NATIONS UNIES, 21 juil (IPS) – Le gouvernement du Nigeria tente de répondre à une épidémie d'intoxication au plomb qui a tué plus de 200 personnes dans l'Etat de Zamfara, dans le nord du pays, depuis début juillet.
Selon l’organisation non gouvernementale (ONG) 'News Africa', le personnel médical, qui supervise le traitement des victimes, a confirmé que la plupart des personnes qui sont mortes étaient des enfants âgés de cinq ans ou moins. Dr Alhassan Hamisu Dama, a déclaré au quotidien 'Good Health Weekly': “Je ne peux pas l’affirmer avec précision, mais plus de 200 enfants sont morts et c'est pourquoi nous nous concentrons sur le traitement des victimes de cette tranche d'âge”. Il a également appelé à une assistance financière et technique. “L’Organisation mondiale de la santé (OMS) travaille avec ses partenaires des Nations Unies pour mobiliser des fonds afin de faire face à cette urgence environnementale sans précédent”, a affirmé Dama. Toutefois, l'OMS n'a pas répondu à la question de IPS sur la date à laquelle ces fonds allaient être mobilisés ni sur leur provenance exacte. Dama a indiqué à IPS que le traitement pour les enfants exige des fonds. Il a dit que “pour mettre un seul enfant sous la dose complète de traitement médical, il faut environ 480.000 nairas [3.190 dollars]”. U. Joy Ogwu, le représentant permanent du Nigeria aux Nations Unis, a refusé de faire des commentaires à IPS sur l'épidémie et ses effets sur les citoyens et l'environnement du pays. Toutefois, un médecin sur place a confié à l’ONG 'News Africa' que “toutes les victimes avaient plus de 65.000 microgrammes de plomb par décilitre dans le sang… La conséquence de cela est que beaucoup d'entre elles auraient subi des lésions cérébrales permanentes et ces dommages sont susceptibles d'affecter leur intelligence. Elles peuvent présenter d'autres symptômes de lésions sur le système nerveux central”. En outre, le Centre international des opérations de détection des maladies (GDD) du Centre américain pour le contrôle des maladies (US CDC) appuie l'analyse d'environ 50 différents types d'échantillons environnementaux, notamment l'eau, la poussière et le sable. Depuis le début de juin, Médecins sans frontières (MSF) a reçu l'autorisation de l’Association nigériane pour le contrôle des aliments et des médicaments (FDA) d’aller de l'avant avec les traitements par la thérapie de chélation pour la toxicité aiguë du plomb. Toutefois, le nombre de décès d'enfants continue d'augmenter, selon l’US CDC. Jay Dempsey de l’US CDC a déclaré à IPS: “Les mesures de contrôle ont inclus l'introduction de la thérapie de chélation lorsque cela convient, l'identification et l'assainissement des zones contaminées, l'élaboration de messages de santé publique, et le contrôle des activités minières”. “Le 13 juillet, MSF a fourni la thérapie de chélation par voie orale à 166 enfants dans un hôpital local. La plupart des enfants ont bien réagi, avec des convulsions qui disparaissent une journée après le début du traitement”. La branche néerlandaise de MSF a aussi soigné des villageois contaminés avec des médicaments qu'elle a apportés, selon le 'New York Times'. MSF a signalé au ministère de la Santé de l'Etat de Zamfara qu'il y avait une incidence croissante des maladies de l'enfance et de la mortalité infantile dans les deux Zones de gouvernement local (LGA) de Bukkuyum et d’Anka en mars-avril. Une équipe d'enquête déployée par l’US CDC, comprenant des membres de 'TerraGraphics Environmental Engineering Inc.', envoyée par l’Institut Blacksmith, les autorités nationales et de l'Etat, MSF, et le bureau national de l'OMS, a examiné la situation et a confirmé qu'il y avait une “intoxication grave chez les enfants dans les villages de Dareta et Yargalma”. L'activité de mineurs illégaux et la mauvaise extraction de l'or contaminé par le plomb, ont entraîné ces nombreux décès. Toutefois, l’épidémie de l’intoxication par le plomb s'est avérée être beaucoup plus sévère. A ce jour, l’US CDC signale qu'il y eu des cas de décès dus à l’intoxication par le plomb dans au moins six villages de Zamfara depuis le début en mars-avril. Au cours de ces derniers mois, des mesures médicales et environnementales pour éradiquer l'intoxication se mettent en place au Nigeria. Le ministère nigérian de l'Environnement s'efforce d’élaborer des interventions en santé publique et envisage d’embaucher 70 agents par village pour l’assainissement, qui pourrait comprendre l’installation de sols cimentés afin de sceller toute contamination restante. Les enquêtes confirment que la contamination environnementale et le moment du déclenchement de l'épidémie sont liés à l'augmentation récente des activités minières illégales et l’implication accrue des femmes et des enfants dans le travail de l'or contaminé par le plomb, dans leurs maisons. Il n'existe toujours pas un plan pour évacuer les habitants de la région, selon 'BBC News'. Selon l’ONG 'News Africa', “le coût élevé du traitement associé à la pénurie de personnel médical, la réticence des parents dans les communautés touchées à amener leurs enfants pour le traitement et l'inaccessibilité de certains villages affectés continuent d'être les principaux facteurs qui militent contre la campagne d’intervention menée par le gouvernement de l'Etat de Zamfara”.

