NAIROBI, 4 juin (IPS) – Les femmes fournissent jusqu'à 90 pour cent des aliments nécessaires aux populations rurales pauvres et produisent jusqu'à 80 pour cent des vivres dans la plupart des pays en développement.
Pourtant elles sont presque totalement ignorées lorsque des décisions de politique sont prises sur l'agriculture et la biodiversité.
Il s'agit d’opérer un changement grâce à un accord des Nations Unies sur la biodiversité qui demandera aux pays de s'assurer que les femmes soient impliquées dans les décisions concernant la biodiversité – y compris l'agriculture.
“Cela change le jeu et constitue une étape importante pour d'autres conventions des Nations Unies telles que les changements climatiques (la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques)”, a déclaré Lorena Aguilar Revelo, conseillère principale pour le genre à l'Union internationale pour la préservation de la nature à Moravia, au Costa Rica.
Le Plan stratégique de la Convention des Nations Unies sur la biodiversité, (CDB) en discussion finale ici à Nairobi, qui fixe les objectifs et les buts d'un nouvel accord international sur la façon de freiner la perte de la biodiversité, indiquera explicitement que les femmes doivent participer et que le financement sera lié à leur implication, a confié Revelo à IPS.
Le Plan stratégique définira quelques objectifs spécifiques sur la biodiversité pour 2020 et sera soumis aux 195 pays membres pour approbation au cours d'une dernière réunion en octobre à Nagoya, au Japon.
“Les femmes sont les protectrices de la biodiversité agricole. Au Pérou, elles cultivent plus de 60 variétés de manioc, au Rwanda plus de 600 variétés de haricot”, a déclaré Revelo. “Laisser de côté 50 pour cent de la population lorsque nous sommes dans une crise de la biodiversité n'a pas été très intelligent”.
Les femmes dans les pays en développement ont une connaissance intime des systèmes sociaux et naturels, y compris la collecte de 80 pour cent des plantes sauvages comestibles. Elles économisent jusqu'à 90 pour cent des semences qui sont utilisées dans l’agriculture à petite échelle, selon l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture.
“Les femmes jouent un rôle important dans la nature; elles sont souvent des agricultrices et ont une compréhension étroite et intime de la biodiversité”, a déclaré à IPS, Ahmed Djoghlaf, secrétaire exécutif de la CBD.
Malgré ces réalités, les femmes ne sont pas considérées comme les principaux acteurs de la préservation, et ne sont pas invitées aux réunions sur la biodiversité, a souligné Revelo.
“Même dans les discussions sur l'accès et le partage des avantages des ressources naturelles, les rôles des femmes n'ont pas été reconnus, sauf à la CBD “, a-t-elle affirmé. Des études ont montré que si les femmes reçoivent de l'argent pour la préservation, 90 pour cent iront à la famille, tandis que les hommes utilisent en moyenne 15 pour cent, a-t-elle ajouté.
Les femmes sont plus susceptibles d'être touchées par les baisses de la biodiversité – un terme utilisé pour décrire la diversité des êtres vivants qui composent les systèmes de soutien à la vie de la terre qui fournissent de la nourriture, du carburant, de l'air pur et de l'eau potable. Dans plusieurs communautés les femmes sont aussi celles qui transmettent des connaissances sur les plantes, les animaux et les écosystèmes dans leur région.
Même si les femmes constituent les fermiers majoritaires en Afrique, dans beaucoup de milieux, si le mari de la femme meurt, le lopin de terre sur lequel elle a cultivé des aliments pour nourrir sa famille pour une grande partie de sa vie ira au frère de son mari – pas à elle, a dit Kemi Seesink, un Nigérian travaillant à Wetlands International, une organisation non gouvernementale basée aux Pays-Bas.
Le changement culturel est important s'il y a un espoir pour contenir la baisse de la biodiversité et améliorer les moyens d'existence, a indiqué Revelo. “Nous devons modifier les habitudes non durables. Cela demande parfois des changements dans les cultures, les coutumes et les façons de vivre”.
Si les pays membres de la CBD finalisent un nouvel accord international en octobre, Revelo espère que les pays donneront aux femmes un rôle majeur dans les prises de décisions sur tous les aspects de la biodiversité aux niveaux national et régional. “Les femmes veulent être des acteurs importants et sont prêtes à prendre leur place”, a-t-elle déclaré.
Toutefois, ce ne sera qu'une première étape, a dit Joji Carino de la Fondation Tebtebba, s’exprimant pour les groupes indigènes. “Il y a un problème beaucoup plus important consistant à s'assurer que le public et la société civile soient engagés au niveau du gouvernement national”, a souligné Carino.
Les décisions portant sur la biodiversité sont généralement prises par les cadres du gouvernement d'une manière hiérarchique, a-t-elle dit. Ces attitudes sont encore présentes dans la CBD où les plans de mise en œuvre pour atteindre les nouveaux objectifs de la biodiversité “n'ont pas des références pour associer la société civile jusqu'à ce que nous l’ayons introduite” et ces objectifs ont été également décidés par des experts, laissant la société civile proposer des modifications dans l'espoir qu'elles pourraient être incorporées.
Revelo reconnaît que les femmes ont encore un long chemin à faire mais elle a conclu que “c’est en étant seulement comme des égaux que nous pouvons tous aller de l'avant”.

