MASERU, 2 déc (IPS) – Dans la chaleur de plomb de l'été de midi, la voix aiguë d’un adolescent peut être distinctement entendue puisqu'il rassemble continuellement son bétail. Fier dans ses haillons de pauvre apparent qui étaient d'habitude une couverture et des bottes de caoutchouc noires, la seule chose qui occupe son esprit est son troupeau, ses compagnons de tous les jours, rien d'autre.
Il s’appelle Motlalepula Mohapinyane, 16 ans, de Ha Khoabane, à Thaba Bosiu, à quelque 40 kilomètres à l'est de Maseru, la capitale du Lesotho. Il conduit en troupeau le bétail de son père depuis 2007, après qu’il a abandonné le Niveau B (la classe de 5ème) à 'Letsie High' (Collège de Letsie), à Thaba Bosiu. Il en sait un peu sur le VIH/SIDA, ainsi que sur les conseils et le dépistage volontaire (CDV). Mais il n'a pas eu l'occasion d'aller au centre de santé du village pour se faire dépister. “Je n'ai pas eu le temps d'aller à cause des animaux, et mon père ne me permettra pas de quitter le troupeau. Peut-être que j’irai quand je serai adulte”, ajoute-il rapidement. Il dit qu'il a brièvement participé à un ou deux campagnes de sensibilisation sur le VIH/SIDA organisées par le centre de santé, et a appris un peu sur l’utilisation de préservatifs comme un moyen de prévention contre l'infection à VIH. “Je n'utilise le préservatif que si j'ai la chance d’en posséder un”, rit-il timidement. Les bergers au Lesotho constituent l'un des quelques groupes de la société qui ont été marginalisés par les roues rapides du progrès démocratique. Leur compréhension du VIH/SIDA est assez limitée, et pour eux, c’est comme n'importe quel autre virus. Leur manque d'éducation sur la maladie les place à un risque plus grand de contracter le VIH. Selon les données du Fonds des Nations Unies pour l'enfance, plus de 90 pour cent des Basotho sont informés du SIDA, toutefois, sur ce taux, seulement 25 pour cent sont complètement informés du virus. La gravité de la vulnérabilité des jeunes à l'infection à VIH est mise en évidence par les données bouleversantes. L'activité sexuelle commence dès 12 et 14 ans, respectivement pour les hommes et les femmes. Seulement 10 pour cent des hommes et six pour cent des femmes utilisent de préservatifs quand ils ont des rapports sexuels pour la première fois. Et il n'est pas facile de trouver des données sur les bergers dans les centres de santé, concernant leur participation au CDV. “De la façon dont nos livres d'enregistrement ont été conçus, il n'est pas facile de classer nos patients selon leur profession, mais seulement selon leur sexe, leur âge et leurs villages”, explique Lihamang Maebo, la clinicienne en chef du centre de santé de la Croix-Rouge de Thaba Bosiu. Maebo affirme qu'ils peuvent surtout identifier les élèves dans leurs uniformes; autrement, ils les classent comme des jeunes. Un autre facteur qui fait qu’il est difficile d'identifier les bergers, dit-elle, est que plus de jeunes femmes vont pour le dépistage que leurs homologues hommes. Toutefois, cette infirmière en chef estime qu'au taux actuel, les jeunes semblent vouloir connaître leur statut; l'éducation au SIDA semble avoir dégouliné même jusqu’aux groupes les plus marginalisés comme les bergers. La Commission nationale de lutte contre le SIDA (NAC) indique que le développement d'un plan stratégique pour l'autonomisation des bergers est en cours. “Nous plaidons pour des clubs de bergers, et une étude visant à recueillir des données sur cette catégorie de jeunes, et à savoir combien d'entre eux sont des femmes, est toujours en cours”, a déclaré Machale Sepitla, la directrice de la NAC. Elle a dit que l'étude viserait à reconnaître la vulnérabilité des bergers, à établir l'ampleur du problème ainsi qu'à avoir des informations factuelles relatives au VIH/SIDA. Motlalentoa Hlehlisi, président de l'Association des bergers du Lesotho (également appelée Monna-ka-khomo), est aussi conforme à la déclaration de la NAC: “Nous avons inclus le VIH/SIDA dans nos programmes de travail afin de doter les bergers de connaissances sur ces questions. Et pour le moment, nous sommes en train d'élaborer une politique et un plan stratégique pour les bergers sur le VIH/SIDA avec l'aide de la NAC “, confie-t-il. Le gouvernement du Lesotho est également en train de régler des problèmes de la jeunesse tels que celui auquel est confronté Mohapinyane. Selon le secrétaire principal du ministère du Genre, de la Jeunesse, des Sports et Loisirs, Makalo Theko, un Conseil national des jeunes devrait s’installer en mars 2010. Les résolutions du conseil obligeront le gouvernement, et il sera chargé d'appliquer les recommandations contenues dans la Politique de la jeunesse, et de considérer les questions et les défis que rencontrent les jeunes, tels que le VIH/SIDA, le chômage, les niveaux élevés d'analphabétisme et l'abus de drogues. Il est prévu que ce conseil aidera à faciliter la finalisation d'une politique nationale pour la jeunesse – qui a connu des années de retard dans les rayons des technocrates. Ce conseil devrait apporter de l'espoir à ces jeunes marginalisés puisqu’ils seront aussi directement impliqués dans son administration. Cependant, tous ces développements de projets constituent un mythe pour des membres de la plupart des groupes de la société tels que Mohapinyane, qui demeure inconscient des risques auxquels il est actuellement confronté par rapport au VIH/SIDA. “Je veux juste être adulte, et avec ce bétail, je me marierai et j’aurai beaucoup d'enfants aussi, comme mon père”. Et avec cela, il jette une pierre à un animal du troupeau, jure si fort que c'est bouleversant à l’oreille, avant de courir après son bétail.

