RD CONGO: Les femmes prônent la «douce diplomatie»

JOHANNESBURG, 28 mai (IPS) – Les femmes congolaises se battent pour obtenir un changement dans la conduite des opérations militaires menées conjointement par la Mission des Nations Unies au Congo (MONUC) et les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) dans le Kivu, dans l’est du pays.

Malgré le nouveau programme lancé en janvier 2010 et censé reprendre le contrôle des territoires miniers, tout en assurant la sécurité des civils, les femmes demeurent les premières victimes du conflit opposant les FARDC aux rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDRL) et autres groupes armés.

«Le nom de l’opération militaire a changé, mais la situation est restée la même : les femmes continuent d’être tuées, mutilées, violentées comme des animaux», s’indigne Immaculée Birhaheka, coordinatrice de l’organisation non gouvernementale (ONG) congolaise, Promotion et appui aux initiatives féminines (PAIF). «Dans la cellule que nous avons créée pour les femmes victimes de violences sexuelles, à l’hôpital de Panzi, dans le Sud-Kivu, nous continuons de voir arriver des femmes des différences provinces environnantes». Lancée conjointement par la MONUC et les FARDC en janvier 2010, l’opération militaire 'Amani Leo' ('Paix aujourd’hui', en swahili) a pour objectif principal de pallier aux déficiences du précédent programme, 'Kimia II', au cours duquel des groupes rebelles mais aussi certains militaires ont commis des exactions envers les civils et notamment les femmes. Par le biais de l’opération 'Amani Leo', la MONUC a mis en place une stratégie militaire, destinée à combattre les rebelles hutus rwandais du FDLR et reprendre le contrôle des territoires miniers dans l’est du pays, au Nord-Kivu et Sud-Kivu, tout en assurant la sécurité des populations. «Il y a une sensibilisation faite avant chaque attaque. De plus, une ceinture de protection est mise en place pour éviter les représailles des rebelles», a expliqué à IPS, l’Abbé Jean-Bosco Bahala, rapporteur général du comité national de suivi des accords de paix. «Il est vrai que dès que des groupes armés commencent à s’affronter, la MONUC intervient pour mettre en place un cessez-le-feu. Cependant, les champs de bataille se trouvant à proximité des villages, des civils continuent d’être tués», a confié à IPS, Katana Gege Bukuru, secrétaire générale de l’ONG Solidarité des femmes activistes pour la défense des droits humains.

Depuis début avril, plusieurs villages au Nord-Kivu ont fait l’objet d’attaques des FDLR. Bahala a indiqué à IPS que plusieurs femmes auraient été enlevées lors de ces attaques. Selon lui, des cas de violence envers les femmes existent encore dans des zones de conflit. Cependant, ajoute-t-il, ces violences n’existent plus en général là où l’armée a sécurisé les populations. Mais, «on ne résoudra pas le problème des violences faîtes aux femmes si on ne résout pas d’abord le problème de la stabilité en supprimant la présence de toutes ces milices armées». Selon un porte-parole du Haut commissariat aux réfugiés (HCR), les statistiques publiées par les Nations Unies indiquent que 1.244 femmes ont été violées entre janvier et mars 2010, à travers le pays, ces chiffres ne prenant pas en compte les cas non-répertoriés. Plus d’un tiers de ces viols ont été commis dans les provinces du Sud-Kivu et du Nord-Kivu. «Il est difficile d’identifier les auteurs des viols : comme on n’a pas ramassé toutes les armes, parfois ils portent des tenues et des armes pour se camoufler. Donc, on ne sait pas si ce sont des rebelles, des membres des Forces armées ou des civils…», a expliqué Bukuru à IPS.

La MONUC a mis en place un programme de formation des forces armées pour éviter que certains militaires ne commettent à nouveau des violences envers les femmes. Bahala rappelle que l’armée congolaise résulte du brassage de plusieurs groupes armés: une grande partie des militaires provient d’anciennes milices, lesquelles prônent une véritable culture de la violence.

