout le monde ne soutient pas cette activité de loisir. Certains stéréotypes collent toujours à la peau des femmes qui le pratiquent. Certaines personnes les accusent de déserter leur foyer une journée durant pour aller jouer et ensuite se pavaner dans les bars après une victoire. «Ce sont des femmes de mœurs légères qui le pratiquent. Je ne peux pas encourager cela», affirme Paulin Ntula, un fonctionnaire de la RDC. Ce ne sont pas que les hommes qui portent de telles accusations. Même certaines femmes enfoncent le clou : «Je ne crois pas que cela soit quelque chose à encourager. Ces femmes font beaucoup de bruit pour rien», estime Clarisse Bukonzi, mère d’un enfant. Un sketch a même été réalisé par une troupe locale pour faire passer des messages décourageants à propos du Nzango, du genre «les mères de famille abandonnent leur foyer pour le Nzango, l’éducation des enfants est menacée…» Face à ces accusations gratuites et sans fondement, Yuma réplique : «C’est une mauvaise façon de voir les choses. Des dérapages ne manquent pas dans la vie. Mais pour moi, le Nzango permet aux personnes qui le pratiquent d’éviter certains problèmes de santé. J’ai des témoignages des époux qui encouragent leurs femmes à continuer parce que ce loisir leur permet de garder une belle silhouette et de rester en forme». Marie Claire Mbala, une vendeuse de pains d’une soixantaine d’années, est heureuse que ce jeu soit à nouveau populaire. «Mon église a organisé des activités récréatives la dernière semaine d’août pour ses fidèles. Et nous, les femmes, nous avons joué au Nzango à un moment de la journée; c’était fantastique». Il existe beaucoup de clubs de ce genre, créés occasionnellement pour divertir des groupes de femmes dans une paroisse, un quartier ou encore une entreprise. Cela permet à Yuma d’espérer et d’appeler les autres Congolaises à soutenir ce jeu qui est pratiqué en majorité par des femmes. Forts du soutien de la direction des loisirs de la ville de Kinshasa ainsi que des femmes et des hommes de bonne volonté, Yuma et son groupe n’entendent pas baisser les bras. Au contraire, elles caressent le rêve de voir ce loisir être reconnu plus tard comme une discipline sportive à part entière, avec un règlement précis, et qui serait accepté par plusieurs autres pays.

*(Anna Mayimona Ngemba est journaliste en RD Congo et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).