KINSHASA, 26 juil (IPS) – La pièce de théâtre «Les monologues du vagin», qui a fait le tour du monde, est jouée actuellement en République démocratique du Congo (RDC) où les violences sexuelles sont nombreuses.
Il est malséant dans la tradition africaine de prononcer certains mots, surtout lorsque ces mots font référence aux parties intimes du corps de la femme. Dans pareil cas, on a recours aux métaphores comme le zizi ou la bibiche…
La sexualité demeure un sujet tabou pour les Africains en général et les Congolais en particulier. Il est difficile de voir un père de famille parler de la sexualité à sa fille ou qu’une mère aborder le sujet avec son fils. Ils sont embarrassés de le faire.
De ce fait, par manque d’informations justes et adéquates, on assiste aujourd’hui dans Kinshasa, la capitale de la RDC, à une multiplication des grossesses précoces, à des interruptions volontaires de grossesses aux séquelles désastreuses pour les jeunes filles qui y ont eu recours, à l’abandon de bébés et d’enfants dans les rues, à des violences sexuelles… Autrefois, ces violences étaient l’apanage d’hommes en uniformes lors des différents conflits que le pays a connus, notamment dans sa partie orientale. Aujourd’hui, la donne a changé. Les violences sexuelles ont lieu au sein des familles. Mais hélas, dans ce type de violences, les victimes préfèrent ne pas dénoncer leurs agresseurs et vivent leur traumatisme en silence.
Face à cette situation et aux statistiques qui augmentent, il n’y a qu’une chose à faire: «Parler de sexe et des violences sexuelles. Celles-ci tournent autour du vagin. Il ne faut pas avoir peur d’appeler un chat un chat. Nous devons agir pour mettre fin à ces violences», affirme Esther Ntoto, la coordonnatrice nationale de V-day, une organisation non gouvernementale (ONG) luttant contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux filles. «De nombreuses femmes et filles abusées ont du mal à surmonter ce qu’elles ont vécu», ajoute-t-elle. V-day mène à travers le pays une campagne de dénonciation et de sensibilisation sur les violences sexuelles. Elle s’intitule «Stop au viol de nos ressources les plus précieuses en donnant le pouvoir aux femmes et aux filles». Au centre de cette campagne, il y a la pièce de théâtre «Les monologues du vagin». La pièce a été jouée dans l’amphithéâtre de l’Université de Kinshasa devant un parterre d’étudiants. Jouée par deux actrices connues, Nana Boboto et Justine Makala, la pièce retrace les souffrances qu’endurent les femmes et les jeunes filles non seulement en temps de guerre, mais aussi en temps de paix. De plus, elle démontre comment les hommes font croire aux femmes qu’ils les aiment alors qu’en réalité, ce qu’ils aiment, c’est seulement leur vagin. «Mon mari m’a rasée de force car il n’aime pas les poils. Il m’a blessée en le faisant. Il y avait du sang qui coulait, mais lui était heureux. Quand il s’est accroché à moi, ses poils me piquaient. J’avais très mal. Pour aimer le vagin, il ne faut pas aimer les poils». Cet extrait de la pièce est un des multiples exemples de violences conjugales que subissent bien des femmes, qui sont toutefois incapables de dénoncer leur mari de peur d'être mal vues par la société.
«Mon vagin était une prairie et chantait. Mais depuis que les militaires y ont glissé leur fusil et des tessons de bouteilles, il ne chante plus. Mon vagin a été envahi, humilié et massacré. Je ne veux plus le voir, le toucher. J’habite ailleurs. Je suis démoralisée». Encore un autre extrait de la pièce portant sur les violences sexuelles subies par les femmes en temps de guerre.
D’une durée d’une heure, cette pièce est une interpellation aux hommes à considérer la femme comme leur égale, leur partenaire et non comme un objet qu’ils peuvent utiliser comme bon leur semble. Gérard Lukusa, étudiant en première année à la Faculté de droit de l’Université de Kinshasa, qui a suivi avec attention cette pièce de théâtre, est en colère: «Nous, les hommes, nous faisons souffrir la femme même quand nous prétendons l’aimer. Cette pièce m’a ébranlé et dorénavant, je considérerai toute femme comme je considère ma mère et ma sœur. J’aurai l’obligation de la protéger. C’est de cette façon qu’on mettra fin aux violences sexuelles». Il demandera aussi à la femme ne pas considérer la sexualité comme un interdit. Selon lui, la femme doit comprendre que la sexualité est un sujet que le couple doit aborder ensemble. Ne pas en parler peut entraîner de graves conséquences alors que la sexualité doit être un sujet normal. «Nous ne devons pas focaliser sur le terme vagin, qui dans notre culture, est une expression qui gêne et dérange. C’est plutôt le message que nous devons retenir», ajoute-t-il.
«Personnellement, je n’ai pas été gênée. On est dans un milieu estudiantin et donc entre adultes. Cette pièce m’a appris bien des choses, notamment que les hommes ne doivent pas considérer la femme comme un objet de plaisir, mais comme une partenaire avec qui compter», explique, pour sa part, Gisèle Leta, étudiante en troisième de droit. Ecrite et mise en scène en 1996 par Eve Ensler, une Américaine victime d’inceste par son père alors qu’elle n’avait que six ans, la pièce «Les monologues du vagin» a fait le tour du monde car elle a été jouée dans 150 pays et la RDC en est le 151ème.
*(Blandine Lusimana est journaliste en RD Congo et a écrit cet article pour 'Gender Links', une ONG d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre Gender Links et IPS).

