MALAWI: La population fait la queue pour le carburant pendant que le président voyage en avion

LILONGWE, oct 19 (IPS) – Une querelle publique s’est développée entre le gouvernement et les organisations malawites, dans le petit Etat d’Afrique du sud-est, concernant les devises étrangères “gaspillées” sur les voyages à l’étranger du président Bingu wa Mutharika.

Les pénuries répétées de carburant constituent, selon les organisations, la conséquence de ces voyages.

Les petites entreprises malawites sont dans une situation désespérée à cause de la pénurie de carburant qui a frappé le pays en début de septembre. Certaines entreprises ont été incapables de transporter les marchandises aux marchés et de les ramener pendant que d’autres, qui dépendent du diesel ou de l’essence pour faire tourner les machines, ont dû suspendre leurs opérations.

Le carburant est devenu si précieux qu’il est maintenant rationné. Les gens garent leurs véhicules dans les stations services la nuit, formant de longues queues en attendant l’arrivée des camions-citernes.

Jennifer Chienda, qui vend les pommes de terre qu’elle cultive sur sa petite ferme dans le district de Dedza, au centre de Malawi, a déjà subi des pertes de 1750 dollars environ en trois semaines.

Elle gagne généralement 500 dollars en moyenne par semaine en livrant des pommes de terre à un certain nombre de restaurants à Lilongwe, la capitale du pays. Mais depuis que la crise pétrolière a frappé le pays en début de septembre, elle a été incapable de transporter sa marchandise.

“Des tas de pommes de terre sont juste étalés devant ma porte. Je ne peux pas les transporter parce qu’il n’y a pas de carburant dans les pompes. Je crains que certaines pommes de terre aient déjà pourri”, a déclaré Chienda à IPS.

Elle possède un petit camion qu’elle utilise pour transporter ses marchandises. “Je passe beaucoup de temps à circuler dans les stations services à la recherche de diesel mais je n’ai pas jusqu’ici réussi à en avoir assez pour le camion afin de voyager sur Lilongwe”, a déclaré Chienda, toute triste.

L’année dernière, le Malawi a également souffert d’une crise pétrolière qui a duré près de deux mois et cette dernière, selon l’Association des économistes du Malawi (Economists Association of Malawi – ECAMA), a conduit à des pertes allant jusqu’à 74 millions de dollars pour les entreprises.

L’ECAMA a annoncé que l’indisponibilité de carburant aurait à nouveau de longues conséquences économiques négatives.

Jonah Kaduli est confronté à des pertes pour la seconde fois en deux ans. Il dirige un moulin à maïs depuis les 12 dernières années.

Il a déclaré à IPS que la pénurie de carburant, particulièrement celle du diesel, a interrompu ses activités au niveau du moulin depuis les quatre dernières semaines. Du gain de 300 dollars par semaine, le revenu de Kaduli est tombé à zéro depuis le début des pénuries de carburant.

“Je ne suis pas le seul perdant. Certains de mes clients font moudre le maïs pour faire de la farine qu’ils vendent aux ménages. Ils ne peuvent pas le faire parce que je n’arrive pas à avoir du diesel pour faire tourner le moulin”, a expliqué Kaduli.

Les produits dérivés du maïs sont des aliments de base au Malawi. La farine est transformée le plus souvent dans les moulins gérés par des commerçants locaux comme Kaduli.

Certains commerçants se rabattent sur l’achat de carburant en gros mais Kaduli considère le stockage du carburant comme trop risqué: “Le diesel et l’essence sont tous deux très inflammables. Ce serait comme garder une bombe à retardement. Tout peut arriver”.

Le ministre malawite de l’information, Simon Vuwa Kaunda, attribue le manque de carburant aux camions qui prennent plus de temps pour traverser le 'Tete Bridge' (le pont de Tete) sur le Zambèze au Mozambique à cause des travaux routiers.

Vuwa Kaunda a déclaré aux médias locaux que les camions-citernes transportant la marchandise depuis le port de Beira étaient obligés de ralentir au niveau du pont, sur leur chemin vers le Malawi. “La pénurie de carburant est due à la logistique”, a prétendu Vuwa Kaunda.

Mais le haut commissaire du Mozambique au Malawi, Pedro Davne, a rejeté les déclarations du ministre lors d’une conférence de presse, insistant sur le fait que les travaux routiers n’affectaient pas le transport.

La 'Road Transport Operators Association' (RTOA – Association des opérateurs du transport routier), représentant les hommes et les femmes d’affaires du Malawi qui possèdent les véhicules de transport de marchandises, a également contesté la déclaration de Vuwa Kaunda, étant donné que la rénovation du pont de Tete est en cours depuis 18 mois environ sans affecter l’approvisionnement en carburant du Malawi.

En dehors du carburant transporté via Beira, le Malawi obtient aussi son pétrole via Nacala au Mozambique et Dar es Salaam en Tanzanie.

Pendant ce temps, 'Petroleum Importers Ltd' (PIL), une société privée détenue par les sociétés d’hydrocarbures du Malawi qui importent du carburant dans le pays, attribue l’indisponibilité du carburant aux retards de paiement aux fournisseurs de pétrole.

La PIL a déclaré que le Malawi a une pénurie de devises étrangères qui rend impossible l’acquisition du pétrole.

Le Conseil des organisations non gouvernementales du Malawi (Congoma), une organisation faîtière représentant les organisations non gouvernementales, rejette la responsabilité de la pénurie en devises étrangères sur le président Bingu wa Mutharika accusé d’entreprendre beaucoup trop de voyages internationaux qui gaspillent les devises étrangères.

Depuis avril, Mutharika a voyagé sur le Canada, la Zambie, la Namibie, le Swaziland, l’Allemagne, la Chine, les Etats-Unis, le Cuba et l’Iran. Il est prévu que le président voyage sur l’Inde et la Grande Bretagne avant la fin de l’année.