BONN, 11 juin (IPS) – Six mois après l'échec d'un accord contraignant sur le changement climatique, les négociateurs se réunissent à Bonn pour tenter de remettre le processus sur les rails.
Mais de profonds désaccords sur la mesure des émissions de gaz par les pays en développement et la recherche de financement pour l’adaptation au changement climatique demeurent non résolus.
“Copenhague était une conférence assez horrible”, a reconnu Yvo de Boer, le secrétaire exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur le changement climatique (CCNUCC).
“Cette année, il s'agit de rétablir la confiance et c'est pourquoi il est important que le financement de démarrage immédiat de 30 milliards commence par circuler. Cela inciterait à croire au processus.
De Boer a déclaré que des critères et un cadre bien définis sur la manière dont le fonds de démarrage rapide sera déboursé font encore défaut. Une plus grande transparence est aussi nécessaire sur la manière de mobiliser les 100 milliards par an dont l’Accord de Copenhague prévoit la disponibilité avant 2020.
Financer une réponse mondiale Un document publié le 7 juin par le ‘Project Catalyst de ClimateWorks Fundation’ (Catalyseur de projet de la Fondation ClimateWorks) et de European Climate Fundation (Fondation européenne sur le Climat – ECF) recommande que la demande de fonds pour soutenir l'atténuation, l'adaptation et la réduction de la dégradation des forêts dans les pays en développement soit de 21 à 54 milliards de dollars au cours des trois prochaines années.
Un montant supplémentaire de 100 à 190 milliards de dollars comme investissement du secteur privé devra être trouvé chaque année.
C’est de l’argent orienté vers des fonds comme le fonds pour l’Amazonie brésilienne qui vise à y réduire la déforestation de 80 pour cent. C’est un fonds orienté vers les pays en développement qui vise les sources d’énergies renouvelables, des industries plus efficaces, des constructions, des véhicules et des voitures de pompiers.
Et cela respecte l'engagement des pays développés consistant à payer les coûts de l'adaptation au changement climatique pour des personnes qui sont jusqu’à ce jour les moins responsables de l’émission des gaz à effet de serre, mais qui sont les plus vulnérables aux effets du réchauffement de la planète. ‘Project Catalyst’ souligne que le respect des engagements par rapport à l’adaptation au changement climatique est nécessaire pour maintenir la confiance et le progrès probable eu égard aux dispositions contraignantes du traité.
Jusqu'à présent, 28 milliards de dollars de financement provenant des finances publiques ont été promis pour un plan de démarrage rapide prévu par l’Accord de Copenhague, selon les chercheurs; une partie est sous forme de prêts, mais 25 milliards de dollars seront effectivement sous forme de subventions pour la lutte contre le changement climatique entre 2010 et 2012. Les principaux contribuables sont le Japon (11 milliards de dollars), l'Union européenne (9,6 milliards de dollars), les États-Unis (5,1 milliards de dollars), la Norvège (1,8 milliards de dollars), et l'Australie (500 millions de dollars).
On ne sait pas encore clairement quelle tranche de ce montant promis constitue un financement “nouveau ou supplémentaire” tel que l’Accord de Copenhague le stipule.
“C'est absolument moins de 25 milliards de dollars, mais nous ne savons pas combien”, a déclaré le chercheur de ECF, Ramzi Elias, à IPS. “Les pays utilisent différentes définitions du terme “supplémentaire” et ne sont généralement ni clairs sur leur financement pour le changement climatique ni sur leur assistance au développement”.
Selon Elias, il est prouvé que de nombreux projets financés en 2009 ont été comptabilisés comme des dépenses faites sur financement rapide.
Les pays en développement veulent un nouveau financement indépendant distribuant des fonds en fonction des besoins. Les nations développées préfèrent de le faire passer à travers les institutions existantes telles que la Banque mondiale ou le Programme de développement des Nations Unies.
Aussi, reste-t-il encore à déterminer la manière dont les fonds pour le changement climatique seront acheminés aux bénéficiaires.
Faire avancer les négociations Refusant d’admettre qu’il n’y a pas d’urgence, De Boer a déclaré que six mois seulement se sont écoulés depuis que la proposition a été présentée à Copenhague.
Il a également déclaré qu’il n’a pas vu d’objectifs appropriés d’atténuation pouvant être atteints dans la prochaine décennie, tout en mettant l’accent sur la nécessité d'une planification à long terme. “A Copenhague les dirigeants ont parlé d’une réduction de 80 pour cent des émissions d'ici à 2050”.
Les discussions de BONN préparent un document de négociation pour la seizième conférence des parties (COP16) qui se tiendra à Cancun, au Mexique, en décembre 2010.
De Boer, qui a été à la tête de la CCNUCC depuis 2006, ne sera pas là. A la fin de juin, le responsable du programme de changement climatique passe la main à la Costaricienne Christiana Figueres, qui a gravi les échelons au niveau de la CCNUCC, en jouant un rôle important dans le mécanisme pour un développement propre.
La passation de service est largement considérée comme une reconnaissance de l’importance des pays en développement dans le débat d’après Copenhague sur le changement climatique.
“Environ 25.000 personnes meurent par jour de faim ou chaque jour pour une cause y afférente, le changement climatique ne fera qu’aggraver cela”, a déclaré De Boer. “Il est encore important d’établir l’architecture internationale qui puisse aborder cela”.

