RD CONGO: Des femmes enceintes réclament l’assistance d’un gynécologue

KIKWIT, RD Congo, 18 mai (IPS) – Une dizaine de femmes enceintes rencontrées dans l’un des deux hôpitaux généraux de référence de Kikwit, au Bandundu, dans le sud-ouest de la République démocratique du Congo (RDC), affirment avoir peur d’accoucher sans l’assistance d’un médecin gynécologue.

Parmi ces femmes, Hélène Nzundu, enceinte et à terme. Elle a déclare à IPS : «Accoucher dans cette partie du pays est un véritable calvaire. Dans d’autres provinces, les femmes enceintes peuvent connaître à l’avance le sexe de leur enfant et même les malformations qu’il peut avoir dans le ventre grâce à l’aide des 'appareils' qui n’existent pas ici».

A Kikwit, IPS a constaté que les centres médicaux ne sont pas équipés et n’ont pas un personnel qualifié. Le plus dur, pour les femmes enceintes, est d’être suivies et traitées quasi exclusivement par des infirmiers et infirmières, faute de gynécologue. A la maternité de la polyclinique privée appartenant à l’Union nationale des travailleurs du Congo à Kikwit, la principale ville de la province, Marie Mayimbi, une infirmière spécialisée pour les accouchements, raconte à IPS un événement qui s’est produit le 14 avril : «A 17h45, trois femmes avec douleurs d'accouchement se précipitent pour être prises en charge. La première, Julienne Pasa, 19 ans, primipare, pleure et se tord de douleurs dans une salle d'accouchement sans électricité ni aération».

Selon Mayimbi «pendant que Pasa est allongée sur l'unique lit gynécologique vieux de 36 ans, saignante, la deuxième – l'enfant déjà à la vulve – est subitement entrée dans la même salle. Elle enfantera à même le sol avec des risques d'infections». Et la troisième impatiente, «assise devant la porte de la salle d’accouchement, sera reçue tard la nuit sous des lampes tempêtes par la même infirmière, très fatiguée…» «Il n’y a pas de gans», affirme Mayimbi, pendant qu’elle en enfilait une paire déjà utilisée, tout en sueur et pressée d’accomplir la tâche suivante : «Nous manquons même d’appareil pour détecter les mouvements du fœtus et nous ne pouvons pas rapidement prélever des bruits du cœur fœtal», s’inquiète-t-elle.

De même, faute d’un pèse-bébé, un assemblage artificiel de pièces de bois fait l’affaire. «Nous l'avons confectionné pour contourner la carence», indique Françoise Ngondo, une infirmière titulaire qui ajoute : «De plus, la maternité n'a que trois infirmières, toutes pas assez expérimentées».

«En février dernier, trois femmes transférées en retard par le centre de santé de Kwenge, près de Kikwit, sont mortes d'hémorragie dès leur arrivée dans les hôpitaux généraux de référence de Kikwit 1 et 2. Ces femmes ont connu des ruptures utérines dues à la presse abdominale forcée et au mauvais usage d’ocytocine par le Centre de Kwenge», explique à IPS, Dr Paulin Kiyankay, directeur de l'hôpital général de Kikwit 2. Chacun de ces deux hôpitaux de référence accueille en moyenne 40 à 50 femmes par mois pour accouchement, selon Dr Anicet Kipasa, médecin-chef du district sanitaire de Kikwit.

«Il n’y a pas de gynécologue ici. Il faut plusieurs années d'études en gynécologie après un diplôme de médecine. L'argent fait défaut pour l’ensemble des familles. Quelques gynécologues viennent parfois de Kinshasa (la capitale de la RDC) pour sauver des vies en danger. Mais leurs services coûtent cher (10 dollars US par rendez-vous et 20 dollars par consultation)», affirme Dr Collin Mulungu, directeur de l'hôpital général de Kikwit 1.

La distance à parcourir en rajoute au calvaire. «Mon mari et mon oncle m'ont emmenée sur un vélo du village Lubonsi-Lamba à la maternité d’Imbongo (à cinq kilomètres). Une amie, Mado Fingila, est morte l'année passée vers Feshi avant d'atteindre le centre. Elle saignait en cours de route. Sa famille l’emmenait à pieds et le temps de marche a été long», a raconté à IPS, Jacquie Mutondo, une jeune mère trouvée sur place. Elle a ajouté que pour être bien traitée, elle a «payé un pourboire, un 'placebo', aux infirmiers».

En effet, à ces graves difficultés, s’ajoutent celles liées au traitement du personnel des hôpitaux publics. «Nous ne sommes pas bien payés par l'Etat. Le 'placebo' nous aide à avoir quelque chose pour faire vivre nos familles», souligne Solange Nda, une infirmière.

Rassurant, Philippe Akamituna, le ministre provincial de la Santé, déclare à IPS : «Il y a l’ONG belge Memisa qui appuie des centres en matériels et même en médicaments. Il y a aussi la Banque mondiale qui appuie des centres grâce à la coopération avec des institutions du pays».

«Il y a lieu de s’apaiser et d’espérer une amélioration en cours», selon Dr Kipasa. «Depuis mars 2010, un Plan national de développement de la santé a été adopté par le gouvernement provincial. Ce plan prévoit des constructions des centres de santé et des appuis en matériels et en médicaments…», affirme-t-il sans préciser la période de la mise en œuvre de ce plan.