ENVIRONNEMENT-MALI: Les paysans réhabilitent des forêts fossiles

BAMAKO, 28 avr (IPS) – Au Mali, des villages du delta intérieur du fleuve Niger, qui subissent de plein fouet les effets des changements climatiques, comprennent mieux l’intérêt de restaurer d’anciennes forêts décimées par la sécheresse. Celles qui ont été réhabilitées régulent déjà la nature et l’économie locales.

«Il est important que l’on fixe des règles pour protéger les forêts restaurées pour que la sécheresse ne les décime pas à nouveau. Je me souviens encore de la peur que les gens avaient des bêtes sauvages comme les lions et les hyènes qui existaient dans les bois entourant les maisons. On n’osait même pas s’aventurer en dehors des villages à partir du crépuscule», a déclaré à IPS, Yaya Bocoum, un vieux notable de Youwarou. Hélas, les habitants de ce village situé au centre du Mali, au cœur du delta intérieur du fleuve Niger, sont aujourd’hui réduits à restaurer d’anciennes forêts! Pourtant, expliquent des experts, le delta qui s’étend sur près de 40.000 kilomètres carrés, était autrefois un havre de paix bien plus sûr pour ses habitants. En effet, les rares forêts actuelles sont des reliques d’un milieu beaucoup plus riche, que la sécheresse a commencé à consumer à partir des années 1970 et 1980. «Il y avait dans le delta plus d’une vingtaine de forêts qui étaient importantes pour les populations locales et les animaux. Elles avaient toutes disparu. Mais aujourd’hui, environ sept parmi elles ont été réhabilitées dont quatre jouent un rôle majeur dans l’équilibre écologique de la région», a indiqué à IPS, Mory Diallo, assistant de recherche au bureau local de 'Wetlands International', une organisation non gouvernementale (ONG) basée en Hollande. Si les paysans s’investissent dans la restauration des forêts dégradées en plantant des espèces locales comme l’acacia kirki, c’est que leurs activités en dépendent largement. «Il est interdit de couper les arbres de ces forêts. Mais nos animaux, surtout les petits ruminants, y trouvent de quoi se nourrir lorsque l’eau se retire pendant la saison sèche», a déclaré à IPS, Nouhoum Té Tiaw, un chef traditionnel et propriétaire terrien à Youwarou. En outre, les millions d’oiseaux migrateurs, qui quittent chaque année l’Europe du nord et de lointaines contrées d’Afrique, séjournent dans cette zone du delta. «Les matières fécales de ces oiseaux enrichissent les sols et contribuent à la croissance des végétaux», affirme Diallo. Mieux, les forêts réhabilitées sont devenues des lieux de refuge et de reproduction pour des animaux aquatiques menacés. «A cause de la sécheresse et du braconnage, les animaux aquatiques, comme les hippopotames et les lamantins, avaient disparu du delta. Mais ils sont de retour depuis que certaines forêts inondées ont été restaurées et placées sous protection», explique le chef traditionnel. Pour les habitants de la région, les bienfaits de la protection des forêts sont aussi et surtout d’ordre économique. C’est d’abord la pêche, principale source de revenus dans le delta, qui doit beaucoup aux forêts restaurées où de nombreux poissons se reproduisent. «Certaines espèces de poisson disparues sont revenues. Mais, ce qui est particulièrement intéressant, c’est que les forêts contribuent à l’essor de la pêche locale dont certains produits sont vendus jusqu’en dehors du Mali», a déclaré à IPS, Sambo Barry, un agent du Projet d’appui à la commune de Youwarou. Depuis 1984, les projets de réhabilitation des forêts sont menés par des ONG. Néanmoins, les populations locales ont toujours un rôle de premier plan. Afin de les motiver à s’impliquer davantage, les ONG financent certains des projets des villageois. «Nous accordons par exemple des crédits aux femmes. Elles remboursent leurs dettes par des activités de reboisement rémunérées», a indiqué Diallo. Par ailleurs, dans certains cas, les ONG aident les communautés locales à faire des travaux d’aménagement. Ainsi, elles les aident à déboucher les chenaux naturels alimentant les mares dont l’assèchement entraîne simultanément la mort de plusieurs arbres environnants. En tout cas, la protection des forêts et de l’ensemble des ressources naturelles du delta est un combat que tout le monde mène. «Tous se sentent concernés; les populations elles-mêmes demandent la signature de conventions locales pour protéger leur environnement. Ces textes déterminent les règles d’exploitation des ressources naturelles et les sanctions contre ceux qui ne respectent pas ces mesures», a souligné à IPS, Abdoussalam Maïga, un agent du bureau local de 'Wetlands International'. En général, les contrevenants aux règles de bonne conduite doivent payer une amende dont le montant est fixé par le comité de gestion des ressources en fonction de l’ampleur de la faute. Ces amendes servent à alimenter le fonds d'entretien des ressources, qui peut servir, par exemple, à planter de jeunes pousses. Malheureusement, tous les membres ne respectent pas ces conventions parce que certains viennent des villages non associés et ignorent les règles d’exploitation. Les comités de gestion constitués de représentants des différentes communautés qui exploitent les ressources, peinent donc à appliquer les conventions locales qui n’ont pas toujours une valeur légale devant les autorités judiciaires. Quant à la sécheresse, elle continue à détruire ce qui reste du couvert végétal de la zone.