N’DJAMENA, 27 oct (IPS) – La crue du Chari a détruit en octobre toutes les cultures maraîchères développées le long du fleuve. Et le quartier Walia, dans le 9ème arrondissement de N’Djamena la capitale tchadienne, est particulièrement menacé par la montée des eaux.
Les quelque 15.000 personnes, qui vivent à Walia où passe le fleuve, sont en danger. Ce quartier, qui est presque bâti sur le bras du fleuve est inondé dès la première montée des eaux, déplorant déjà quatre cas de décès dus à la noyade dont trois enfants et un homme de 30 ans, selon Daouda Mardjaï, délégué du quartier.
Dressant un bilan provisoire le 24 octobre, le président du comité de crise, Pierre Ngolsou, a indiqué à IPS que plus 2.000 habitations entières sont détruites par les eaux, faisant 5.000 sans abri, des individus étant contraints de dormir à la belle étoile, exposés au choléra et au paludisme. «Regardez, grâce aux sacs vides remplis de sable et sensés contenir l’eau, on essaie de limiter les dégâts pendant trois semaines, mais cette nuit (23 octobre), pendant que je dormais, j’ai été surprise sur ma natte par l’infiltration de l’eau dans ma chambre, et c’est grâce à Dieu que nous sommes encore en vie, mes petits enfants et moi», a déclaré à IPS, larmes aux yeux, Madeleine Soyaradé, 60 ans environ, une habitante de Walia. Un autre habitant du même quartier, Jacob Didima, a volontairement détruit six chambres à coucher de ses dix enfants pour en utiliser la terre et renforcer les maisons qui tiennent encore. Didima a même inventé un système de pont fait de planches de bois, seul passage obligé des personnes sinistrées pour accéder à la terre sèche. «Quand l’homme est en face de difficultés, il met toute son intelligence en jeu pour se tirer d’affaire, c’est comme ça que j’ai eu l’idée d’inventer ce pont et d’élever des digues à l’aide de sacs vides que nous remplissons de terre pour entourer nos maisons», a expliqué Didama à IPS. Actuellement, Walia ressemble étrangement à un îlot inondé. La crue du fleuve Chari n’est pas un phénomène nouveau, mais comme elle s’est produite en 1988, 1998 et en 2010, les N’Djamenois se demandent bien pourquoi la furie du fleuve se manifeste après chaque décennie.
La municipalité de N’Djamena a fait don de 1.000 sacs vides et 100 tentes pour abriter la population sinistrée de Walia, mais ce geste de solidarité est vu par les bénéficiaires comme une goutte d’eau dans la mer face à l’ampleur du drame. Des associations de la société civile, des partis politiques ont publié des communiqués de presse pour condamner le manque ou le peu de mobilisation du gouvernement face à ce drame. C’est un mois après que l’eau ne cesse de monter et que la météo prévoit la fin de la crue à la fin de novembre prochain, que des tentes sont en construction par la municipalité sur différents sites. Loum Inaïssou, deuxième adjoint au maire de N’Djamena, estime que «la population de Walia ne doit pas voir le retard avec lequel les autorités réagissent comme un abandon», tout en reconnaissant qu’elles sont confrontées à plusieurs situations d’urgence à la fois. Toutefois, grâce aux dons étrangers reçus, la Croix-Rouge tchadienne a procédé, le 24 octobre, à la distribution de 800 sacs de riz, des bidons d’huiles, de moustiquaires, de nattes et de sacs vides, offerts par l’ONU, en particulier le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF). Selon Dr Salomon Garba Tchang, coordonnateur du Programme élargi de vaccination, «en pareille circonstance, les risques d’épidémie liés au choléra et de crise de paludisme sont très grands». Il exhorte le ministère de la Santé et les agences humanitaires à voler au secours des sinistrés. La rentrée des classes s’est effectuée au Tchad depuis le 1er octobre. L’état de pauvreté des populations, ajouté à cette inondation, rend pénible la situation des élèves du quartier Walia, condamnés à rester à la maison pendant que leurs camarades sont à l’école. La plupart des écoles situées dans le quartier se sont écroulées sous les eaux. Les autorités avaient, au début de la crue, accusé les habitants de Walia de s’être installés volontairement et anarchiquement dans des zones marécageuses, à haut risque et au péril de leur vie. Mais lorsque les médias ont tiré la sonnette d’alarme, le quartier a reçu, le 25 octobre, la visite du couple présidentiel. Dans la matinée, la Première dame Hinda Déby Itno s’est rendue à Walia et a offert des couvertures et moustiquaires aux sinistrés. Et dans l’après-midi, le président Idriss Déby Itno leur a rendu visite également pour exprimer sa compassion, mais il a suggéré l'idée de déplacer les habitants de ce quartier sur un autre site. Le Chari et le Logone sont deux fleuves qui alimentent le lac Tchad. La crue du fleuve Chari a augmenté un peu les eaux du lac Tchad – asséché depuis des années – avec sa superficie qui est passée de 25.000 kilomètres carrés en 1963, à 1.700 km2 actuellement.

