AFRIQUE AUSTRALE: Les jeunes vulnérables à la violence

JOHANNESBURG et LUSAKA, 29 juil (IPS) – James Banda, 27 ans, est un jeune chômeur; mais il est parfois engagé pour travailler comme conducteur à Tower Bus Station (gare routière) de Kulima à Lusaka.

Il n’a peut-être pas un emploi permanent, mais il est facile de le retrouver. Toute personne à sa recherche n’a qu’à se rendre à la gare routière et le demander. Tout le monde sait qui il est. Banda ou ‘ba-Jay’ comme on l’appelle, est un jeune homme très respecté par ses amis – c’est un casseur (en matière d’embauche).

Il peut avoir du mal à trouver un emploi au cours de l’année, mais quand vient la période électorale, Banda devient un jeune homme dont les services sont vivement recherchés. Il est engagé ensemble avec ses amis par différents partis politiques pour mener des campagnes.

Mais Banda n’est membre déclaré d’aucun parti politique. Et le genre de campagnes pour lesquelles il est engagé ne consiste pas à expliquer des programmes à l’électorat mais à intimider les opposants et les électeurs. Les responsables de parti donnent à ses amis et à lui-même de l’argent, de l’alcool, et leur louent une camionnette pour sillonner la circonscription électorale en vue d’interrompre les rassemblements des partis opposants et d’intimider leurs électeurs.

Lorsque les cadres et les électeurs opposants résistent, soit ils les battent, soit ils les menacent avec des machettes.

“Notre travail est simple, il s’agit juste de convaincre de toutes les manières les gens à voter pour le parti que nous soutenons lors d’une élection donnée. Pour tout parti qui nous aborde en premier, et avec une bonne offre en termes d’argent, nous sommes partants”, déclare-t-il.

Banda, comme beaucoup de jeunes, cite le manque d’opportunités d’emploi pour justifier pourquoi il se permet d’être employé dans la violence politique.

Et des recherches montrent qu’il n’est pas le seul. Le rapport du Trust de l’Afrique australe “Ending the Age of Marginal Majority' (mettre fin à l’ère de la majorité marginale), publié le 20 juillet, a révélé que la plupart des jeunes de la région de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) sont exposés à la violence en tant que victimes ou auteurs lorsqu’ils n’ont pas accès à des structures ou réseaux de soutien.

L’étude a noté que la région de la SADC a été caractérisée par la violence et le conflit et que cette violence est devenue une partie normale de la société dans la région. Par conséquent, il était “rare pour des gens engagés dans ces formes de violence, ou affectés par elles, de les considérer comme criminelles”.

Emily Mabusela, directrice de programme de 'Youth Violence Prevention Programme' (Programme de prévention de la violence juvénile) au 'Centre for the Study of Violence and Reconciliation' (Centre d’étude sur la violence et la réconciliation), déclare que l’une des raisons de la violence juvénile est l'omniprésence des actes de violence dans notre société.

“La violence est dans tous nos espaces; dans nos maisons, nos communautés et nos écoles; les enfants sont assassinés; nous ne pouvons pas éviter cela. Qu’est-ce que nous enseignons aux jeunes lorsqu’ils voient des attaques xénophobes et la violente fureur dans la rue?” Mabusela a souligné que sans une intervention, les jeunes violents vont devenir des adultes violents. “La violence est comme apprendre à lire, lorsque vous êtes jeunes vous n’y êtes pas bon, mais lorsque vous grandissez vous devenez meilleur. Lorsque vous êtes violent à un jeune âge il y a des chances que vous deveniez pire”, a–t–elle déclaré.

Selon Helene Perold, directrice exécutive à 'Volunteer and Service Enquiry South Africa' et un des chercheurs ayant contribué au rapport, pendant l’adolescence, les jeunes essaient souvent d’adopter leurs personnalités et traversent une période confuse de changement.

Pendant cette période, les jeunes sont sensibles à plusieurs influences.

Perold a en outre souligné qu’il est important d’engager les jeunes et de les intégrer dans la grande société.

“Nous vivons dans une société où l’on accepte que les parents battent leurs enfants et que les maris battent leurs femmes. Nous disons qu’il doit y avoir un moyen d’intégrer les jeunes; la plupart d’eux se sentent exclus de la société parce que leurs questions ne sont pas prises dans leur contexte”, a-t-elle déclaré.

Masebula a déclaré qu’il était important d’intervenir pour résorber la violence au sein des jeunes. “Si nous ignorons la violence, elle va de pire en pire. Nous savons que le comportement violent s’apprend. Les enfants commencent par se pousser et ensuite arrivent progressivement à se gifler et à se porter des coups. Une fois que quelqu’un leur apprend qu’être violent les rend puissants, alors ils voient cela comme une façon de résoudre leurs problèmes à l’avenir”.

L’Afrique du Sud a actuellement certains programmes et politiques qui essaient de réhabiliter les jeunes. Ansa Verster est directrice d’un programme de loisirs pour les jeunes à Restorative Justice Centre (Centre de reconstruction de la justice). Le centre sert de médiation dans la résolution des problèmes entre les victimes et les auteurs de crime et offre également des programmes de capacité d’adaptation à la vie aux jeunes qui ont eu des problèmes avec la loi. Elle pense que les jeunes violents peuvent changer si on leur donne un appui convenable et des conseils appropriés.

Les conclusions du rapport concordent avec cela et font appel à une politique publique dans la région qui prenne en compte les besoins des jeunes et abordent les situations empêchant les jeunes d’obtenir, entre autres, des emplois.

Et cela semble pouvoir être une solution. Banda admet que s’il avait un emploi permanent, il n’offrirait pas ses services pour intimider des électeurs.

“Si nous avions d’autres sources alternatives de gagne-pain, nous ne ferions pas cela. Mais il n’y a pas du tout d’emploi, ce que nous faisons à la gare est juste un travail à la pièce, et l’argent est à peine suffisant. Mais, lorsque ces politiciens viennent, ils nous offrent beaucoup d’argent, et nous achètent également de la bière”, déclare-t-il.

Il ajoute qu’il attend avec impatience les élections de l’année prochaine parce que ce sera une opportunité pour lui de se faire de l’argent.