DEVELOPPEMENT-MALI: La sécheresse pousse des nomades à l’exode

BAMAKO, 15 juin (IPS) – Les communautés nomades des régions désertiques du nord du Mali sont confrontées à une des plus graves sécheresses des deux dernières décennies. En attendant la saison des pluies dans la zone entre juin et juillet, plusieurs familles nomades se sont déjà déplacées vers des pays voisins.

«Depuis la fin de l'hivernage dernier, beaucoup de pasteurs ont compris qu'il s'agissait là d'une année de sécheresse. L'herbe n'a poussé nulle part sur l'étendue du territoire de la commune. Alors, les éleveurs ont décidé d'aller à la recherche des pâturages vers d'autres contrées plus lointaines», a déclaré à IPS, Mohamed Assaleh, maire de la commune rurale de Talataye, dans le nord. «C'est ainsi que plus d'un quart de la population se trouve actuellement à Tessit et à Ouattagouna (nord du Mali, au bord du fleuve Niger), ainsi qu’au Niger, et même au Burkina Faso, à la recherche des pâturages», a-t-il indiqué.

Talataye est une localité du nord faisant partie de la liste des «43 communes à risque alimentaire» rendue publique par le gouvernement malien en mars dernier. Sa population, aujourd'hui estimée à 30.000 habitants, vit principalement de l'élevage de petits et grands ruminants. Cette activité, d’ordinaire menacée par des sécheresses successives, est actuellement confrontée au manque d’eau et de pâturage si bien que les populations locales n’hésitent pas à comparer la situation aux pires sécheresses des années 1973 et 1984. Certaines localités de la partie ouest du pays sont également touchées par la pénurie d’eau et de nourriture. Mais l’économie des régions désertiques du nord est particulièrement atteinte. «A l'heure actuelle, la différence entre les troupeaux déplacés et ceux restés à Talataye n'est pas tellement nette. Partout où ils vont, les animaux périssent en grand nombre, surtout les moutons, les vaches et les ânes. Les dromadaires et les chèvres subsistent encore dans des endroits où il y a quelques arbres», a expliqué Assaleh. Cette situation jugée catastrophique se traduit en une famine généralisée dans toutes les communes concernées. «A cause de la pénurie d’eau, certains chefs de famille ont perdu la quasi-totalité de leurs bêtes, et même ceux qui ont la chance d’en garder un peu, n'arrivent à se procurer un sac de riz au marché qu'après avoir vendu beaucoup de bêtes à la fois. Les animaux se vendent à vil prix sur les marchés», a affirmé à IPS, Mahmoud Ag Idriss, un éleveur de la localité de Menaka, dans le nord du pays. Il estime qu’il faut cinq à six chèvres pour avoir le prix d’un sac de 50 kilogrammes de riz, soit quelque 15.000 francs CFA (environ 30 dollars). Baba Ould Ahmed, un autre éleveur de Menaka, a expliqué à IPS : «D’habitude, je ne quitte les environs de Menaka que pendant la saison des pluies. Mais cette année, mes animaux ne pourront pas tenir. Il n’y a plus suffisamment d’eau pour les abreuver, c’est pour cela qu’ils sont devenus tous maigres. La cause, c’est que beaucoup de puits ont tari et il n’y a ni herbes ni végétaux pour nourrir les animaux». Les répercussions de cette crise vont au-delà de l’économie et affectent les services sociaux de base. «Même l’école est un peu touchée par la crise. Certains de mes collègues m’ont dit qu’ils ont du mal à retenir en classe des élèves qui sont obligés de suivre leurs parents vers le Niger à la recherche d’eau ou de pâturages», a indiqué à IPS, Babacary Adama Diarra, enseignant à l’école primaire d’Anderaboucane, une ville du nord. L’aide s’organise peu à peu sur le terrain, mais elle ne donne pas satisfaction aux populations qui attendent bien plus. «La Croix-Rouge malienne, avec l’aide du gouvernement américain, vient de commencer des distributions gratuites de vivres aux populations. Il y a aussi des aliments de bétail pour les animaux», a déclaré à IPS, Diakaridia Dembélé, responsable de communication à la Croix-Rouge. La Commission européenne a récemment décidé de fournir une aide de 24 millions d'euros aux pays de la région sahélienne. Toutefois, l’organisation non gouvernementale 'Oxfam International' a attiré l’attention des pays riches sur la nécessité d’accroître l’aide d’urgence en faveur des populations sahéliennes. «Oxfam prévient que les gouvernements de l'Union européenne et d'autres bailleurs de fonds doivent augmenter leur aide pour éviter une catastrophe dans cette région frappée de plein fouet par la sécheresse», souligne son communiqué daté du 4 juin. L'Etat malien a mis à la disposition de la commune de Talataye, pour distribution gratuite, 389 tonnes de gros mil (sorgho). «C'est là un geste salutaire, mais… cette denrée ne se consomme pas chez nous. Elle aurait dû être remplacée par le riz ou à défaut par le petit mil. Le pire est qu'elle tue même les animaux quand ils la consomment. Donc, ces dons ne serviront certainement ni à nourrir les hommes, ni à remplacer l'aliment de bétail pour les bêtes», a déploré Assaleh. Le maire de Talataye a déclaré à IPS au téléphone, le lundi 14 juin, que le gouvernement n’avait pas consulté la population avant de lui envoyer ce gros mil.

Selon des observateurs, l’exode des populations locales fait monter le risque d’insécurité, ce qui inquiète les responsables politiques. «Si la situation alarmante ne s’améliore pas en juin-juillet, période traditionnelle de la saison des pluies, ce serait la catastrophe. C’est un cycle infernal qui se mettra en route : tensions et conflits, surpopulation dans les villes comme Kidal (nord du Mali), et apparition de hameaux et camps sinistrés», a affirmé Abdou Salam Ag Assalat, président de l’Assemblée régionale de Kidal.