MALAWI: "L’agitation autour du Projet de loi anti-contrefaçon est inutile"

LILONGWE, 28 mai (IPS) – Le gouvernement du Malawi envisage d’adopter d’ici à octobre un nouveau projet de loi contre les produits contrefaits qui couvrira également les médicaments.

Cette mesure est en train d’être prise malgré les craintes qu'une telle loi peut causer plus de ruptures de stock dans un pays qui est déjà miné par les pénuries de médicaments dans les centres médicaux.

Actuellement, bon nombre de d’installations sanitaires dans le pays annoncent des pénuries de médicaments, y compris des produits de base tels que l'aspirine, les antibiotiques et les médicaments anti-rétroviraux.

Il y a eu de la controverse autour des mesures législatives similaires de lutte contre la contrefaçon en Afrique de l’est, avec des opposants estimant que les médicaments génériques risquent d'être traités comme des produits contrefaits. Les militants ont souligné qu'il existe une distinction à faire entre les médicaments contrefaits, qui sont de faux médicaments, et les médicaments génériques, qui sont des versions moins chères des médicaments de marque.

Le Malawi dépend des médicaments génériques qui sont importés de l'Inde en particulier, selon Aaron Sosola, secrétaire par intérim au Conseil de pharmacies et de poisons du Malawi. Il a déclaré à IPS que le projet de loi a été déjà approuvé par le Conseil des ministres du président Bingu wa Mutharika et que c'est juste une question de temps avant qu'il ne devienne une loi.

Le parlement du pays est contrôlé par le parti de Mutharika, le Parti démocratique populaire (DPP), qui détient la majorité des sièges.

Sosola a expliqué que le projet de loi prévoit une amende de 340.000 dollars et 10 ans d'emprisonnement en cas d'importation de produits contrefaits. La loi actuelle ne prévoit pas des sanctions pour l'importation des produits contrefaits.

“Nous voulons protéger la vie des gens en faisant en sorte qu'ils n'aient accès qu’aux vrais médicaments et non aux médicaments contrefaits. La nouvelle loi fera en sorte que des mesures strictes soient en place contre ceux qui amènent des médicaments contrefaits dans le pays”, a souligné Sosola.

La Zambie voisine est également en train de faire pression en vue de l’élaboration d'un projet de loi contre la contrefaçon. Commentant les objections contre les mesures envisagées au Malawi, en Zambie et dans des pays d'Afrique orientale, Sosola a déclaré qu’il n'était pas nécessaire pour les gens d’être très méfiants.

“Il s'agit d’assurer que les Malawiens et les peuples d'Afrique aient accès aux médicaments de qualité. On n'a pas besoin de toute cette agitation sur les nouvelles lois”, a-t-il affirmé.

Mais si le projet de loi envisagé crée la même confusion entre les médicaments génériques et les produits contrefaits que les versions d’Afrique de l'est, les Malawiens pourraient être sur le point de traverser des périodes difficiles puisque leur pays dépend des médicaments génériques, selon Martha Kwataine, directrice exécutive du Réseau de l’équité en santé du Malawi (MHEN).

Le MHEN est une alliance d'organisations et d'individus qui travaillent sur la promotion de l'équité et la qualité dans le système sanitaire du Malawi.

“Nous pensons que le projet de loi envisagé n'est pas bon pour un pays comme le Malawi. En fait, c’est très risqué pour nous”, a confié Kwataine à IPS.

Le MHEN a tenté d'obtenir une copie du projet de loi mais n'a pas réussi à l’avoir, selon Kwataine. L'organisation peut lancer une campagne contre le projet de loi mais ne peut le faire qu’après l'avoir examiné, a-t-elle avancé.

Sosola a déclaré à IPS que le projet de loi est actuellement gardé secret. “Ce n'est pas encore un document public”, a-t-il confié.

L’organisation de Kwataine continuera à faire pression sur le gouvernement pour avoir accès au projet de loi. “Le nouveau projet de loi affectera beaucoup de personnes dans tout le pays et nous devons l'examiner avant qu'il ne soit adopté en loi”, a-t-elle insisté.

Si le projet de loi est semblable aux mesures législatives d’Afrique de l’est, il profitera aux grandes entreprises pharmaceutiques internationales qui possèdent les brevets pour la plupart des médicaments essentiels, a-t-elle prévenu.

“Actuellement, les entreprises pharmaceutiques internationales ne se font pas beaucoup d'argent au Malawi parce que nous utilisons des médicaments génériques pour les principales maladies comme la tuberculose, le VIH/SIDA et le paludisme. Nous devons chercher à rendre les gens de notre pays plus en bonne santé avec des médicaments bon marché qu’avec ceux qui sont brevetés”, a ajouté Kwataine.

L'inquiétude au sujet du projet se rapporte à la “campagne 'arrêtez les ruptures de stock'” à laquelle participe la société civile du Malawi, aux côtés de la société civile dans des pays tels que le Kenya, l'Ouganda et la Zambie. La “campagne 'arrêtez les ruptures de stock'” vise à assurer que les gens aient accès aux médicaments essentiels.

Cette campagne est orientée vers la disponibilité des médicaments utilisés pour traiter des maladies courantes telles que le paludisme, la diarrhée, le VIH, l'hypertension, la tuberculose, les diabètes et la pneumonie.

Grace Kalilombe, 62 ans, infirmière à la retraite originaire de Ntcheu, un quartier dans le centre du Malawi, a indiqué à IPS que tout ce qu'elle veut du gouvernement, c’est la disponibilité des médicaments essentiels à tout moment. Elle a affirmé que l'important n’est pas de savoir si les médicaments sont des génériques ou des noms de marque.