MALAWI: La campagne contre la vice-présidente, une campagne contre l’égalité

LILONGWE, 3 sep (IPS) – L'avenir de la représentation politique des femmes au Malawi a été remis en cause puisque le Parti démocratique populaire (DPP) a lancé une campagne de diffamation contre son propre membre, la vice-présidente du pays, Joyce Banda.

Beaucoup avaient espéré que Banda deviendrait la première femme présidente du pays en 2014. Mais la campagne contre Banda s'est révélée être un recul pour l'égalité des femmes et a également créé une culture de la peur étant donné que nombre des principales femmes politiciennes du pays craignent de s’exprimer publiquement sur la question. Une politicienne a même été attaquée pour son soutien présumé à Banda. Anita Kalinde, une députée du DPP, a été agressée par des hommes fanatiques parce qu'elle était soupçonnée d'être en train de soutenir Banda. Bien que l'incident se soit produit le 18 août, au cours d’une réunion publique à laquelle participait le président Bingu wa Mutharika, la police n’a pas encore procédé à des arrestations. Ce coup a amené les organisations de défense des droits à accuser le DPP d'être discriminatoire et elles ont exigé que le parti présente des excuses à Banda et aux femmes du Malawi. Emma Kaliya, la présidente de 'NGO Gender Coordinating Network' (Réseau de coordination des ONG militant pour l’égalité des sexes) affirme que les femmes du Malawi sont considérées comme des citoyens de deuxième catégorie. “Les événements politiques récents ont suscité de l’étonnement… nous craignons que cela amène à la suppression des droits des femmes. Cela sape le pouvoir de vote des femmes qui constituent la majorité de la population totale”, a-t-elle souligné. Kaliya, qui dirige également la campagne 50/50, a décrié cette campagne de diffamation contre les femmes du Malawi. “Il convient de rappeler aux Malawiens que le poste de vice-président est la deuxième fonction la plus haute dans le pays comme le stipule la constitution. Cela va contre la campagne 50/50 et n’est pas bon pour les femmes qui disputent des postes politiques”, a déclaré Kaliya. Le Malawi a développé la campagne 50/50 en 2008 en réponse au Protocole de la Communauté de développement d’Afrique australe sur le genre et le développement qui engage les pays à œuvrer dans le sens de l'objectif d'avoir 50 pour cent de femmes en politique et dans les postes de décision d'ici à 2015. Banda a soutenu le président Mutharika au cours du scrutin présidentiel de 2009, qui les a vus remporter les élections. C'était la première fois que le Malawi avait eu une femme vice-présidente depuis l'indépendance en 1964. A l’époque, Banda avait déclaré qu'elle luttait contre un environnement hostile en tant que politicienne. Mais Noël Masangwi, un haut responsable du DPP et gouverneur régional du parti pour la région du sud du pays, avait confié aux médias locaux le 29 juillet que le Malawi n'était pas prêt à être dirigé par une femme. “Tout ce que je dis, c'est que le Malawi n'est pas prêt pour une femme présidente. La vice-présidente pourrait avoir eu de telles ambitions, mais je suis désolé de dire cela”, a déclaré Masangwi. Ses commentaires sont faits en dépit du fait que les élections générales de 2009 ont vu le nombre de femmes représentées au parlement passer de 14 à 22 pour cent. La direction du DPP, y compris le président Mutharika, ne s'est pas exprimée contre les commentaires de Masangwi. Par contre, le jeune frère de Mutharika, Peter, qui est également ministre de l'Education, est en train d’être soutenu par les hauts dirigeants du parti pour porter le manteau présidentiel à la fin du mandat de son frère en 2014. La campagne contre Banda semble prendre de l'ampleur chaque jour qui passe. Cette campagne de diffamation est diffusée sur les stations de radio et de télévision nationales de l’Office de radiodiffusion et télévision du Malawi (MBC), qui est contrôlé par l'Etat. Les hauts responsables ont ouvertement déclaré en direct à la télévision et la radio de la MBC que Peter Mutharika est un meilleur candidat présidentiel que Banda. Le président du Malawi nomme les principaux dirigeants de la chaîne d'Etat à leurs postes. En attendant, Banda a indiqué aux médias locaux que la campagne pour le frère du président était ridicule. “Ce que font les autres est une indication claire du désespoir et de la panique de leur part”, a-t-elle déclaré. Elle a dit qu'elle déclarerait sa position pour 2014 au moment opportun. “Je ne commenterai pas davantage sur ce qui se passe. Laissez les gens s'exprimer sur la question”, a ajouté Banda. Le président Mutharika avait déclaré en octobre 2009 que son frère était libre de se présenter pour n’importe quelle fonction publique. “Je veux dire très clairement que le professeur (Peter) Mutharika a le droit d'occuper n’importe quel poste ou de faire campagne pour un poste quelconque dans ce pays comme tout le monde”, avait-il souligné.