YAOUNDE, 23 juil (IPS) – Au total 293 cas de choléra dont 30 décès ont déjà été enregistrés cette année, avant même le début de la saison des pluies, dans la région de l’Extrême Nord du Cameroun, selon des chiffres annoncés à la fin juin par la délégation régionale du ministère de la Santé publique.
La situation pourrait s’aggraver pendant la saison pluvieuse, a expliqué à IPS, Jean Kolwé, infirmier à Maroua, la capitale régionale de l’Extrême Nord. «Le choléra se propage plus en début de saison des pluies parce qu’il est difficile de trouver de l’eau potable à cette période. En plus, l’inobservance des règles élémentaires d’hygiène par les populations y est pour beaucoup».
Selon le ministère camerounais de la Santé publique, entre septembre et octobre 2009, au total 395 cas de choléra avaient été enregistrés dans 11 districts de santé de l’Extrême Nord, l’une des dix régions administratives du Cameroun. Il est en effet difficile pour les populations de cette région de ce pays d’Afrique centrale de se procurer de l’eau potable. Selon l’Institut national de la statistique, seulement 29 pour cent de la population de cette région a accès à l’eau potable.
«Tout le monde n’a pas les moyens d’avoir l’eau de la CDE (la Camerounaise des eaux) à la maison. Donc, les gens puisent de l’eau dans les puits. Quand la saison des pluies arrive, il leur devient difficile d’accéder à ces puits qui se trouvent parfois très loin de leurs maisons. Donc, ils recueillent simplement l’eau de la pluie», a expliqué à IPS, Yacoubou Issa, un habitant de Maroua.
L’accès à l’eau est tellement difficile que sa quête est parfois à l’origine de certains drames. Au cours de ce mois, la télévision privée Canal 2 International a diffusé les images d’une fillette, de sa mère et d’un marabout qui ont trouvé la mort dans un puits de l’Extrême Nord du pays. La fillette tentait de tirer de l’eau, elle est tombée dans le puits. En essayant de la sauver, la mère et le marabout y ont laissé aussi leur vie. Les autorités ont ordonné la fermeture de ce puits.
La proximité entre le Cameroun et le Nigeria favorise aussi la transmission du choléra. «Le Nigeria est un foyer de contamination. Beaucoup de rivières dans lesquelles les enfants se baignent, lavent le linge ou font la vaisselle, trouvent leur source au Nigeria», a indiqué Kolwé.
«L’épidémie sévit beaucoup dans les villes frontalières nigérianes. Et comme les frontières sont poreuses et il y a des échanges denses de part et d’autre de la frontière, les familles camerounaises en séjour dans ce pays, soit dans les marchés ou dans des familles, ramènent toujours l’épidémie à l’intérieur du Cameroun», confirme Dr Rebecca Djao, déléguée régionale de la santé publique de l’Extrême Nord.
Le ministre camerounais de la Santé publique, André Mama Fouda, s’est rendu dans la zone du 28 au 30 juin. Il a annoncé, comme mesures d’urgence, la mise à disposition des médicaments et des produits de traitement d’eau pour la région.
«Nous avons dépêché des équipes dans les localités concernées, lesquelles ont traité et désinfecté les points d’eau et les puits. Les salles d’hospitalisation ont été également désinfectées. Nos partenaires, en l’occurrence l’Organisation mondiale de la santé, la Croix-Rouge et l’UNICEF (Fonds des Nations Unies pour l’enfance) nous ont fortement appuyés», a souligné Dr Djao.
Selon des journalistes contactés sur place par IPS, les radios communautaires, les églises et les mosquées sont mises à contribution pour sensibiliser les populations sur les règles d’hygiène à observer pour éviter la maladie. Ces groupes relaient les messages dans lesquels les autorités demandent aux populations de bouillir l’eau avant son utilisation ou sa consommation, de faire cuire suffisamment les aliments avant de les consommer, et de laver les mains avant et après chaque repas. Dans son Document de stratégie pour la croissance (DSCE) élaboré en 2009, et qui guidera les politiques publiques jusqu’en 2035, le gouvernement camerounais reconnaît que «l’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement de base en milieu rural est limité». Le gouvernement entend donc, selon le DSCE, améliorer cette situation, en «portant à 75 pour cent en 2020 le taux d’accès à l’eau potable». Pour cela, il compte «réhabiliter les infrastructures existantes réalisées, dans leur très grande majorité, depuis plus de 20 ans; réaliser des extensions des réseaux existants qui n’ont pas suivi le rythme d’expansion urbain et démographique; favoriser la réalisation des programmes des branchements à grande échelle».

