GENEVE, 18 mai (IPS) – Les accords commerciaux controversés appelés accords de partenariat économique (APE), dans leur forme actuelle, ne feront aucun bien aux pays africains puisqu’ils continuent toujours à ne pas considérer les besoins de développement de ces pays, malgré une telle promesse de l'Union européenne (UE).
Tel est l'avis du Dr El Hadji Diouf, directeur du programme des APE et du régionalisme au Centre international pour le commerce et le développement durable (ICTSD) basé à Genève.
L’ICTSD est une organisation non gouvernementale (ONG) qui cherche à autonomiser les acteurs en matière de politique commerciale et influencer le système commercial international pour promouvoir le développement durable.
Par conséquent, il croit que les Etats africains ont besoin de plus de temps pour négocier et mettre en œuvre des mesures favorables au développement pour corriger les effets néfastes de la libéralisation des échanges commerciaux. Ils devraient être également autorisés à protéger leurs économies, si nécessaire. Les articles et recherches de Diouf ont souvent inspiré les positions des négociateurs d’Afrique de l’ouest pour les APE.
Isolda Agazzi de IPS a demandé à Diouf de répondre aux récentes déclarations de Ablassé Ouédraogo, ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso et ancien directeur adjoint de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), selon lesquelles les négociations pour les APE entre l'Afrique de l’ouest et l'UE devraient être suspendues.
Ouédraogo fonde sa position sur l'argument selon lequel, à la suite de la crise économique, la situation actuelle est totalement différente depuis 2002 lorsque les négociations ont été lancées.
Voici un extrait de l’entretien.
Q: Que pensez-vous de la proposition de Ouédraogo de suspendre la négociation des APE? R: Si les APE sont finalisés dans leur forme actuelle, ils ne feront pas du bien à l'Afrique. Depuis 2007, et après une forte opposition au début, les APE semblent être devenus acceptables, pourvu qu'ils prennent en compte le développement.
Mais ceux qui ont été signés en 2008 et 2009 ne font pas cela, y compris ceux provisoires de la Côte d'Ivoire et du Ghana. Ces pays étaient obligés de signer au plus tard le 31 décembre 2007 afin de ne pas perdre leur accès préférentiel au marché européen.
Toutefois, je ne crois pas que la suspension des négociations est faisable. Il s'agit d'une décision politique et les politiciens ne la prendront pas. Dans plusieurs domaines, les décisions politiques finales sapent les arguments techniques des experts africains.
La bonne nouvelle est que la société civile est là. L'accord de Cotonou (entre l'UE et les pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique à partir desquels les APE circulent) permet la présence d'un représentant des ONG mais ceci n'est pas bien connu parmi les acteurs.
Les négociateurs de l'UE et les organisations régionales économiques n'étaient pas prêts à accueillir un représentant de la société civile dans la salle. Mais quand cela se produit, la contribution apportée par le négociateur privé a une valeur élevée.
L'exemple du Dr Cheikh Tidiane Dièye de 'Enda Tiers Monde', négociant pour l'Afrique de l'ouest, est bon parce qu'il a gardé certaines questions controversées sur la table. ('Enda Tiers Monde' est une ONG internationale basée à Dakar, au Sénégal, travaillant sur le développement durable).
Q: Mais Ouédraogo affirme que l’Afrique ne peut plus ouvrir ses marchés.
R: Le débat est tout à fait juridique: à quel taux les pays africains devraient-ils libéraliser? L’article XXIV de l’AGETAC (Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce) dit que dans le cas d'un accord commercial régional, comme les APE, les pays peuvent se donner des préférences commerciales à condition que celles-ci respectent les règles de l'OMC.
Le problème est que les règles de l'OMC sont vagues: il est dit que la plupart des échanges commerciaux doivent être libéralisés mais il n’est pas précisé jusqu’à quel point. L'UE a tenté d’amener les pays africains à croire que pour que les APE soient compatibles avec l'OMC, 80 pour cent de leurs économies doivent être ouvertes.
Environ 80 pour cent semblent raisonnables mais comment répartir ce pourcentage? Les Africains veulent un niveau moyen de libéralisation, avec l'UE ouvrant jusqu’à 100 pour cent son commerce et l'Afrique 60 pour cent. Mais l'UE veut au moins 80 pour cent de l'Afrique.
La dernière séance de négociation a montré que la région d’Afrique de l'ouest est sur le point d'augmenter son offre à environ 70 pour cent. Le litige n'a pas encore été résolu.
L'impact est important à cause des produits considérés comme “sensibles” qui ne devraient pas être admis pour la libéralisation des échanges commerciaux. Chaque pays a élaboré une liste de ces produits au niveau national, mais les listes doivent être régionales et à présent ce n’est pas tous les produits qui peuvent y figurer.

