GENÈVE, 7 juin (IPS) – Le transfert de technologie et de l'aide pour le commerce pourraient aider les pays les moins avancés (PMA) qui subissent les effets du changement climatique.
Mais les négociations à l'Organisation mondiale du commerce (OMC) ne contribuent pas à concrétiser cela, tandis que l'aide pour le commerce se retrouve au niveau des institutions inappropriées, comme la Banque mondiale.
“Les pêcheurs dans le lac Victoria disposent de trois éléments: le matériel de pêche, les poissons du lac et l'accès aux marchés.
“Ils sont affectés à la fois par la politique commerciale et le changement climatique. Pour les aider à s'adapter au changement climatique, on peut leur donner d'autres possibilités de gagner leur vie et c'est là que le commerce pourrait être utile”, a déclaré Rashid Kaukab, directeur adjoint de Consumer Unity and Trust Society (CUTS).
“L’impact du commerce peut être positif, s’ils ont accès aux marchés internationaux et dépensent leurs revenus pour acheter un bateau plus grand, ou négatif, si l'Union européenne (UE) impose une nouvelle norme qui leur fait perdre leur accès aux marchés”, a soutenu Kaukab. Basée en Inde, CUTS est une organisation non gouvernementale(ONG) travaillant sur le commerce international et sur d’autres questions.
Le problème est que le changement climatique et le commerce sont rarement analysés l’un par rapport à l’autre. Par exemple, l'Ouganda dispose d'un plan d'action national d’adaptation pour lutter contre le changement climatique et d'une stratégie nationale d'exportation qui, pourtant, fait à peine mention du changement climatique, a ajouté Kaukab.
Il s'exprimait à l’occasion d'une table ronde organisée par le Centre international pour le commerce et le développement durable (CICDD), le 28 mai à Genève. Le CICDD est une ONG basée à Genève qui utilise le dialogue sur les politiques commerciales pour promouvoir le développement durable.
Théoriquement, la libéralisation des échanges commerciaux multilatéraux devraient fournir l’accès à une meilleure technologie, qui est un important paramètre d’amélioration du changement climatique, a déclaré Debapriya Bhattacharya, conseiller spécial sur les PMA, à la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).
“Mais”, poursuit-il, “la technologie est soumise à la réglementation sur la propriété intellectuelle. En vertu de l’Accord sur les aspects des droits de propriété intellectuelle touchant au commerce (ADPIC) de l'OMC, le transfert de technologie ne pouvait être mis en marche, et il reste donc le jouet de négociations commerciales. Le Cycle de Doha pourrait fournir une solution s’il a véritablement abordé la question de développement, mais les négociations n'ont pas été plus loin.” Pour le fonctionnaire de la CNUCED, les taxes d'ajustement aux frontières essayent de “niveler le terrain” entre les pays pollueurs et non-pollueurs “mais il y a une grande inquiétude sur le fait qu'ils peuvent être protectionnistes. Nous pensons également à la normalisation et à l’étiquetage écologique, car ils peuvent créer les obstacles que nous essayons d'éviter”, a-t-il ajouté.
Les taxes d'ajustement aux frontières sont perçues par les pays qui appliquent la taxe carbone sur les produits manufacturés et importés venant des pays qui n’appliquent pas la taxe carbone.
Vinaye Ancharaz, maître de conférences en économie à l'Université de Maurice, estime que les fonds d’aide pour le commerce peuvent être utilisés pour compléter les fonds mis de côté pour le changement climatique. Le programme d’aide pour le commerce a été lancé en 2005 pour aider les pays en développement à renforcer les infrastructures économiques et les capacités de production, entre autres.
En 2007, l'Afrique a reçu 9,5 milliards de dollars dans le cadre de l’aide pour le commerce, ce qui représente une augmentation de 38 pour cent par rapport à 2000-2005. “C'est une bonne chose parce que les pays africains sont les moins intégrés à l’économie mondiale”, a soutenu Ancharaz.
“Toutefois, l'Éthiopie, qui est le principal bénéficiaire de l'aide pour le commerce sur le continent et le cinquième au monde, a obtenu un seul dollar en terme de l'aide par habitant. Il est donc nécessaire d'accroître sensiblement l'aide pour le commerce”.
Toute une gamme de fonds provenant de coopérations bilatérales et multilatérales est disponible pour lutter contre le changement climatique. Le Fonds pour les PMA, gérés par les Nations Unies (ONU) dans le cadre du Fonds pour l'environnement mondial, est d’un intérêt particulier pour l’Afrique.
“Cependant, il y a seulement 180 millions de dollars actuellement dans le fonds, ce qui est très peu par rapport aux besoins d'adaptation des pays africains, dont le coût estimatif est de 588 millions de dollars”, a fait remarquer Ancharaz.
L'Union européenne (UE) s'est engagée à fournir des fonds supplémentaires au cours des trois prochaines années. “Mais où va cet argent?”, interroge l’universitaire de l’Ile Maurice. “Je parie qu’une très petite partie parviendra au Fonds pour les PMA.
“La majeure partie ira à la Banque mondiale et sera disponible sous forme de prêts, ce qui est injuste parce que les pays africains sont très peu responsables du changement climatique, mais ils en sont les plus vulnérables. Il est moralement injuste que ces pays aient à emprunter de l’argent pour s'adapter aux problèmes dont ils ne sont pas responsables”, a insisté Ancharaz.
S’agissant de la façon dont l'aide pour le commerce pourrait compléter les fonds insuffisants alloués au changement climatique, il a donné l'exemple de nombreux pays africains qui ont besoin de passer à des cultures résistantes aux intempéries. Ces pays peuvent demander de l'argent dans le cadre de l'aide pour le commerce afin de développer de telles cultures et de se libérer aussi de l'agriculture. “Avec le changement climatique, on ne peut pas compter seulement sur l'agriculture”, a-t-il ajouté.
“La réhabilitation des sols et les changements dans la diversité des cultures peuvent être marqués comme un renforcement des capacités productives en termes d'aide pour le commerce.” Il en va de même pour le stress hydrique résultant du changement climatique. “Vous avez besoin de construire des barrages et des réseaux de distribution d'eau et de gérer les rares ressources en eau de manière plus efficace. Tout cela peut être inclus dans les infrastructures économiques en vertu de l'aide pour le commerce”, a déclaré Ancharaz.
Pour lui, il est nécessaire de promouvoir des complémentarités et les synergies existantes, particulièrement dès lors qu’il considère les projets d’adaptation au changement climatique beaucoup plus comme les projets des pays africains que des projets d’aide pour le commerce qui foisonnent de manière bilatérale sur la base des programmes de réduction de la pauvreté de la Banque mondiale.
Une solution, a-t-il soutenu, peut être la création d’un fonds centralisé d'aide pour le commerce, comme l’ont initialement préconisé le lauréat du prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz et la Banque mondiale.
Mais Frans Lammersen, administrateur principal à la Direction de la coopération au développement de l'Organisation de coopération et de développement économique, qui représente les États riches, s’est fermement opposé au fait que “nous ne devons pas créer un fonds mondial d'aide pour le commerce qui ne ferait que conduire à une bureaucratie plus coûteuse”.
Selon lui, “l’aide pour le commerce est en phase avec la Déclaration de Paris sur l'Efficacité de l'aide; elle a créé son propre mécanisme de reddition de comptes. Il s'agit de l'intégration du commerce dans le développement. Elle est réellement une propriété des Etats parce que les secteurs sont choisis par les gouvernements bénéficiaires”.

