NIGERIA: L’investissement dans l’éducation primaire doit inclure les enseignants

BADAGRY, Nigeria, 18 sep (IPS) – Le Nigeria a, au cours des 10 dernières années, enregistré de taux élevés de scolarisation et d'écoliers qui terminent l'enseignement primaire.

De 67 pour cent en 1990, la scolarisation est montée en flèche à 74 pour cent en 2000, et à 91 pour cent en 2007. Le taux d'écoliers qui terminent leur scolarité s’est également amélioré, passant de 60 pour cent en 1990 à 76 pour cent en 2003, et à 82 pour cent en 2007. Le taux de scolarisation continue par augmenter.

Ces taux de scolarisation impressionnants ont été atteints en grande partie grâce à l’introduction, par le gouvernement fédéral, d'une politique d'Education de base universelle (UBE) en 1999, afin de coordonner l'éducation de base obligatoire et gratuite pour tous dans l'enseignement primaire et au premier cycle du secondaire.

Avec le financement du gouvernement fédéral et de l'État de Lagos, les commissions de l’UBE ont construit de nouvelles salles de classe et réparé d'autres, offert des livres et du matériel didactique aux écoles. Elles ont aussi commencé par former et recycler des enseignants, et ont mobilisé les communautés et les parents.

Des projets similaires ont été menés à travers les commissions de l’UBE dans tous les 36 États du pays, et des autorités gouvernementales locales de l'éducation ont lancé des campagnes de sensibilisation pour faire amener dans les écoles les enfants en âge d’aller à l’école.

Dans l'État de Lagos, par exemple, le gouvernement a augmenté la sensibilisation à travers les cadres de la Commission de l'éducation de base universelle de l’Etat (SUBEB), utilisant des mégaphones montés sur des véhicules pour faire campagne en faveur de l'inscription des enfants dans les écoles, notamment dans les écoles publiques.

Il y avait aussi des jingles de la SUBEB à la radio et à la télévision, demandant aux parents d'amener leurs enfants ou pupilles dans les écoles primaires publiques pour inscription.

La situation dans les zones sous l'autorité du gouvernement local de Badagry, non loin de Lagos, la plus grande ville du Nigeria, qui avait un faible taux de scolarisation, s’est rapidement améliorée.

Les chiffres ont rapidement augmenté. Avant l'opération, certaines écoles avaient moins de 500 écoliers. “Au cours de l’année scolaire précédente, la plupart des écoles ont enregistré plus de 1.000 élèves. Nous sommes arrivés à un niveau où nous étions obligés de scinder les écoles en deux”, a déclaré Onilude Olusegun, secrétaire de l’Autorité pour l’éducation du gouvernement local de Badagry. L’Ecole primaire de Gbenepo, Adjara (effectif 3.000), a été scindée en deux. L'Ecole primaire de l’autorité locale, Ajara, avec environ 2.000 élèves, et l'école publique Igorosun, avec environ 1.500 élèves, ont été également divisées. L'autorité locale révèle qu’il y a actuellement plus de 27.550 élèves (13.855 garçons et 13.695 filles) dans les trois Zones de développement du conseil local (LCDA) couvertes par l'Autorité de l’éducation de Badagry.

Olusegun a dit à IPS que si les inscriptions continuent d'augmenter au cours de la prochaine année scolaire (fin septembre), davantage d'écoles seront scindées pour désengorger les salles de classes.

Les présidents des trois LCDA, avec Abudu Amina, président de la LCDA d’Olorunda, particulièrement actif, ont orienté des ressources vers les écoles, fournissant gratuitement des cahiers d’exercices, des livres dans les matières principales, et des uniformes gratuites; offrant de nouvelles tables et bancs et rénovant des salles de classe. Dans la LCDA de Badagry, toutes les écoles ont été dotées de puits artésiens et de groupes électrogènes pour alimenter les pompes à eau.

Abudu nous a donné de nouvelles structures à l'école primaire à Iworo. Il a rénové des salles de cours à l'école de l’autorité locale, Ibereko. Il a touché l'école primaire d’Arada et l'école primaire anglicane Iworo”, a indiqué Olusegun.

Outre des campagnes de la SUBEB, le gouvernement local de Badagry a une autre bonne raison de l'augmentation des inscriptions. IPS a appris que beaucoup de gens sont en train de quitter Lagos métropolitaine pour des zones rurales, et Badagry constitue aujourd'hui un paradis pour ces personnes.

“Les gens viennent de Lagos à Badagry pour construire des maisons; alors, nous avons tout à fait un accroissement du nombre d'élèves. L'éducation gratuite est là-bas depuis longtemps, mais à cause des livres et des cahiers d'exercices gratuits, beaucoup de parents sont en train de retirer leurs enfants des écoles privées pour les écoles publiques afin de jouir des dividendes de la démocratie”, a déclaré Olusegun.

“Je ne pense pas qu’un enfant ait un motif de ne pas pouvoir lire et écrire dans cette zone”.

Mais, tout n'est pas rose pour l'éducation dans la région, puisque l'augmentation des inscriptions a mis la pression sur les infrastructures et le nombre limité d'enseignants.

“Bien qu'il y ait plus d'enseignants, le ratio maître-élève est encore trop élevé. Nous avons besoin de plus d'enseignants. Nous avons encore certaines écoles – notamment dans les zones riveraines – qui demandent des bâtiments, de mobilier et des enseignants”, a-t-il dit.

Il y a 757 enseignants sous l’Autorité de l’éducation du gouvernement local de Badagry, correspondant à peu près à la moyenne nationale d’un enseignant pour 37 élèves, mais beaucoup mieux que par rapport à d'autres parties du pays. Des plaintes sur les salaires et les conditions de travail sont fréquentes à l'échelle nationale. Olusegun s'inquiète que la chance du Nigeria d'atteindre l’Objectif du millénaire pour le développement (OMD) de l'éducation primaire pour tous d'ici à 2015, soit menacée parce que les enseignants et les professeurs, à tous les niveaux d'éducation, sont constamment en grève.

“Je ne sais pas comment il sera atteint. Nous voyons tous les problèmes dans le secteur de l'éducation dans le pays. Dans certains États, des écoles primaires ont été fermées pendant plus d'une année.

“Le Syndicat des enseignants du Nigeria (NUT) s’échauffe pour une autre grève dans certains Etats, par rapport à la non-application d'une nouvelle grille salariale. Les établissements d'enseignement supérieur sont en grève. Je crains que nous ne soyons pas là en 2015”.