COTE D’IVOIRE: La culture du sésame s’impose dans le nord

ABIDJAN, 13 août (IPS) – Connu pour être une légumineuse dont les graines regorgent de minéraux, le sésame n’est plus, dans le nord de la Côte d’Ivoire, une simple denrée alimentaire pour assaisonner les repas. C’est désormais une culture commerciale dont les producteurs veulent tirer un meilleur profit.

Selon des spécialistes, le sésame contient du magnésium, du zinc et du fer. Au marché de Touba (nord-ouest de la Côte d’Ivoire), M’fa Bamba, un agriculteur de 38 ans et un acheteur discutent. Bamba explique à IPS : “Il veut ma récolte de 875 kilogrammes à 218.750 francs CFA (environ 437,5 dollars) au lieu de 240.625 FCFA (481 dollars); ce que je refuse. La demande est actuellement forte et il a intérêt à revoir sa position”. “Si lui ou d’autres acheteurs ne retiennent pas mon prix, je retournerai chez moi pour revenir plus tard. J’espère que cela va permettre de monter encore les enchères”, confie Bamba, montrant néanmoins quelques signes d’inquiétude face au risque de ne pas voir son produit être écoulé au plus vite. Producteur de riz et de coton depuis longtemps, Bamba a ajouté à sa liste depuis trois ans, la culture de sésame. “C’est une culture qui était dévolue aux femmes et inconnue de beaucoup. Mais avec le temps, nous avons compris qu’il fallait y accorder un intérêt parce que les revenus sont importants”, avoue-t-il. En 2008, sur une superficie d’un hectare et demi, Bamba avait produit 650 kg pour un revenu de 178.750 FCFA (environ 357,5 dollars). En 2009, il avait récolté sur la même superficie 725 kg pour 199.375 FCFA (398,75 dollars). “Chaque année, mes récoltes vont croissantes. Elles seront plus abondantes dans un an, car j’ai cultivé cinq hectares de sésame”, révèle-t-il. Nafissatou Koné, 43 ans, a également changé ses habitudes. “Je ne cultive plus le sésame entre les butes d’ignames ou entre les plants de maïs. Mais j’en fais une culture à part entière”, dit-elle à IPS. Avec un demi-hectare, Elle s’est contentée cette année de 350 kg qu’elle doit livrer prochainement sur le marché de Touba. “Mes sept sacs de 50 kg son en attente d’être vendus. J’ai besoin de trouver une offre intéressante et un démarcheur de confiance”, souligne-t-elle. “Cette culture a besoin d’être encadrée et soutenue, car la production est importante tant dans la région que dans tout le nord, mais les producteurs sont le plus souvent grugés par des acheteurs véreux qui proposent des prix très bas”. Une opinion que partage Mianman Koné, président de l’organisation non gouvernementale (ONG) locale 'Yéya' (qui signifie espoir en langue locale Mahou). Cette ONG soutient la culture du sésame dans la région. “Progressivement, nous tissons une toile dans le département puis tout le nord afin de mieux organiser la culture du sésame. Il y a eu des revenus importants ces deux dernières années. Mais du fait du cadre informel dans lequel elle évoluait, son impact n’a pu être véritablement évalué”, explique-t-il à IPS. Cependant, selon les coopératives agricoles, ce sont environ 5.000 tonnes de sésame qui ont pu être produites en 2008-2009 dans tout le nord de la Côte d’Ivoire. Avec un prix bord champ atteignant les 275 FCFA (0,55 dollar) le kilogramme, environ 1,375 milliard FCFA (2,750 millions de dollars) ont pu être obtenus par les producteurs et coopératives. La production annuelle du pays, selon les coopératives, est estimée à 5.100 tonnes. Après la récolte, les producteurs effectuent un séchage avant de faire un décorticage traditionnel pour obtenir les graines de sésame qui sont vendues. En général, des démarcheurs appelés “pisteurs” parcourent les villages producteurs, en quête de sésame pour le revendre aux gros acheteurs en ville. “Aujourd’hui, il est question que le sésame se présente comme une culture à part entière et non comme une culture intermédiaire entre le coton, le riz, le maïs, l’igname et autres”, souligne Koné. Son ONG a mis à la disposition des producteurs des semences de sésame d’autant plus qu’il existe désormais de grandes superficies (entre deux et cinq hectares) de cette culture. “L’objectif est de doper la production nationale pour approvisionner le marché international”, affirme Koné. Avec 1.670 producteurs présents dans 167 villages de la région de Touba, l’ONG Yéya entend faire progresser le rendement du sésame de 400 kg à l’hectare à 800 kg les deux prochaines années. “Nous savons que le sésame est beaucoup prisé en Chine (premier consommateur mondial avec 700.000 tonnes par an) et en Europe pour son huile aux vertus pharmaceutiques, cosmétiques et nutritionnelles”, indique Koné. “Alors, avec 1.400 ou 1.500 dollars la tonne sur le marché international, il nous faut non seulement doubler notre production en passant de 5.000 à 10.000 tonnes pour se positionner derrière le Mali, le Burkina Faso et le Sénégal, mais surtout offrir un excellent prix d’achat aux producteurs”, souligne-t-il. Mais, l’implication des autorités ivoiriennes est encore inexistante dans cette culture. Et l’Agence nationale pour le développement rural, la structure étatique d’encadrement des paysans, ne fournit que de simples conseils aux producteurs de sésame. “Pourtant, cette culture est facile et les coûts de production faibles”, explique à IPS, Frédéric Koffi, ingénieur agronome à Abidjan, la capitale économique ivoirienne. “Une fois les semences obtenues et mises en terre, la plante nécessite peu de soins… Le cycle de maturité est court (trois mois), ce qui peut permettre de faire plusieurs fois la culture…” Koné ajoute : “C’est une plante qui contribue aussi à lutter contre l’érosion des sols. Elle est un excellent fertilisant permettant de réaliser une agriculture sans trop d’engrais minéral”. Selon lui, “l’alternance du riz, du maïs ou d’autres plantes avec le sésame permet d’avoir de bonnes récoltes des cultures précitées”.