BRAZZAVILLE, 28 juin (IPS) – “Je suis venu comme un simple curieux, et j'ai fini par faire mon test du SIDA. J'ai des résultats”, déclare Gérard à IPS, 30 ans, avant d'ajouter, en s'éloignant: “Le test est négatif”.
“Mon frère et moi savions que le véhicule allait venir ici, et nous sommes venus comme volontaires”, confie Judith, l'une des rares filles dans les rangs de ceux qui allaient passer le test au début de juin à Kinsoundi, un quartier du sud de Brazzaville, la capitale congolaise.
“Nous sommes déjà à plus de 50 cas, mais la foule est toujours là”, fait constater à IPS, Dr Wilfrid Hervé Poaty, responsable de l'unité mobile de dépistage, un véhicule acquis en décembre 2009 par le Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS) au Congo.
A chaque sortie du véhicule, des foules suivent pour se faire dépister. “Nous enregistrons 100 à 115 cas par sortie. Et dans ce nombre, nous avons souvent deux à trois personnes séropositives. Nous sommes débordés et nous sommes parfois obligés d'arrêter”, indique Dr Poaty.
Pour le mois de mai, par exemple, 1.311 personnes ont été dépistées et 18 sont contrôlées séropositives. D'après le CNLS, depuis le lancement du dépistage mobile en décembre 2009 jusqu'en avril dernier, 5.275 personnes ont fait le dépistage, et 114 ont été dépistées séropositives, soit 2,4 pour cent.
Cette unité mobile de dépistage a poussé des populations de Brazzaville à connaître leur statut sérologique. Le véhicule est souvent pris d'assaut par de simples curieux ou des personnes engagées, dans des lieux publics comme les marchés et les grands carrefours de la ville. “Certaines églises et sociétés de la place nous font aussi venir”, affirme Poaty.
Au Congo, à peine 10 pour cent de personnes connaissent leur sérologie. Le CNLS veut hausser ce taux à 50 pour cent d'ici à 2013. “C'est pourquoi nous avons adopté cette stratégie mobile, et qui fonctionne très bien”, se réjouit Poaty.
Quelque 215.000 dollars ont été nécessaires pour acquérir ce véhicule équipé d'un fauteuil de prélèvement, d'une chaîne de froid, d'un laboratoire, d'un groupe électrogène. Et cet argent est le fruit d'un 'téléthon' organisé à Brazzaville en février 2009. De même, en envoyant un message sms libellé “SIDA” taxé à 200 francs CFA (0,4 dollar) à partir de leur téléphone portable, les populations ont aussi contribué à l'achat de ce véhicule.
A côté de cette unité mobile, il y a des centres fixes de dépistage, mais très peu fréquentés. Le pays compte deux centres de dépistage volontaire anonyme qui, de 2004 à 2009, ont pu enregistrer 40.085 personnes et dépister 4.323 séropositifs. “Ici, nous recevons moins de dix cas par jour. Les gens ne sont pas informés que le dépistage est gratuit, et d'autres ont peur de connaître leur statut”, explique Dr Daniel Yokolo, médecin-chef du Centre de Bissita, situé à Bacongo, un quartier sud de Brazzaville.
Au Centre de traitement ambulatoire (CTA), le taux de dépistage est encore plus faible. “Nous recevons deux à quatre personnes par jour. Mais, nous faisons plus de la prise en charge que du dépistage”, souligne Dr Merlin Diafouka, du CTA de Brazzaville.
Une fois dépistés positifs, les malades sont référés vers les centres de prise en charge. “Le traitement est disponible ici, et les gens viennent parce qu'ils savent que c'est gratuit”, affirme Dr Yokolo dont le centre suit une centaine de patients.
Cependant, malgré la gratuité du traitement du SIDA, les malades ne sont pas toujours satisfaits. Ils ont même manifesté le 18 juin au ministère de la Santé. “Les produits qu'on nous donne comme les Alivia ou les Calitra sont périmés, et il y a des ruptures de stocks assez souvent”, dénonce à IPS, Valérie Maba, une séropositive responsable du Conseil d'administration du Réseau national des positifs du Congo, basé dans la capitale.
“Les nouveaux malades n'ont pas de réactifs sur le bilan d'inclusion, encore moins sur le bilan de suivi pour les anciens patients. C'est une vraie catastrophe”, s'insurge, de son côté, Thierry Maba, séropositif, président de l'Association des jeunes positifs du Congo, basée à Brazzaville.
Mais, les autorités affirment plutôt que les médicaments sont bel et bien disponibles. “Couper le traitement aux séropositifs, c'est criminel. Les médicaments sont disponibles partout, ils n'y a que certains malades qui veulent s'agiter, on ne sait pas pourquoi”, s'étonne Alexis Elira Dokekias, directeur général de la santé au Congo. “Nous n'avons plus connu de rupture de médicaments depuis deux ans. Tous les centres de prise en charge ont leurs médicaments, et le gouvernement y veille. Lorsque ces quelques malades ont commencé l'agitation, nous leur avons montré nos stocks qui ont aussi des médicaments. Aucun médicament n'est périmé, comme ils le prétendent”, réplique-t-il. Toutefois, IPS a constaté que le véhicule de dépistage n'était pas sorti pendant des jours (entre la fin-mai et la mi-juin) à cause des réactifs qui manquaient pour réaliser des examens de laboratoire, selon le service de communication du CNLS.
Au CTA de Brazzaville, quelque 1.700 patients suivent régulièrement leur traitement. “Les médicaments sont disponibles. Nous prenons toujours une marge de trois mois dans nos stocks pour éviter les ruptures”, affirme à IPS, Dr Merlin. Le CTA est financé par la Croix-Rouge française. Selon des statistiques publiées en 2009 par le CNLS, 3,2 pour cent des Congolais vivent avec le SIDA, soit à peu près 120.000 malades.

