SANTE-RD CONGO: Le travail de pourvoyeurs de soins, un apostolat

KINSHASA, 15 jan (IPS) – Elles ne se lassent pas de soigner les gens, ces femmes héroïnes de l’ombre, dont le travail est méconnu et non rétribué. Pourtant, le Protocole de la SADC sur le genre et le développement reconnaît le travail des pourvoyeurs de soins aux patients de VIH/SIDA et la nécessiter de les rétribuer.

Signé en août 2008 en Afrique du Sud par de nombreux pays de la Communauté de développement d’Afrique australe (SADC), y compris la République démocratique du Congo (RDC), ce protocole stipule dans son article 27 que «d’ici à 2015, les gouvernements doivent disposer de programmes qui reconnaissent le travail des pourvoyeurs de soins et leur offrir des ressources et le soutien pour leur bien-être». Cet article montre le souci des pays de la SADC de considérer ce volet longtemps oublié dans la prise en charge de la lutte contre le SIDA. Hélas, nous sommes encore au niveau théorique par rapport à cette disposition alors qu’il ne reste que six ans pour faire le bilan de l’application du Protocole de la SADC sur le genre et le développement. Sur le terrain, l’application de cette disposition n’est pas encore effective. Par exemple, en RDC, le travail des pourvoyeurs de soins aux patients du VIH/SIDA est méconnu. Il ne nourrit pas son homme car il n’est pas rétribué. Il n’existe aucune politique nationale en la matière, ce qui fait que le travail des pourvoyeurs de soins n’est pas organisé dans ce pays.

Les soins aux personnes vivant avec le VIH/SIDA sont davantage dispensés par les Personnes vivant avec le VIH (PVVIH) qui se sont organisées en associations ou en organisations non gouvernementales pour s’entraider. Le Réseau national des organisations d’assise communautaire de groupe de soutien des PVVIH, le Rhnoac, en est une illustration éloquente. Ce réseau milite pour l’amélioration des conditions de vie des PVVIH.

Membre d’une organisation membre du Rhnoac, Zoé Kabedi est une PVVIH et une pourvoyeuse de soins. Elle pourvoit des soins aux PVVIH grabataires depuis plus de cinq ans et elle en tire énormément de joie, bien qu’en retour, elle ne reçoive aucune aide ou soutien de l’Etat congolais. Lorsqu’on lui demande pourquoi elle continue à faire un travail qui ne paie pas, Kabedi explique que «Les PVVIH sont rejetées par leurs propres familles, surtout quand elles entrent dans la phase terminale de la maladie et qu’elles sont affaiblies par des maladies opportunistes qui les maintiennent alitées». «C’est malheureusement au stade où elles ont le plus besoin de secours que leurs familles les abandonnent. C’est pour cette raison que les PVVIH, qui ne sont pas encore trop affectées par la maladie, ont décidé d’effectuer la prise en charge des malades du SIDA en allant de maison en maison pour nous occuper de nos malades», indique-t-elle, ajoutant : «Nous nous sommes organisées en réseau pour nous soutenir car nous savons que nous ne pouvons pas compter sur la communauté, qui, très souvent, nous rejette». Cette femme quadragénaire, qui vient de se relever d’une maladie opportuniste et qui est encore un peu faible, parle plus spécifiquement des soins qu’elle prodigue à Kinshasa, la capitale, et dans d’autres communes de la RDC. «J’assiste les autres PVVIH impotents, je leur donne des médicaments si elles en manquent. Je les nourris quand elles n’ont pas de quoi s’alimenter. Je les aide à vivre dans de bonnes conditions hygiéniques», explique-t-elle.

Mais, le travail de Kabedi ne se limite pas seulement aux PVVIH qui ne peuvent quitter leur domicile. Ces héros ou plutôt ces héroïnes – ce sont davantage des femmes qui font ce travail – s’organisent au sein de leurs réseaux pour se rendre aussi dans les hôpitaux de Kinshasa. «L’assistance que nous apportons concerne toutes les PVVIH. Quand le besoin se fait sentir, nous allons dans les hôpitaux où il y a des malades du SIDA et nous les assistons. Mais quand un malade est bien encadré par sa famille, nous n’intervenons pas», observe-t-elle. Le travail de pourvoyeurs de soins est un champ non défriché. Ceux qui œuvrent dans ce domaine le font par vocation ou par compassion. Ils n’en tirent aucun gain, si ce n’est de la satisfaction d’avoir pu être utile. «C’est un apostolat», avoue Kabedi. «Les pourvoyeurs de soins travaillent sans attendre de salaire. Ce sont des femmes de confiance, aimables et capables de supporter les caprices des malades». Elle estime toutefois que ces braves femmes devraient bénéficier d’une forme de motivation. Kabedi raconte qu’il lui est arrivé plusieurs fois de marcher sur de longues distances pour rendre visite à un malade à domicile. «Dans bien des cas, je suis obligée de dépenser de ma poche pour acheter de la nourriture pour un malade qui n’a rien mangé alors qu’il est sous traitement anti-rétroviral».

La prise des anti-rétroviraux (ARV) – qui prolongent la vie du patient – exige que le malade ait une bonne alimentation. Les PVVIH sont économiquement pauvres et il en va de même pour les pourvoyeurs des soins. «Si je n’ai vraiment rien à donner à une PVVIH, je me contente de le réconforter moralement pour qu’il vive positivement sa séropositivité. Je ne peux pas faire l’impossible», dit-elle. Adrienne Lusamba, infirmière et superviseur des soins palliatifs au Rhnoac, abonde dans le même sens et relève les énormes difficultés qui entravent le travail des pourvoyeurs de soins. «Nous manquons de tout», se lamente-t-elle. Ne mâchant pas ses mots, elle ajoute que «nous sommes comme des membres d’une famille pauvre, qui dorment et se réveillent chaque jour en espérant la manne venue du ciel. Nous nous débattons avec le souffle que Dieu nous donne pour survivre».

Pour que le travail des pourvoyeurs de soins soit plus efficace, Zoé Kabedi propose qu’une allocation soit accordée à ces braves femmes qui sont sorties de la clandestinité pour aider leurs pairs. «De plus, il faudrait nous équiper d’un moyen de transport, de kits alimentaires et hygiéniques. Avoir cela serait un atout dans l’avancement de notre travail», souligne-t-elle. *(Blandine Lusimana est journaliste en RDC et a écrit cet article pour 'Gender Links', une organisation non gouvernementale d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre 'Gender Links' et IPS).