DAKAR, 20 mai (IPS) – Dans la localité de Malicounda Bambara, dans l’ouest du Sénégal, la loi votée depuis 1999 pour interdire l’excision, est encore inconnue des populations qui renoncent petit à petit à cette mutilation génitale féminine (MGF) grâce aux campagnes de sensibilisation.
“La sensibilisation a été plus efficace que la loi contre l’excision et continue de porter ses fruits. Je ne suis au courant d’aucun cas d’excision depuis la déclaration d’abandon” il y a une douzaine d’années, a déclaré à IPS, Mariama Traoré, monitrice à la Case des tout-petits de Malicounda Bambara. (L’Agence nationale de la case des tout-petits s’occupe de la prise en charge de la petite enfance au Sénégal). “Nous avons abandonné l’excision, à la suite d’une intervention des jeunes filles du village qui se sont mobilisées, de concert avec les guides religieux. Ce n’est pas la loi contre l’excision qui nous amené à abandonner cette pratique. Quant aux autorités, elles gardent le silence et n’interviennent pas”, a expliqué à IPS, Maïmouna Traoré, présidente de l’Association des femmes de Malicounda Bambara. “C’est donc de notre propre gré que nous avons arrêté d’exciser les filles”, a ajouté Maïmouna Traoré, qui a reçu une décoration des autorités sénégalaises pour son engagement contre l’excision. Symbole de la pratique de l’excision au Sénégal, ce village a fait une déclaration publique d’abandon de l’excision en juillet 1997, sous l’égide de Tostan (qui signifie 'éclosion' en langue wolof), une organisation non gouvernementale (ONG) active dans la lutte contre les MGF, dans le pays. Tostan est en train de mettre en œuvre “un plan d’action pour l’accélération de l’abandon de l’excision”, pour la période 2010-2015, à Malicounda. Dans sa campagne, cette ONG dispense des cours axés sur la vulgarisation des droits de la femme. Les 3 et 4 mai derniers, des parlementaires venus de plusieurs pays africains se sont réunis à Dakar, la capitale sénégalaise, où ils ont décidé de demander aux Nations Unies d’adopter une résolution sur une “interdiction universelle” des MGF dans le monde et notamment en Afrique, pour appuyer les lois nationales édictées à l’encontre des populations qui pratiquent ces mutilations. “Le Sénégal peut absolument demander aux Nations Unies de prendre une résolution contre les MFG. Il y a eu, dans le pays, une très forte mobilisation des organisations féminines qui ont fait un travail fantastique contre l’excision. Mais, il faut trouver des alternatives aux exciseuses pour qu’elles gagnent leur vie”, a indiqué à IPS, Alioune Tine, secrétaire exécutif de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’Homme (RADDHO), une ONG basée à Dakar. “La loi est dissuasive, mais il ne suffit pas de recourir à la répression pour éradiquer un phénomène culturel qui est pratiqué à grande échelle”, a ajouté Tine.
Amadou Samba Sarr, directeur de l’école élémentaire du village, déclare à IPS: “Je ne peux pas dire que tout le monde a abandonné l’excision, mais la sensibilisation a joué un très grand rôle. Je ne pense pas que cette loi contre l’excision soit connue à Malicounda Bambara. Quand j’ai rappelé son existence lors d’une campagne de sensibilisation au début de 2010, les gens ont semblé surpris”. Mariama Traoré, estime également que la sensibilisation est plus fructueuse que l’interdiction par la loi. “La sensibilisation est plus dissuasive que la législation. Elle continue de porter ses fruits. C’est ce qu’on a fait ici, en s’appuyant sur les populations, dont les chefs religieux, et beaucoup de gens ont abandonné”, a-t-elle soutenu. “Le gouvernement sénégalais a compris qu’il faut faire beaucoup de sensibilisation. La loi seule ne suffit pas. Dans d’autres pays où l’on ne fait pas de sensibilisation, les lois votées contre l’excision n’ont pas donné de résultat”, a affirmé Molly Melching, directrice exécutive de Tostan. La loi votée par l’Assemblée nationale du Sénégal, considère les MGF comme des “actes criminels”. En vertu de cette loi, les exciseuses et les personnes qui font exciser des filles sont passibles d’un emprisonnement allant de six mois à cinq ans. Mais, l’excision est encore pratiquée dans plusieurs villages de ce pays d’Afrique de l’ouest.
“Ce n’est pas parce qu’une loi est votée qu’elle a un impact. La loi contre l’excision n’a pas vocation de changer les choses à elle seule. Elle constitue une base légale pour interdire l’excision”, a expliqué à IPS, Famara Sarr, un ancien député.
Cependant, souligne-t-il, “Grâce à cette loi, plus de 3.000 …villages, sur un total de 5.000, qui pratiquaient l’excision jusqu’en 1999 (au Sénégal), ont abandonné aujourd’hui. Il y a eu abandon jusqu’à un certain niveau. La loi a donné des résultats positifs, même si elle ne règle pas tout”.
“C’est une illusion que de vouloir appliquer cette loi sans travailler avec les pays limitrophes”, a relevé Famara Sarr. Selon lui, des personnes peuvent aller faire exciser des filles dans un pays où la justice n’est pas ferme contre la pratique ou n’ayant pas légiféré contre l’excision.

