KIKWIT, RD Congo, 2 août (IPS) – Décidés à améliorer les conditions d'études et de sécurité de leurs enfants, les habitants de Gungu exécutent, depuis dix ans, un projet local de construction de classes avec leurs propres ressources sans attendre l'aide du gouvernement, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo.
Depuis 1998, ce projet, initié localement par le diocèse de Kikwit, mobilise hommes et femmes du territoire de Gungu, qui travaillent ensemble pour relever le défi. Dénommé “Chassons les sticks et les chaumes de nos écoles”, le projet est focalisé sur cette zone située à 200 kilomètres de Kikwit, la capitale de la province du Bandundu.
Selon les statuts notariés du projet, il vise à “supprimer petit à petit les écoles construites en sticks et en chaumes en les remplaçant par des pierres ou briques adobes et couvrir les toits avec des tôles…” Le projet vise également à “donner une valeur humaine aux écoles rurales souvent négligées, à garantir la sécurité aux élèves et aux enseignants par rapport aux meilleurs conditions d'études, à accompagner le gouvernement congolais dans ses 'Cinq chantiers' dont l'éducation, et à assurer un développement scolaire harmonieux, un environnement sain au lieu de travail”.
Dans le sud de la province du Bandundu, quelque “13.500 élèves, du primaire comme secondaire, répartis dans 54 écoles, recevaient des enseignements dans des conditions inhumaines: des salles extrêmement exiguës, construites en sticks et en chaumes, moins résistantes”, a expliqué à IPS, Novele Erasme Selego, conseiller d'enseignement primaire du diocèse de Kikwit et chef du projet.
En Novembre 1999, une pluie diluvienne avait écroulé les bâtiments de l'école primaire Gitshinji qui comptait 324 élèves, témoigne Aitshi Baudouin, directeur de cette école, indiquant que des incidents similaires étaient fréquents dans les autres écoles de la contrée, rendant la tâche ardue aux enseignants.
Aujourd’hui, le territoire de Gungu vit, grâce au labeur dans l'unité, une expérience impressionnante. Au total 23 établissements scolaires sur les 54 que compte la zone se sont métamorphosés, les unes construites en pierres et les autres en briques adobes, a constaté IPS sur le terrain.
Par exemple, à l'entrée de l'Institut Ngambun, à 115 km de Kikwit, se dresse un bâtiment de six classes, construit en pierres et qui frappe la vision par sa couleur blanchâtre. Assis, 262 élèves, filles et garçons mêlés, suivent des enseignements dans une sérénité beaucoup meilleure à ce qui était plusieurs dizaines d'années auparavant.
“Ici, nous avions commencé par chasser les chaumes en les remplaçant par les tôles pour bien protéger les murs qui, eux, ont été construits deux ans plus tard avec les efforts de la population”, indique, souriant, Jean Kasanza, le préfet des études à l’institut. Mais, ajoute-t-il, les tôles ont été offertes par les Amis musiciens de Madrid, en Espagne, par le truchement de la demoiselle Begonia du Centre Victoria Diez de Kikwit, “suite au cri lancé par le diocèse”.
Technologie locale Pour changer les visages de ces infrastructures, la population de Gungu devient ingénieuse dans la fabrication des briques adobes. Sasa Ngambun, 25 ans, du village Mbitshambele, explique à IPS: “Pour qu’une brique adobe soit très solide et très durable, la terre rouge, issue des bordures des rivières, doit, dans le moule, être mélangée avec les cendres des bois de chauffage”. “A cela, s'ajoute la paille coupée en très petits morceaux à l'aide d'un couteau ou d'une lame de rasoir, y compris les résidus des boissons alcooliques de fabrication artisanale. Cette méthode s'appelle ici système Gusopa en langue Pende qui veut dire transformer”, ajoute-t-il.
De leur côté, les femmes ne croisent pas non plus les bras. Maman Evelyne Kasanji, 40 ans environ et paysanne à Lukamba, à plus de 50 km de Kikwit, souligne que “deux ou trois fois par semaine, un groupe de mamans, trop tôt le matin, transporte de la terre rouge, à partir des bordures des rivières vers les hangars pour la fabrication des briques adobes”.
Lors de la cérémonie d'évaluation des activités de dix ans du projet à Gungu en mai dernier, Mafuta Ntantu Joachin, chef des services généraux à la Division provinciale de l'enseignement primaire, secondaire et professionnel de Bandundu 2, s'est réjouit du fait que plus de 10.000 élèves étudient aujourd'hui dans des conditions acceptables. “La vision de ce projet a précédé depuis lors le Programme national de développement du gouvernement congolais appelé Cinq chantiers… L'initiateur du projet n'a pas attendu les promesses, les aides extérieures pour oser faire appel aux efforts des partenaires éducatifs locaux” qui, a-t-il déclaré, ont soutenu volontiers l'initiative malgré les sacrifices. Mais, Jean Ngulupanda, un petit commerçant de Gungu voit de mauvais œil ces actions. Pour lui, “cela va encourager le gouvernement à croiser les bras. C'est le gouvernement qui doit construire (les écoles) avec des sommes d'argent qu'il encaisse. A quoi sert le programme des Cinq chantiers mis sur les rails?”, a-t-il demandé.
Malgré cela, “cette expérience doit s'étendre sur toute l'étendue du diocèse pour développer… nos écoles. L'élite de demain doit très bien étudier…”, a souligné Monseigneur Bertin Kipanza Tumwaka, vicaire général du diocèse de Kikwit. Le coût global des 23 établissements concernés par les constructions, s'élève à quelque 155.000 euros, selon Selego, le chef de projet.

