AGRICULTURE-MALI: Quand la météo lutte contre la faim!

BAMAKO, 22 oct (IPS) – Au Mali, les bulletins météorologiques diffusés par les médias publics sont devenus incontournables pour la sécurité alimentaire. Et grâce à l’assistance agro météorologique aux paysans, les récoltes attendues en novembre prochain s’annoncent bonnes dans plusieurs localités du pays.

Le service météorologique national, qui émet ces bulletins météorologiques, regroupe une équipe pluridisciplinaire composée de scientifiques, de communicateurs et de représentants d’organisations non gouvernementales. «Beaucoup de gens étaient inquiets au début de l’hivernage parce que cette année encore, les pluies sont venues en retard (juillet au lieu de fin mai). Mais par la suite, les choses sont rentrées dans l’ordre, nous attendons de bonnes récoltes…», affirme Sékou Togola, un paysan de la commune de Oueléssebougou, située dans le sud du Mali. Perdus au milieu des champs de céréales, arrivées presque à maturité, les 44 villages de cette commune rurale partagent l’optimisme de Togola. «C’est surtout grâce aux conseils que la météo nous donne sur de nouvelles techniques culturales, que tout le monde fera de bonnes récoltes. Je ne connais pas un paysan des villages de la circonscription administrative de Oueléssebougou qui ne tient pas compte des conseils de la météo pour les travaux champêtres», dit-il à IPS. En plus des températures et des précipitations, les bulletins météo comportent plein de conseils sur la bonne conduite des travaux champêtres. Sur les antennes de la radio et de la télévision nationales, hormis les traditionnels bulletins quotidiens, il y a une prévision annuelle, au début de chaque saison de pluies. Cette prévision propose aux paysans la date des semis et les variétés de cultures qu’il faut choisir en fonction des caractéristiques pédologiques des terres exploitées dans les différentes régions du pays. La prévision annuelle est diffusée la première fois en avril-mai et est mise à jour en juin. En plus, il y a des prévisions décadaires qui donnent la quantité de pluies enregistrées tous les dix jours et des conseils pratiques aux paysans. L’assistance agro météorologique aux paysans a été introduite au Mali dans les années 1990 à cause de la réduction constante de la durée des saisons de pluies, qui commençaient jadis à la fin mai pour s’achever en octobre. Le problème pluviométrique date pourtant de bien plus longtemps. «Après les sécheresses de 1974-1984, le niveau des pluies a commencé à baisser de façon continue au Mali jusqu’à nos jours. Aujourd’hui, plus aucune région de notre pays ne reçoit 1.500 mm de pluie par an», indique à IPS, Sidi Konaté, professeur à l’Ecole nationale d’ingénieur du Mali, basée à Bamako, la capitale. Ainsi, la sécurité alimentaire est devenue un défi constant pour les autorités. Selon un document de l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA, sigle en anglais), le Mali ne cesse de perdre des espaces cultivables à cause du manque continuel des pluies. Le document a été publié dans 'Partnerships and Grants' à l’occasion de la conférence internationale sur la révolution verte en Afrique, organisée par l’AGRA, à Bamako du 5 au 9 octobre.

La conséquence de ce problème climatique est l’accentuation de l’insécurité alimentaire et de la pauvreté dans les milieux paysans. «Le revenu moyen par habitant ne dépasse pas 500 dollars par an, et 30 pour cent des enfants du pays souffrent de malnutrition», souligne le document. Selon le Programme des Nations Unies pour le développement, 73,4 pour cent des Maliens en milieu rural vivaient en 2008 sous le seuil de pauvreté avec moins d’un dollar.

L’objectif de l’assistance agro météorologique est de diffuser des informations météorologiques pouvant aider les paysans à augmenter leurs productions agricoles en les adaptant au changement de la pluviométrie. Par ailleurs, pour combler le déficit de pluies, le gouvernement a introduit, en 2005, dans le programme de l’assistance agro météorologique, les pluies provoquées qui se pratiquent chaque année. «Cela a permis d’augmenter la pluviométrie de 10 ou 15 pour cent environ», explique Daouda Zan Diarra, le responsable national du Programme d’assistance agro météorologique. Mais, il n’y a pas qu’aux paysans que s’adressent les bulletins météo. A la fin de chaque campagne agricole, vers février, une prévision annuelle est diffusée sur la situation alimentaire de ce pays sahélien d’Afrique de l’ouest: une sorte de pronostic qui évalue, entre autres, les stocks de sécurité, notamment pour les céréales. «Ce système d’alerte précoce permet d’évaluer la situation alimentaire au cours de l’année jusqu’aux prochaines récoltes. Elle indique également aux décideurs politiques et aux organismes d’aide les zones à risque alimentaire», ajoute Diarra à IPS. En termes de résultats, les paysans ne tarissent pas d’éloges sur l’assistance agro météorologique qui leur a enseigné, par ailleurs, de nouvelles méthodes de travail. «Avant l’assistance de la météo, nous perdions beaucoup d’énergie et de semences, car nous n’avions pas en réalité un plan de travail. Nous avions l’habitude de semer inutilement plusieurs fois le même champ et utilisions des semences non adaptées à une courte saison de pluie», témoigne Togola. Dans un contexte climatique de plus en plus difficile, c’est une chance inespérée pour des milliers de paysans que de pouvoir compter sur l’information météorologique pour améliorer leurs productions. «Les temps ont changé, et nous aussi, nous le devons. La météo ne nous donne pas tout, mais sans elle, nos champs ne feraient pas aujourd’hui le bon rendement qu’ils font», déclare Sali Samaké, une paysanne du village de Tamala, à sept kilomètres de Oueléssebougou. Selon le responsable national du programme d’assistance agro météorologique, 50 pour cent des paysans assistés ont augmenté leur production de sorgho de près de 500 kilogrammes par hectare à 1.325 kg par hectare. Quant au mil, son rendement est passé environ de 350 kg à 800 kg par hectare.