AFRIQUE AUSTRALE: De petites sommes d’argent font une grande différence

TSHWANE, Afrique du Sud, 27 sep (IPS) – Après avoir été diagnostiquée séropositive, Margaret Bikyele ne pouvait même pas assurer les travaux ménagers les plus simples, encore moins travailler afin de produire un revenu pour ses deux fils et elle.

Depuis son diagnostic en 2005 et pendant les années qui ont suivi, l’avenir de la famille de Bykele paraissait sombre. Jusqu’à ce qu’elle devienne bénéficiaire d’un système de transfert de fonds sociaux en 2007 et commence à recevoir 10 dollars par mois…

La petite somme d’argent supplémentaire a fait un monde de différence pour Bykele. Cela signifie que Bykele, originaire de Lilongwe, au Malawi, pouvait désormais payer le transport vers le centre de santé le plus proche pour recevoir la thérapie antirétrovirale gratuite. La thérapie a largement amélioré sa santé et elle a une fois de plus la force de travailler et de supporter sa famille.

Et maintenant ses enfants aussi peuvent aller à l’école. “Les transferts d’argent ont renouvelé mon espoir en l’avenir des enfants. Dans le passé, je ne pouvais pas (me permettre de) les envoyer à l’école. Aujourd’hui, je suis en mesure d’envoyer mes enfants à l’école l’estomac non vide et des livres entre les mains. Je sais qu’avec une bonne éducation, ils seront bien”, a déclaré Bykele par rapport à l’avenir de ses enfants sans elle.

Et avec environs 15,2 millions d’enfants dans le monde ayant perdu à ce jour l’un au moins des deux parents à cause du VIH/SIDA, la protection sociale est l’une des solutions qui a pu changer quelque chose dans leur vie.

Alors que le monde se préparait à faire le point des Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) à la réunion des Nations Unies sur les OMD le 22 septembre, les organisations de développement et de recherche faisaient remarquer que les transferts de petites sommes d’argent faisaient une grande différence pour les groupes pauvres et vulnérables.

Mais seuls quelques pays d’Afrique australe pourront réduire de moitié l’extrême pauvreté, selon le Programme régional contre la faim et la vulnérabilité (RVHP). L’organisation déclare que les transferts de fonds sociaux demeurent la dernière ouverture pour éradiquer la pauvreté lorsque d’autres programmes ont échoué.

Le RVHP, le Forum parlementaire de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC PF), et le 'Studies in Poverty and Inequality Institute” (l’Institut d’études sur la pauvreté et l’inégalité) ont conjointement organisé un dialogue de politique de haut niveau sur l’éradication de la pauvreté et de la faim extrêmes en Afrique australe, les 16 et 17 septembre à Tshwane.

Le dialogue de deux jours s’est penché sur le rôle de la protection sociale comme moyen d’éradication de l’extrême pauvreté avant la réunion des Nations Unies sur les OMD.

Selon la coordonnatrice de 'Grow up Free from Poverty Coalition'(coalition grandir sans pauvreté), Angela Penrose, une critique contre les transferts d’argent est le sentiment général selon lequel donner de l’argent provoque une dépendance et que les gens pourront en faire un mauvais usage.

“Nous constatons qu’il y a de plus en plus dans toute l’Afrique la preuve que les petites injections d’argent font vraiment une différence incroyable, non seulement pour les individus, mais aussi pour la communauté et l’économie dans son ensemble”, a déclaré Penrose à IPS.

“Pourquoi les gens ne devraient-ils pas pouvoir utiliser l’argent intelligemment pour acheter de la nourriture, aider leurs enfants à aller à l’école, prendre le bus, acheter de bons vêtements [et] avoir un emploi?” Penrose a déclaré que les petites sommes, variant entre 15 et 25 dollars par mois, ont montré qu’elles avaient un impact sur les communautés, particulièrement sur les groupes vulnérables tels que les enfants vivant avec le VIH/SIDA et les personnes âgées.

Selon le RVHP, l’Afrique du Sud et le Lesotho ont réussi à aider leurs citoyens à sortir de la faim et de la pauvreté en utilisant des instruments tels que des pensions de vieillesse et des allocations aux enfants, estimant que de petites sommes régulières d’argent entre les mains des pauvres peuvent faire une énorme différence.

En Afrique du Sud, le gouvernement a introduit la subvention d’appui à l’enfant d’environs 28 dollars, accordée à tout adulte qui prend soin d’un enfant de moins de 14 ans. Le 'foster care grant' (l’allocation pour les soins d’accueil) du pays est accordée aux parents adoptifs et l’allocation de dépendance est destinée aux personnes qui prennent soins des enfants handicapés, de ceux qui sont gravement malades et qui ont besoin de soins spéciaux tout le temps.

La pension de vieillesse du Lesotho a aidé à faire face à la pauvreté et à la vulnérabilité chroniques dans le pays parce qu’elle a atteint tous les citoyens de plus de 70 ans. Le nombre élevé d’enfants atteints du VIH/SIDA qui vivent avec les personnes âgées qui n’avaient pas eu un revenu sûr a motivé l’introduction de la pension en 2004.

“Même si les transferts d’argent seuls ne constituent pas la solution, ils peuvent être un élément important d’un ensemble de soins pour les enfants”, indique un rapport de 2008 du groupe de travail sur la protection sociale pour l’Equipe de travail interinstitutionnelle sur les enfants, le VIH et le SIDA. Le rapport a souligné que les transferts d’argent réguliers, prévisibles, peuvent avoir un impact positif à long terme sur les enfants atteints du VIH/SIDA ainsi que sur les familles.

Les parlementaires ont un rôle important dans le plaidoyer pour la protection sociale comme le développement social et économique demeure une priorité majeure en Afrique du Sud, a déclaré le secrétaire général du SADC PF, Esau Chiviya.

“Jusqu’à maintenant, l’initiative des OMD est en cours depuis 15 ans et à ce jour, seuls deux des 13 Etats d’Afrique australe sont susceptibles de réaliser le premier OMD – qui est de réduire de moitié le niveau de la faim et de la pauvreté extrêmes. Et ceux-là sont l’Afrique du Sud et la Zambie”, a déclaré le directeur du RVHP, John Rook, à IPS.

“La question n’est vraiment pas de savoir si cela arrivera, mais quand est-ce que ça arrivera. Et le défi que nous avons en ce moment est de faire en sorte que ce processus intervienne aujourd’hui plutôt que demain”.

*Reportage complémentaire de Dingaan Mithi à Lilongwe, au Malawi