DROITS-MAURICE: Une enfant de la rue se reprend en main

PORT-LOUIS, 13 oct (IPS) – La petite Marie-Noël n’a que 16 ans, mais se sent parfois vieille tant elle a eu une vie difficile jusqu’ici dans son pays, en Ile Maurice. Cette enfant des rues de la Cité Briquetterie, banlieue de Port-Louis, la capitale de mauricienne, lutte pour mener une vie normale grâce au football.

Le football qu’elle adore pourrait bien être sa bouée de sauvetage. Elle est actuellement encadrée par l’organisation non gouvernementale (ONG) Service d’accompagnement et de formation, d’intégration et de réhabilitation de l’enfant (SAFIRE) qui tente de réinsérer socialement les enfants de rues.

«Je rêve d’être une grande footballeuse et de représenter le pays lors des championnats. Je ferai tout pour ne plus être dans la rue», déclare cette adolescente qui est déjà une vedette dans son quartier. L’année dernière, Marie-Noël a représenté le pays à la Commission jeunesse et sports de l’océan Indien où elle a décroché une médaille d’argent. Elle évoluait au sein de la sélection nationale de football féminin qui a disputé la finale contre l’équipe des Seychelles. Au sein de l’équipe de football, Cercle de Latanier, elle occupe la position d'attaquante. Actuellement, elle se prépare pour une tournée à Rodrigues, une île située dans le nord-est de Maurice, avec son équipe, prévue pour l’année prochaine. La vie semble lui sourire actuellement et elle se dit comblée. Elle vient d’être admise à l’école de Fatima à Triolet, institution qui s’occupe des enfants qui ont eu une scolarité difficile.

Mais si maintenant, sa vie semble se stabiliser, les coups durs ont longtemps fait partie de son quotidien. Marie-Noël vient d'une famille brisée. Son père a été emprisonné pour trafic de drogues alors que sa mère est également dans le trafic de substances illicites. Elle et ses frères et sœurs sont constamment livrés à eux-mêmes. Pour s’occuper, Marie-Noël joue au football avec tout ce qui lui tombe sous la main. «Autrefois, je shootais dans des boites de conserve car je n’avais pas de ballon. Parfois, il m’arrivait de jouer au football avec des voisins qui en avaient un. Ils me toléraient, mais ne comprenaient pas comment une fille pouvait s’intéresser autant au football», raconte-t-elle.

Marie-Noël a toujours voulu être différente de ses parents et sa rencontre avec le travailleur social Edley Maurer, membre de SAFIRE, lui a permis d’avoir une autre perspective de la vie. Sachant qu’elle aime le football, Maurer lui a offert un ballon. «Edley m’a encouragée et soutenue. Il a été la seule personne à croire en moi et à m’écouter. Sans SAFIRE, je n’aurais pas été ce que je suis maintenant», dit-elle non sans fierté.

Maurer a confié à Manuella Tance, une dame membre aussi de SAFIRE, la tâche d’accompagner la jeune fille. Au départ, le courant ne passe pas entre elles. Le dégel dans leurs relations survient au bout de quelques mois. «Marie-Noël avait la volonté de réussir, mais quand nous l’avons rencontrée, elle ne croyait pas en elle. Nous avons dû la motiver, la guider. C’est une adolescente qui ira loin dans la vie car elle a du potentiel et la volonté de s’en sortir», explique Tance. Marie-Noël confie qu’elle a le cœur gros quand elle pense à la vie choisie par ses parents. Evoquer leur nom est pour elle comme une blessure à vif alors que ce dont elle rêve, c’est de mener une vie normale entourée de ses parents. Elle fréquente une école d’accompagnement pour les recalés du cycle primaire et les enfants en difficulté. Depuis peu, elle aide sa petite sœur à se remettre sur les rails. «J’agis comme une maman avec elle et parfois, c’est dur», dit-elle. Elle tente même de l’initier au football. Tance estime que c’est difficile pour une adolescente de cumuler les rôles de maman et de sœur, mais que Marie-Noël s’applique et se donne beaucoup de peine pour y parvenir. «Elle voulait même arrêter l’école et trouver un travail pour subvenir aux besoins de sa petite sœur. Nous l’en avons dissuadée et nous avons pu la convaincre de la nécessité de continuer d’aller à l’école. Marie-Noël est un exemple. Heureusement que nous l’avons rencontrée à temps car elle aurait pu mal tourner». Ces éducateurs n’ont pas oublié le cas du violeur de Sodnac, dans la périphérie de la ville de Quatre-Bornes, dans le centre-ouest de Maurice. Il s’agissait d’un enfant des rues, qui était suivi par des éducateurs, mais qui a pris une mauvaise pente lorsque les autorités ont mis un terme au projet d’éducateurs des rues. C’est un adolescent de 17 ans qui avait violé, l’an dernier sur un terrain en friche à Sodnac, une étudiante de l’Université de Maurice, âgée de 22 ans, en plein jour. Les éducateurs pensent que si l’encadrement s’était poursuivi, l’enfant n’aurait peut-être pas commis ce délit. Marie-Noël s’est mise en tête de devenir footballeuse professionnelle et chaque matin, elle s’entraîne avec entrain pour y arriver. «Je vais me battre, même si je sais que ce sera difficile. J’ai eu une enfance dure, il est vrai, mais ce n’est pas pour autant que je vais arrêter de lutter», dit-elle. «J’ai compris que malgré les absences de mes parents, il y a des gens autour de moi qui m’aiment et qui comptent sur ma réussite». Elle lance un appel aux jeunes qui sont déboussolés, comme elle l’était il n’y a pas si longtemps. «J’ai longtemps été une enfant des rues, mais maintenant, je veux changer de vie. SAFIRE a été pour moi un tremplin. Si j’ai réussi à me prendre en main, les autres enfants de rues pourraient en faire autant. Il suffit de le vouloir…», ajoute Marie-Noël. *(Kendy Mangra est journaliste à Maurice et a écrit cet article pour 'Gender Links', une organisation non gouvernementale d’Afrique australe qui lutte pour l’égalité de genre. Cet article est publié en vertu d'un accord de coopération entre 'Gender Links' et IPS).