KENYA: Sacs plastiques – la convenance coûte les yeux de la tête

NAIROBI, 27 jan (IPS) – Lorsque Nairobi était fondée en 1899, elle avait pris son nom que les Maasai avaient donné à l’endroit: Ewassi Nyirobi, “eaux fraîches”. Un siècle plus tard, le fleuve a quelque chose coincé dans sa gorge: des millions de sacs plastiques d’autres déchets menacent de l’étouffer.

Selon Robert Orina, directeur chargé de l'exécution à l’Autorité nationale de gestion de l’environnement (NEMA) du Kenya, seulement environ 25 pour cent des 1.500 tonnes de déchets solides produits chaque jour à Nairobi sont collectés. Dans les quartiers pauvres, où vivent 60 pour cent des habitants de la capitale kényane, il n'y a pas une collecte formelle des ordures.

“Le résultat est qu’il y a des ordures éparpillées sur la place et une grande partie est mise dans des sacs plastiques qui restent dans l'environnement pendant plusieurs années”, déclare Orina. “La situation à Nairobi n'est pas unique, mais est plutôt reproduite à travers le pays”.

Il dit que les habitants et les fabricants de sacs plastiques doivent être aussi accusés pour le défi environnemental auquel le pays est confronté. Selon lui, les résidents se soucient peu de l'élimination de leurs déchets, alors que les fabricants de sacs plastiques ont résisté à une interdiction imposée par le gouvernement sur l'utilisation de sacs plastiques fragiles plus minces que 30 microns.

Selon des recherches effectuées en 2005 par la NEMA et l'Institut de recherche et d’analyse de politique publique du Kenya (KIPPRA), 100 millions de sacs plastiques sont distribués annuellement au Kenya par les supermarchés seuls, l'immense majorité destinés à aboutir dans l'environnement, les égouts et puisards qui se bouchent, polluant le sol, constituant un danger pour la vie marine et causant la mort de bétail lorsqu’ils sont consommés par inadvertance.

Orina souligne: “Des millions de sacs en plastique sont distribués annuellement dans les supermarchés. La plupart sont si fragiles qu'ils ne peuvent être utilisés qu'une fois et par conséquent, ils finissent par être jetés dans l'environnement où ils mettent des centaines d'années pour se décomposer, constituant un danger”.

Les morceaux de ces sacs en plastique se mélangent avec le sol et empêchent les eaux de pluie de s'y infiltrer, contribuant à la formation de bassins d'eau stagnante, le terreau de toutes sortes de maladies hydriques.

Orina prévient que la pratique du brûlage du plastique afin de l’éliminer n'est pas une solution viable. Il estime que les plastiques contiennent des substances qui, lorsqu'elles sont brûlées, libèrent des substances chimiques toxiques, y compris des dioxines, qui ont été associées au cancer.

Bien qu'il existe des sociétés qui recyclent le plastique au Kenya, Geoffrey Okora, de 'Ramji Haribhai Devani Limited' affirme que des marges bénéficiaires étroites signifient qu'il y a seulement une poignée d'autres entreprises comme celle qu'il gère.

“Nous achetons les plastiques pour le recyclage; cependant, les organisations existantes ne sont pas en mesure d'absorber l'énorme quantité de plastiques dans l'environnement. En outre, la marge bénéficiaire tirée du recyclage du plastique est minime et la plupart des organisations préfèrent ne pas s'aventurer dans ce domaine. Et quand elles le font, elles préfèrent se limiter aux plastiques durs contrairement aux plastiques fragiles”, explique Okora.

Mais, les tentatives visant à débarrasser l'environnement du Kenya des sacs en plastique ont rencontré la résistance des fabricants et des consommateurs également.

Il y a près de cinq ans, la NEMA a recommandé une interdiction des sacs en plastique; le gouvernement a imposé une taxe de 120 pour cent sur les fabricants produisant de sacs en plastique minces, à usage unique.

Toutefois, cette démarche a rencontré une résistance de l’Association des fabricants du Kenya, qui a plaidé pour une période de grâce transitionnelle. Ils ont prévenu que l'imposition d'une telle taxe signifierait une hausse sur les prix des produits de base tels que le lait, le pain et le sucre, confie Orina.

Evans Githenji, le porte-parole de l'industrie des plastiques du Kenya, confirme que les fabricants ont estimé que la taxe de 120 pour cent était trop élevée et avaient fait appel au gouvernement de la réviser à la baisse, à 50 pour cent.

“Ce que nous avons recommandé en outre était qu’au lieu de la collecter en tant qu’un prélèvement fiscal qui finit au trésor et est utilisé dans d'autres secteurs tels que la santé et l'éducation, nous avons recommandé qu'elle soit classée comme un prélèvement spécifique et les bénéfices devraient aller vers la manipulation des plastiques au niveau de recyclage”.

Orina dit qu'il n'est pas sûr de ce qui est arrivé à cette politique, car ces sacs fragiles sont encore sur le marché, et le prélèvement de 50 pour cent ne semble pas avoir jamais été collecté.

Une solution qui gagne du terrain au Kenya est de fabriquer des sacs à partir du plastique oxo-biodégradable. Cela implique la production de plastique avec un produit chimique supplémentaire qui lui permet de se décomposer rapidement lorsqu’il est déversé dans un environnement naturel.

“Le plastique oxo-biodégradable se décompose plus rapidement que la paille et les brindilles et beaucoup plus rapidement que le plastique ordinaire ou recyclé. Il est destiné pour le plastique qui tombe dans l'environnement ouvert et ne peut raisonnablement pas être recueilli. Il s'autodétruira automatiquement, mais le plastique ordinaire ou recyclé soufflera ou flottera pendant des dizaines d'années”, explique Michael Stephen, directeur de 'Symphony Environmental Technologies', basée en Grande-Bretagne.

Mais la déclaration de Symphony selon laquelle son plastique se décompose aussi naturellement que les tontes de gazon ou de brindilles, a été contestée dans d'autres endroits où il a été introduit.

Orina et Githenji expriment de doute par rapport à l'exhaustivité de la décomposition, affirmant que les petites particules de la matière dégradée peuvent trouver leur chemin dans la chaîne alimentaire. La solution pour le Kenya, ils sont tous deux d'accord, est d'adopter une approche différente.

La NEMA est en train de promouvoir le remplacement du plastique par des sacs durables, réutilisables pour réduire le volume important de plastique en circulation, indique Orina.

“Ce qui manque, c’est la volonté gouvernementale de mener une campagne adéquate sur la façon de faire face à la menace environnementale des plastiques. Ce qu'il faut, c'est que le gouvernement mette en place des mécanismes clairs sur la collecte de la taxe de 50 pour cent. Cet argent devrait être ensuite mis dans un fonds consolidé qui devrait aller vers le recyclage des plastiques et l'amélioration générale de l'environnement”, souligne Githenji.