SANTE-TCHAD: Une opération spéciale contre la malnutrition chronique

N’DJAMENA, 5 oct (IPS) – La malnutrition frappe durement la bande sahélienne du Tchad. Le taux de malnutrition oscille dans cette zone entre 15,2 et 24,9 pour cent, selon une étude conjointe réalisée en juillet 2010 par le Programme alimentaire mondial (PAM) et le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF).

Selon les deux agences humanitaires de l’ONU, ce taux est largement au-dessus du seuil critique de 15 pour cent fixé par les normes de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Le PAM a lancé l’opération 'Blanket Feeding' (couverture alimentaire) le 1er octobre à Moussoro, le chef-lieu de la région de Barh El Gazal, dans l’ouest du Tchad. Cette opération qui durera 90 jours, a pour but de fournir de l’aide alimentaire aux enfants âgés de six à 24 mois souffrant de malnutrition chronique. Quelque 120 centres ambulatoires de distribution de vivres sont ainsi créés dans les provinces concernées où 20.000 tonnes de vivres seront distribuées à environ un million de personnes. Ces vivres sont constitués essentiellement d’huile, de sel, de riz, de haricot, de sucre, et de semoule. Selon Pahimi Kalzeubet Débeuh, gouverneur de Barh El Gazal, «la région a connu un drame alimentaire, avec plus de 28 pour cent de taux de malnutrition enregistré cette année». «Ce taux n’a presque pas baissé depuis une décennie. Avec un faible taux de précipitations, la région a enregistré un déficit alimentaire de 33.000 tonnes en 2009. La famine n’a épargné aucun village, et les populations accourent vers les centres urbains pour espérer trouver les moyens de survivre», ajoute le gouverneur à IPS. Babille Marzio, représentant de l’UNICEF au Tchad, explique la cause de cette malnutrition par une insécurité alimentaire due à la baisse de la pluviométrie et la baisse des récoltes. Ce qui engendre, indique-t-il à IPS, une augmentation des prix des vivres sur le marché local. Il a également souligné le refus, pour des raisons culturelles, de certaines mères de nourrir les nouveaux-nés au lait maternel sous prétexte de les rendre malades. Selon Jean-Luc Siblot, représentant du PAM au Tchad, la malnutrition n’est pas simplement due à un manque de nourriture, mais à une combinaison de plusieurs facteurs dont un système de santé défaillant et le manque d’eau potable. Le système de santé et l’accès à l’eau potable sont des problèmes réels dans la région de Barh El Gazal, comme dans toute la bande sahélienne du pays. Dr Philippe Tadjion, médecin-chef de district de l’hôpital de Moussoro, souligne le manque criant de personnel qualifié dans sa délégation sanitaire: «Sur les 24 centres nutritionnels ambulatoires, neuf sont tenus par des agents non qualifiés. A l’hôpital de district de Moussoro, il y a une sage-femme, deux infirmiers diplômés d’Etat et six agents techniques de santé; nous sommes quatre médecins pour toute la délégation».

Le manque d’eau potable oblige les populations à consommer l’eau des marres au même titre que les bétails. Le taux très élevé de mortalité et de morbidité s’explique en partie par ce faible système de santé, explique Tadjion à IPS. Même vers le sud du pays où les productions agricoles et céréalières sont bonnes, le taux de malnutrition graviterait autour de 15 pour cent, selon Dr Adoum Daliam, nutritionniste au Centre national de nutrition et de technologie alimentaire. Selon lui, «la malnutrition n’est pas le seul fait de la disponibilité alimentaire, mais il faut savoir manger équilibré». Selon Daliam, les gens négligent les aliments comme le haricot, alors que c'est un aliment complet qui intervient de temps en temps dans l’alimentation. Il a également dit que les gens préfèrent manger le gombo sec au lieu du gombo frais qui, dit-il à IPS, contient quelques minéraux et vitamines.

Julien Rougerin, chargé de la mobilisation communautaire de l'ONG française 'Action contre la faim' à Moussoro, explique à IPS que le travail de son organisation n’est pas seulement d’assister la délégation sanitaire dans les soins, mais aussi de conseiller les communautés à pouvoir se prendre en charge. L'ONG leur montre, par exemple, les techniques de production agricole en période de pluviométrie normale, mais aussi pour produire des cultures maraîchères en période sèche.

Si le PAM a réussi à mobiliser 90 pour cent de l’aide dont il a besoin pour affronter cette situation, avec plus de 40 pour cent de contribution américaine, ce n’est pas le cas de l’UNICEF qui attend avec impatience l’assistance des donateurs afin de faire face à cette crise, mais également d’entreprendre des actions pour prévenir un autre drame en 2011.

Selon les responsables des deux agences humanitaires de l’ONU et les autorités tchadiennes, la malnutrition sévit dans la bande sahélienne du pays depuis environ 10 ans, avec un taux maintenu au-dessus de 20 pour cent. Après le 'Blanket Feeding', suivra l’opération 'vivres contre travail', fondée sur la volonté des acteurs de renforcer les capacités des populations locales à développer des projets pouvant leur assurer une autosuffisance alimentaire afin de ne pas dépendre éternellement de l’aide extérieure.