SOMALIE: Risquer sa vie pour le football

MOGADISCIO, 22 juin (IPS) – “Certaines personnes pensent que le football est une question de vie ou de mort. Je vous assure, c'est beaucoup plus grave que cela”, a déclaré une fois, Bill Shankly, ancien directeur sportif de Liverpool.

Trop proche d'une simple exposition de faits pour les fans du beau jeu en Somalie qui risquent leur vie en regardant la Coupe du monde se dérouler en Afrique du Sud.

Dans les dernières semaines avant le démarrage du tournoi le 11 juin, la demande pour les antennes paraboliques a été forte. Mais les groupes islamistes qui contrôlent une grande partie du pays ont qualifié la Coupe du monde d’anti-islamique, menaçant de terribles conséquences toute personne surprise en train de suivre la coupe.

“Nous mettons en garde tous les jeunes de la Somalie d’oser regarder ces matchs de la Coupe du monde. C'est un gaspillage d'argent et une perte de temps et ils ne bénéficieront de rien ou n’obtiendront aucune expérience en regardant des hommes fous faire des sauts”, a confié à BBC, Sheikh Mohamed Abdi Aros, un porte-parole de Hizbul-Islam.

Les fans qui ont assez de chance de vivre dans le territoire contrôlé par le Gouvernement fédéral de transition peuvent regarder les matchs dans une sécurité relative – le Cinéma Dhamuke est un lieu public populaire où les gens viennent regarder la télévision.

Mais deux personnes qui regardaient le jeu dans une maison privée dans une autre partie de Mogadiscio, la capitale, auraient été tuées par des militants le 12 juin. D'autres informations en provenance du nord-est de Mogadiscio indiquent que Hizbul-Islam a arrêté 10 personnes qui regardaient le match entre le Nigeria et l’Argentine.

Mais la Somalie est une nation folle du football. Malgré près de 20 années de guerre civile en Somalie, le football continue à être non seulement regardé, mais joué et apprécié dans ce pays d'Afrique orientale.

Les affrontements quotidiens entre les belligérants constituent la règle à Mogadiscio, mais il n'est pas rare de trouver des jeunes footballeurs en train de jouer dans des quartiers déserts tandis que les combats se poursuivent dans d'autres parties de la ville.

Des jeux organisés par la Fédération somalienne de football (SFF) entre les clubs de football locaux sont regardés par des supporters fanatiques, en dépit de l'insécurité qui prévaut dans la capitale.

“Rien ne nous empêchera de jouer au football qui est aimé par beaucoup de gens dans ce pays”, a expliqué à IPS, Shafii Mohyadeen, porte-parole de la SFF.

Les stades de la ville sont soit trop délabrés pour qu’on puisse y jouer, ou occupés par les forces des parties en conflit. Les tournois sont organisés sur des terrains de jeu temporaires dans des quartiers relativement sûrs à Mogadiscio.

“Je crois que ce jeu a un avenir en Somalie tout comme dans n’importe quel autre pays”, a déclaré Mohyadeen. “Chaque fois que nous organisons un jeu, des milliers de fans remplissent les terrains de sport pour regarder”.

L’équipe nationale de football de la Somalie, les 'Ocean Stars' (Etoiles de l'océan), continue de représenter le pays dans les compétitions internationales.

L’équipe U-17 du pays est qualifiée pour la prochaine édition des championnats d’Afrique des jeunes après avoir battu l'équipe du Kenya à la mi-avril. La Somalie a fait un match nul (zéro partout) au cours d’une rencontre très disputée au stade Oserian en dehors de Nairobi, après avoir humilié leurs homologues du Kenya par 3 buts à 1 au match aller au début du mois.

“Cette victoire a été un coup de pouce pour notre moral national, et en tant que supporters, nous voyons ce que notre équipe peut faire si elle donne le meilleur d’elle-même”, a déclaré, enthousiaste, Mohamed Yare, un fan de Mogadiscio. “Nous espérons qu’avec le temps la Somalie pourrait être qualifiée pour des championnats continentaux ou régionaux ou même pour la Coupe du monde”.

Les Somaliens de la diaspora ont conservé cette passion pour le jeu. Des dizaines de clubs de football somaliens en Europe occidentale et en Amérique du nord jouent dans des tournois à la fois au sein de la communauté somalienne en exil et dans leurs pays d'accueil.

Des joueurs comme Cisse Aadan Abshir, le meilleur marqueur de buts de tous les temps des Etoiles de l'océan, qui joue pour Eidsvold Turn, du côté de la Norvège, Ayub Daud, prêté au club italien de troisième division, Lumezzane, mais inscrit à la Juventus, le géant italien, et Liban Abdi, du club hongrois de Ferencváros, sont parmi les exilés somaliens qui jouent dans des ligues professionnelles.

Beaucoup de joueurs de l'équipe nationale proviennent de l'étranger, d'autres des grands clubs de Mogadiscio comme Banaadir et Elman FC, le vainqueur de la ligue des champions.

Le football est l'un des instruments fragiles utilisés pour promouvoir la paix en Somalie. Un nombre d'anciens enfants soldats ont été amenés à échanger leurs fusils contre le football.

“Bien que notre situation soit difficile, nous croyons que le football peut jouer un rôle majeur en permettant que la paix et la stabilité règnent dans notre pays”, insiste Mohyadeen de la SFF, “et c'est ce que notre fédération s’efforce depuis longtemps de réaliser. Le football est ici pour demeurer, non seulement un jeu, mais un catalyseur pour la paix et l'harmonie au sein de la société”.