HARARE, 6 avr (IPS) – Mary Pamire n'oubliera jamais le jour où un groupe d'hommes l’ont violée à tour de rôle. En juin 2003, elle figurait parmi les dizaines de personnes qui ont participé à une manifestation de masse organisée par l'opposition de l'époque, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), et les organisations de la société civile, dont l'Assemblée constitutionnelle nationale (NCA).
“Je suis une femme qui a beaucoup souffert pour le MDC et la NCA “, a dit Pamire. “Je me souviens en 2003 lorsque nous avons participé à la manifestation de masse, j'ai été enlevée par un groupe de soldats. Ils m'ont emmenée dans un endroit retiré et violée à tour de rôle. J'ai compté jusqu'à dix le nombre de fois qu’ils m'ont violée”.
Trahie Les larmes qui coulaient sur son visage, pendant qu’elle témoignagnait au cours du lancement récent d'un nouveau rapport de la NCA, révélaient le traumatisme que Pamire a connu. Le rapport intitulé “Lutte pour une nouvelle constitution: les violations des droits humains vécues par les femmes membres de la NCA “, publié le 23 mars, conclut: “être une femme et une activiste civique ou politique comporte de graves risques”.
A 36 ans, Pamire déclare qu'elle a trop souffert. Elle a été hospitalisée plusieurs fois et détenue dans les cellules de la police à plusieurs reprises. Elle a été violée par des gangs. En plus de la douleur de ces expériences, Pamire a dit, le plus triste est de constater que ceux-là mêmes avec qui elle luttait lui ont apporté peu d'aide.
“La NCA et le MDC ne m'ont jamais aidée malgré le fait que je souffrais pour eux”, a dit Pamire, en sanglotant. “Seule [feu] [Susan] Tsvangirai m'a aidée. Elle était d’un si grand secours et m'a aidée à obtenir des médicaments en Afrique du Sud. Si elle était vivante, je sais que les choses iraient mieux pour moi”.
Susan Tsvangirai, l'épouse du Premier ministre, Morgan Tsvangirai, est décédée dans un accident de voiture le 6 mars 2009. Elle était célèbre pour son soutien à la plupart des militantes au sein du MDC et de la NCA.
Pamire a confié à IPS qu'elle s’est sentie trahie par ceux qui dirigent généralement ces manifestations.
“Depuis le jour où je suis sortie de l'hôpital, je n'ai reçu aucun soutien du MDC ou de la NCA. Même si je viens dans leurs bureaux, ils m'ignorent seulement. Cela me fait mal que maintenant je ne puisse même pas m'occuper de mes deux enfants. J'ai perdu mon emploi après le viol, et la vie n'a jamais été bonne pour moi”, a-t-elle raconté.
Pamire a deux enfants, une fille de 15 ans et un garçon de 13 ans, qui, dit-elle, ont depuis abandonné l'école, puisqu'elle ne peut pas payer leurs frais de scolarité.
“Pour le moment, il n'y a rien que je puisse faire pour mes enfants. Depuis, je les ai envoyés au village à Buhera”, a-t-elle ajouté. Buhera est un district rural dans la province du Manicaland, à l'est du Zimbabwe.
Traumatisme à vie Les intervenants au cours du lancement du rapport de la NCA ont été d'accord sur la nécessité de soutenir les femmes qui sont touchées par les violences politiques, affirmant que si elles ne sont pas convenablement aidées, elles demeureront traumatisées pour le restant de leurs jours.
Ce qui complique la situation pour la plupart des femmes, a déclaré Pamire, c’est qu'elles bénéficient rarement d’assez de soutien médical et moral.
Ernest Mudzengi, directeur de la NCA, a défendu son organisation et l'incapacité des autres groupes de la société civile à soutenir convenablement les victimes et les survivants des violences, accusant les ressources financières limitées.
“Nous n'avons pas eu le genre de ressources permettant un soutien continu aux victimes et aux survivants, surtout en raison de l'énormité du défi”, a expliqué Mudzengi.
“Une fois que quelqu'un devient une victime, cela signifie que toute sa vie a été affectée. Ces personnes ont besoin d'aide”.
La directrice exécutive du Réseau d’appui aux femmes et à la lutte contre le SIDA (WASN), Mary Sandasi, a indiqué que l'incapacité à aborder les questions de violences faites aux femmes a des effets néfastes sur la lutte nationale contre le VIH/SIDA. Selon elle, il faut des mécanismes d’appui pour amener les femmes à ne pas être des victimes mais plutôt des survivantes.
“Le VIH/SIDA et les violences s’actionnent mutuellement”, a déclaré Sandasi. “Nous devrions être en mesure de distinguer le soutien que nous donnons aux victimes et aux survivants. Tant que nous les regroupons, il peut être difficile de les identifier et d’identifier leurs besoins divers. Nous devons aider les survivants.
Vers la réconciliation nationale Ce rapport nouvellement lancé indique que pendant la campagne électorale, les violences sexuelles sont souvent utilisées pour intimider et faire taire les opposants. Dans la plupart des cas, note le rapport, les auteurs sont des personnes qui ont des liens étroits avec l'Etat sans nécessairement faire partie de ce dernier.
“Les violences faites aux femmes, motivées par la politique, constituent l'une des caractéristiques les plus regrettables de la vie politique contemporaine du Zimbabwe. Elles constituent une caractéristique observée dans toutes les élections depuis 2000, et forment l'expérience probable et commune de toute femme qui ose devenir politiquement ou socialement active”, indique le rapport.
Malgré les dangers qu'il expose, le rapport encourage les femmes activistes à “participer aux activités de n’importe quelle société civile sans craindre les représailles et/ou le traitement brutal infligé par les agents chargés d’appliquer la loi”.
Ce rapport arrive à un moment où le Zimbabwe se prépare pour le lancement du programme de réconciliation nationale, qui est motivé essentiellement par la nécessité pour les victimes et les auteurs de se pardonner et de travailler ensemble pour la construction du pays.

