MALAWI: Des citadins adoptent les toilettes à compost

LILONGWE, 18 août (IPS) – La diarrhée fait plus de décès que le paludisme et le SIDA réunis, mais pendant que le financement pour lutter contre ces deux dernières maladies a fortement augmenté, on ne peut pas en dire autant des ressources disponibles pour l'hygiène, l'assainissement et l'eau potable.

Le Fonds des Nations Unies pour l'enfance estime que 12.000 enfants au Malawi meurent de maladies diarrhéiques chaque année. Dans les zones périphériques très peuplées de Lilongwe, la capitale du Malawi, il y a un besoin pressant pour des toilettes propres et l'eau potable: mais ces quartiers sont tellement peuplés qu’il y a à peine de place pour les construire. Mgona est l’une de ces installations informelles. Environ 36.000 personnes se sont entassées sur ce petit espace près d'une voie ferrée abandonnée. Ici, les gens gagnent leur vie le mieux qu’ils le peuvent – vendre de légumes, gérer de petites boutiques; vendre à d’autres résidents des films hollywoodiens, nigérians et chinois de contrebande. Peu de gens ici sont capables de construire des maisons en briques ou en terre cuite. L'accès aux toilettes adéquates est ignoré presque. C’était avant que l’organisation non gouvernementale (ONG) internationale 'Water Aid' et une ONG locale partenaire appelée 'Training Support for Partners' (Appui à la formation pour les partenaires) ne commencent à former les membres de la communauté dans la construction des toilettes à compost appelées Skyloos. Les toilettes se composent de deux fosses à briques, avec une dalle en béton qui les couvre et un couvercle métallique d’accès à l'arrière. Les matières fécales tombent par un trou dans la dalle dans l'une des fosses, et de la cendre est régulièrement versée au-dessus. La cendre augmente l'alcalinité et, avec les fortes températures du soleil qui brille sur les couvercles métalliques, tue les agents pathogènes; les toilettes ne dégagent remarquablement pas d’odeur, attirant peu de mouches. Quand une fosse est remplie, les utilisateurs commencent à utiliser l'autre. Les matières fécales se décomposent en un engrais sans danger et riche qui est extrait du sol et utilisé pour faire pousser les cultures. Le trou vide est ensuite prêt pour être réutilisé. Toute la structure est surmontée d'une clôture en briques cuites pour protéger l’intimité. Falesi Jeffrey est une femme d'affaires locale. Elle note avec approbation le petit espace que les toilettes occupent. “Nous pouvons récolter du fumier après six mois; les matières fécales sont mélangées à la cendre et au sol pour devenir dures; puis le mélange est prêt pour être utilisé”, explique-t-elle. 'WaterAid' estime que 80 pour cent des pays africains sont actuellement en retard pour atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement sur l'assainissement; pourtant des programmes simples et rentables qui fournissent l'assainissement et l'hygiène peuvent non seulement réduire les cas de diarrhée, mais aussi baisser considérablement les autres causes de décès infantile telles que la malnutrition et la pneumonie. Martin Meke, chargé de programmes de 'WaterAid' au Malawi, affirme qu’en renforçant les capacités des communautés à construire leurs propres toilettes, les gens sont en position de force pour pérenniser le projet, en prenant la responsabilité d'améliorer leur qualité de vie. Il ne coûte rien d’autre pour entretenir ces toilettes à part le fait que les membres de la communauté appliquent de la cendre, et extraient l'engrais quand il est prêt. “Ces gens sont en mesure de s’approprier les programmes d'eau et d'assainissement; ils sont également capables de former les autres membres de la communauté, rendant ainsi l'eau et l'assainissement réalisables”, a noté Meke. Esther Sakala, l'une des nombreuses personnes qui ont construit leurs propres toilettes, se souvient très bien de la douleur ressentie à la mort de son petit-fils de quatre mois à cause de la diarrhée. “J’ai couru avec le bébé à l'hôpital, mais tous les efforts ont échoué et il est mort juste deux jours après avoir contracté la diarrhée”, confie-t-elle. “Avec la venue des toilettes, j’exhorte le gouvernement à investir davantage de ressources dans ces toilettes modernes afin que nous puissions réduire les décès”. La Commission de l’eau et l’assainissement de Lilongwe, l'organe parapublic en charge de l'eau et l'assainissement dans la capitale, semble avoir entendu les plaintes et envisage de lancer un projet d’eau et d'assainissement sur quatre ans avec le soutien financier de l'Union européenne (UE), qui viendra compléter les travaux déjà entrepris par des ONG dans cette zone. Le chargé des relations publiques de la commission, Trevor Phoya, a déclaré à IPS que le soutien financier de l'UE servira à construire plus de 500 kiosques à eau, qui à long terme, fourniront à la population de l'eau potable. “Je peux confirmer que nous envisageons de lancer un projet d’eau sur quatre ans à Mgona, c’est déjà dans nos plans, mais je ne suis pas sûr du coût du projet, mais nous pensons construire plus de 500 kiosques à eau”, a indiqué Trevor. Pour les habitants de Mgona et autres installations non prévues dans la ville, l'attention du gouvernement à la situation est accueillie comme mieux vaut tard que jamais. Le compte à rebours vers 2015 se poursuit.