NIAMEY, 22 juin (IPS) – Confrontées à la pauvreté urbaine, des femmes s’activent à Niamey dans le transport et la vente du sable : une activité qui ne demande pas un capital financier, mais exige courage et endurance. Pour tenir le coup, ces femmes vivent et travaillent regroupées en communauté.
A Niamey, la capitale du Niger, on les appelle “takalakoyes” en langue Zarma, pour désigner l’équipement en forme de balancier horizontal en bois muni de deux calebasses contenant du sable aux extrémités, qu’elles portent sur leurs épaules du petit matin au coucher du soleil. Les “takalakoyes” sont des femmes âgées de 40 à 50 ans qui transportent sur leurs épaules du sable destiné à la vente. Les unes approvisionnent les commerçants des marchés traditionnels qui veulent embellir leurs hangars, d’autres les maçons pour de petits travaux de construction. Mais, leurs plus grands clients résident dans les quartiers populeux, dont principalement les ménagères qui utilisent ce sable tamisé pour orner la cour de leur maison. Les femmes vendeuses de sable vivent en communauté à la périphérie de Niamey. Elles sont toutes venues des villages environnants de la capitale. “Ce n’est pas un travail de femme, mais nous n’avons pas le choix”, a déclaré à IPS, Hadi Moussa, une sexagénaire venue de Karma, une localité située à une cinquantaine de kilomètres de Niamey. “Lorsque les bouches à nourrir sont nombreuses et que le revenu du mari couvre à peine les besoins alimentaires de la famille, il faut s’y mettre”, a ajouté Fati Gna, une vendeuse de sable de 43 ans, adossée à un mur, visiblement épuisée par le travail. Chaque jour, cette femme fait trois à cinq voyages en brousse pour chercher du sable. “Nous faisons ce travail pour manger sans avoir à mendier. La nuit, je rentre à la maison très fatiguée, et je trouve difficilement le sommeil”, a-t-elle souligné à IPS.
Les “takalakoyes” trouvent gratuitement le sable dans des champs de cultures, au bord du fleuve ou dans les anciennes carrières de concassage de gravier. Quel que soit le site, les femmes parcourent une longue distance pour trouver ce sable. Sur la dizaine de leurs lieux de travail, elles sont assises à même le sol, jambes tendues, en train de tamiser sans relâche du sable. Transporté à pieds en ville et en une fois, le sable d’une quantité d’environ 20 kilogrammes est vendu à 250 francs CFA (0,5 dollar). “Chaque semaine, j’en achète pour 400 FCFA (0,8 dollar)”, raconte à IPS, Hadiza Moussa, une cliente résidant au quartier Zongo de Niamey.
“Regardez : toutes les allées du marché sont couvertes de sable blanc. Ce sont ces femmes qui ont tout transporté”, explique à IPS, Sani Maiguizo, commerçant au marché Rive droite de Niamey. “Le prix est désespérément bas… Pourtant, certaines personnes sans scrupules cherchent encore à le réduire. Il faut soutenir ces femmes qui ont choisi de travailler dignement pour éviter la mendicité”, a déclaré à IPS, Hadjia Haoua, secrétaire à l’information d’une organisation non gouvernementale basée à Niamey et qui lutte contre les violences faites aux femmes. Selon Fati Ali, une syndicaliste, les mentalités ont aujourd’hui évolué, il n’y a pas de travail spécifique aux hommes et aux femmes. Les femmes sont capables de faire des travaux aussi difficiles que ceux effectués par les hommes, a-t-elle dit à IPS. Cette activité de vente de sable se fait sans contrainte majeure pour les femmes. La mairie ne leur impose aucune taxe. “Les mairies ne taxent que les carrières des entrepreneurs et les camionneurs vendeurs de sable. L’activité de ces femmes est très dérisoire”, explique à IPS, Adamou Zada, agent municipal de la commune 5 de Niamey qui regorge plus de femmes vendeuses de sable.
Pour Mery Abdou, une femme d’une cinquantaine d’années, qui a exercé longtemps ce métier, la seule difficulté se trouve au niveau des propriétaires des champs. “Ils nous chassent, ils disent que nous creusons dans leur patrimoine. Avec eux, c’est toujours des histoires”, a-t-elle souligné à IPS. Abdou a indiqué à IPS qu’avec ses petites économies mises de côté, elle a pu s’acheter une vache et quatre brebis qu’elle essaie d’élever. Comme elle, Ramatou Ali, qui ramasse également du sable depuis trois ans, a acheté aussi un agneau. Cette année, elle compte offrir un matelas à sa fille restée au village auprès de son mari. Ces quelque 200 femmes vendeuses de sable à Niamey gagnent en moyenne 750 à 1.000 FCFA (environ 1,5 et deux dollars) par jour. Une somme non négligeable dans un pays où les gens vivent avec moins d’un dollar par jour, selon le Programme des Nations Unies pour le développement.