Birhaheka affirme à IPS qu’il ne fait aucun doute que certains militaires continuent à commettre des exactions envers les femmes, en dépit de ce programme de formation : «Les militaires qui dirigent les opérations ne reçoivent pas l’éducation nécessaire pour se comporter avec les femmes. Ils continuent de violer, de piller, de séquestrer des civils». Pour Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l’Université de Liège, en Belgique, les exactions des militaires sont aussi la conséquence d’un manque de soutien logistique : «La plupart des militaires ne sont pas payés, ne mangent pas et sont obligés de se servir dans les champs, de piller la population et ils commettent des exactions».

L’ONG 'Women Initiatives for Gender Justice' demande à la MONUC que la formation qui concerne actuellement seulement une partie des bataillons, soit étendue à l’ensemble des forces armées.

Elle demande également au gouvernement congolais que la politique de tolérance zéro, prévue par l’opération 'Alami Leo', soit rigoureusement appliquée aux officiers de l’armée, coupables de violences envers les femmes. A cet égard, Kabamba souligne que certains militaires ayant commis des violences envers les femmes, restent impunis, comme le général Bosco Ntaganda, ancien commandant rebelle du Conseil national pour la défense du peuple (CNDP) qui, bien que faisant l’objet d’un mandat d’arrêt international pour les crimes qu’il aurait commis dans l’Ituri, continue à servir dans les rangs des FARDC au Sud-Kivu.

Selon Kabamba, quelques procès ont été intentés à l’encontre de certains officiers, mais les exactions sont telles que la RDC n’a pas les moyens de sévir contre des différentes violences : «2.000 à 3.000 militaires opèrent dans le Sud-Kivu. Plusieurs centaines d’entre eux ont commis des exactions. Réprimer ces exactions reviendrait à arrêter les différents groupes des FARDC qui sont au Sud-Kivu en train de conduire les différentes opérations militaires».

Aujourd’hui, grâce aux dispositifs juridiques mis en place par la MONUC et le gouvernement, les femmes ont la possibilité de poursuivre leurs agresseurs. Bahala affirme que grâce aux actions de soutien psychologique et de réinsertion, le viol est de moins en moins un sujet tabou. En conséquence, les femmes violées n’ont plus peur d’être rejetées de la communauté et acceptent plus facilement de dénoncer leurs agresseurs.

Toutefois, selon Bukuru, beaucoup de femmes n’osent pas le faire : «Certains violeurs sont arrêtés et emprisonnés, en attendant d’être jugés. Cependant, la majorité d’entre eux restent impunis. Les formalités juridiques prennent beaucoup de temps et souvent, la victime n’ose pas dénoncer son agresseur : elle vit dans le même village que lui et a peur de possibles représailles», explique Bukuru. «C’est pourquoi nous tentons de venir en aide à ces femmes. Mais nous manquons de moyens, notamment pour nous déplacer, aller à la rencontre de ces femmes, payer les soins médicaux dont elles ont besoin, les avocats… Nous souhaiterions que la MONUC nous aide financièrement. Mais avant tout, nous voudrions que la MONUC utilise la «douce diplomatie» et entame des négociations avec les rebelles», ajoute-t-elle.

Pour Kabamba, mettre fin à ces opérations, reviendrait à consolider l’impunité : «Les FDLR et autres groupes rebelles seraient vus comme ayant réussi à mettre en échec la politique de répression qui est en train d’être menée contre eux. Ces groupes commettent des exactions envers les populations civiles dans l’objectif d’être dénoncés», affirme-t-il. «Ils essaient de faire intervenir la presse, les organisations internationales, afin qu’elles fassent pression sur le gouvernement congolais et qu’il mette fin aux opérations en cours dans le Nord et le Sud Kivu».

Actuellement, le gouvernement souhaite que la MONUC redéfinisse son mandat : «la situation s’étant nettement améliorée dans le pays, il n’y a aucune raison de maintenir une intervention d’une telle ampleur de la part de la MONUC, qui à l’heure actuelle, est présente non seulement dans l’est dans le cadre de l’opération Amani Leo, mais aussi sur l’ensemble du territoire. Nous souhaitons que le gouvernement prenne ses responsabilités, et cela ne peut pas se faire sous assistance éternelle», déclare Bahala.