CHANGEMENT CLIMATIQUE: Les pays en développement insistent que Kyoto reste

COPENHAGUE, 15 déc (IPS) – La Conférence des Nations Unies sur le changement climatique entre dans sa dernière semaine sous un nuage d'incertitude, puisque le Groupe Afrique a dirigé une manifestation du monde en développement contre une tentative soupçonnée d'abandonner le Protocole de Kyoto.

Lundi a connu de longues files de délégués et d’observateurs attendant de dégager la sécurité à l'entrée de Bella Center. Les invitations, désormais connues à telle ou telle manifestation parallèle en arrière-plan, vous pouviez entendre des gens discuter du sort des clauses précieuses au cours du week-end, et des murmures de grabuge dans le processus officiel.

L'une des conférences de presse au début de la journée a noté le mécontentement du Groupe Afrique de la manière dont les discussions formelles sont structurées. Le groupe s'est prononcé contre un ordre des affaires, qui semble suivre une préférence des pays développés pour discuter dans une seule voie pour les négociations. L'Afrique préfère continuer avec des discussions parallèles qui préserveraient la structure imparfaite, mais juridiquement contraignante du Protocole de Kyoto alors que les négociations se poursuivent sur un remplacement obligatoire pour le long terme.

Vers le milieu de la journée, le mécontentement du Groupe Afrique avait suspendu les négociations officielles. L'Afrique a déclaré au président du groupe de travail sur un traité à long terme qu'elle ne participerait pas simplement à toutes les négociations ou aux discussions du groupe de contact jusqu'à ce que le mouvement redémarre sur la discussion parallèle du Protocole de Kyoto.

Cette protestation a été appuyée par l'AOSIS (Alliance des petits Etats insulaires) et est devenue rapidement une position du G77, bloquant les négociations.

Le Réseau d’action sur le climat, dans sa conférence de presse quotidienne sur l'état des négociations, a annoncé qu’après avoir étudié les divers engagements pris sur la table au début de la nouvelle semaine, un accord signé sur cette base aujourd'hui conduirait à l'augmentation des émissions, ce qui signifierait une augmentation d’environ 3,9 degrés de la température mondiale moyenne.

Ce réseau, une coalition de 450 organisations écologiques et de justice sociale venues du monde entier, a affirmé qu'il y a eu des progrès de la part des négociateurs sur la coopération technique et le renforcement des capacités vers un plan pour réduire les dommages causés aux forêts. Deux années de progrès très lents avaient été rapidement avancées par la publication de projets de textes par les présidents des groupes de travail, a indiqué le réseau, bien que peu de choses aient été faites sur des questions politiques difficiles.

Plusieurs points clé ont été soulignés, notamment le désaccord sur les objectifs des émissions, la question du financement à long terme, et l'ampleur d’un tel appui.

La Chine et d'autres grands pollueurs du monde en développement n’ont proposé que des objectifs conservateurs pour réduire les émissions – un échec qui est lié à la réticence des pays développés à promettre un financement significatif pour les quelque 200 milliards de dollars par an qui seront nécessaires pour l'adaptation, l'atténuation, les transferts de technologie et le renforcement des capacités.

Comme de nombres croissants de ministres sont arrivés au Danemark, le Réseau d’action sur le climat a souligné que le plus gros échec jusque-là était le leadership politique.

Marcelo Furtado, directeur exécutif de 'Greenpeace Brésil', a déclaré qu'il est clair que les négociateurs n'avaient pas reçu des mandats leur permettant de résoudre les questions épineuses.

Furtado a souligné que lorsque l'industrie brésilienne résistait à l'abolition de l'esclavage, il y a 120 ans, soutenant qu'elle ne pouvait pas le supporter, l'argument moral qui a été soulevé a prévalu à la fin.

“Nous voici, 120 ans plus tard, en train de regarder un scénario très semblable. Les gens disent qu’il n'y a aucune discussion morale, (le débat n’a porté) que sur la technologie, que sur le financement”, a dit le militant de Greenpeace.

Là où de grands financements à long terme sont nécessaires, le monde développé n'a jusqu'ici offert que des financements à court terme. Les économies émergentes telles que la Chine, l'Inde et l'Afrique du Sud n'ont pas répondu à l'appel selon lequel elles doivent prendre des engagements fermes d'agir rapidement pour réduire leurs émissions.

“Le défi, cette semaine, est de demander la vision, la responsabilité et le leadership. Et cela tombe sur les épaules de tout le monde : des pays en développement comme le Brésil, la Chine et l'Inde qui devront accepter leurs engagements qui sont en train d’être mesurés et vérifiés, mais également les pays développés qui doivent mettre de l'argent sur la table et afficher la volonté de relever leurs ambitions”, a expliqué Furtado.

Le négociateur de l'Inde a déclaré à la presse, la semaine dernière, que sa priorité était la croissance économique et l'adaptation aux effets néfastes, avec l'atténuation prenant un siège en arrière. Le comportement de l'Afrique du Sud a été fermement condamné à une autre conférence de presse, au cours de laquelle 'Friends of the Earth International' (Amis de la terre international) a critiqué un nouveau prêt massif de la Banque mondiale à ce pays (le double de son engagement total à l'énergie renouvelable à travers le monde) pour la construction de nouvelles centrales thermiques massives.

Un accord visant à réduire les émissions dues à la déforestation est dominant depuis le début de la conférence. Mais sur ce front, les militants étaient préoccupés qu’au cours du week-end, des mesures de sauvegarde vitales pour les populations indigènes n’aient été déplacées du corps principal du texte légalement applicable, dans le préambule.

Dr Rosalind Reeve de 'Global Witness' a attiré l’attention sur la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Ghana – s'exprimant au nom du Groupe Afrique – et l'Inde comme ayant travaillé au cours du week-end pour supprimer l'expression claire qui disait que les parties “doivent le mettre en application”, en le remplaçant par les mots très faibles “devraient protéger”.

Si ces mesures de sauvegarde sont perdues, a affirmé Reeve, il n'y a plus de garanties pour les droits des populations indigènes dans le REDD (Réduire les émissions de la déforestation et la dégradation des forêts).

*Cet article apparaît en ligne dans le bulletin TerraViva de IPS, 'TerraViva online daily on COP15' http://www.ips.org/TV/copenhagen/, publié quotidiennement pour la Conférence des Nations Unies sur le changement climatique à Copenhague.