RD CONGO: Pour les Chinois, les affaires, pas les femmes

MATADI, RD Congo, 22 mars (IPS) – Bien qu’attachés aux langues locales qu’ils apprennent vite pour la bonne marche de leurs affaires, les Chinois qui travaillent en République démocratique du Congo (RDC) évitent d’avoir des aventures amoureuses avec les Congolaises. Le respect de la loi de leur pays, qui interdit d’avoir plus d’un enfant reste de rigueur.

A l’entrée de la ville de Matadi, dans l’ouest de la RDC, des ouvriers chinois s’affairent depuis quelques mois à jeter un nouveau pont à Mpozo. Sur ce chantier, l’ambiance avec les travailleurs congolais est à la bonne humeur. Mais “quand nous leur proposons des filles, ils disent non”, raconte, l’air amusé, un jeune. Depuis que d’importants contrats ont été passés entre la RDC et la Chine en 2007, les Chinois arrivent en grand nombre dans cette province du Bas-Congo, située au sud-ouest de Kinshasa, la capitale congolaise. Ils sont employés dans de grands travaux d’infrastructures : routes, ponts, hôpitaux… D’autres exercent le commerce de produits divers, et se sont installés même dans des coins très reculés de la province. Très vite, ils apprennent les langues locales, le kikongo principalement et aussi le lingala, parlé dans tout le pays. Une vendeuse chinoise des Ets Chine mode, à Matadi (chef-lieu de la province), s’y habitue déjà. “Buela mbongo” (ajoute un peu d’argent), dit-elle à un client venu se procurer des tongs dans son magasin. “C’est curieux que ces gens parlent aussi vite nos langues”, s’étonne une femme congolaise. Sur la route Kisantu-Kimvula que réhabilite l’entreprise chinoise Crec, les relations sont bon enfant avec la population riveraine. Lors des contacts, les Chinois se font aider par un des leurs qui a une meilleure connaissance de la langue locale, et qui fait l’interprète. “Nous nous comprenons toujours”, assure un travailleur congolais.

Des hommes réservés Mais les comportements de ces hommes sont jugés trop réservés aux yeux de la population locale. S’ils prennent les mêmes taxis que tout le monde en ville, il est cependant rare de les rencontrer dans les milieux où il y a de l'ambiance tels que les supermarchés, restaurants, boîtes de nuit… Et ils n’entretiennent guère de relations amoureuses avec les Congolaises. “Nous sommes respectueux de nos engagements”, affirme Kyu, un des Chinois. Exhibant un bracelet enroulé sur son avant-bras, symbole des fiançailles, il est “tenu, selon la culture, d’être fidèle”.

Ceux qui sont dans le commerce vivent souvent avec leurs femmes. Partie faire ses courses au marché de Matadi, une Chinoise enceinte n’a pas manqué d’attirer les regards des passants. “C’est la première fois que je voyais une Chinoise enceinte”, s’était exclamé Jean Mfumu. Dans les années 1980, il se souvient avoir appris qu'ils n'avaient pas le droit d'avoir plus d'un enfant. Les habitants sont aussi étonnés de les voir vivre sans enfants. “Nous préférons qu’ils grandissent dans la culture de notre pays”, explique Kyu, qui rappelle que la loi leur enjoint de n’avoir qu’un seul enfant.

De temps en temps, les gens leur lancent quelques quolibets pas trop méchants. Par exemple, certains Congolais les appellent “Cinq chantiers” (du nom du programme quinquennal de la République dans lequel ils sont fortement impliqués), d’autres “Hi Hon” (bonjour en chinois). Que ce soit dans le commerce ou les différents chantiers, quelques Chinois s’en prennent parfois brutalement à des Congolais pour régler un différend. Mais des juristes congolais disent se sentir plutôt plus à l’aise avec eux. Vis-à-vis des travailleurs congolais, “ils sont plus respectueux des lois” que d’autres Asiatiques, estime un avocat. *(Alphonse Nekwa Makwala est journaliste à Syfia, une agence de presse basée à Montpellier. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre l’agence de presse InfoSud et IPS).