ZIMBABWE: Les petits fermiers se préparent à contrer les acheteurs de coton

HARARE, 22 août (IPS) – Les Zimbabwéens aiment bien croire qu’il y a la force dans les nombres. Cette croyance sous-tend l’effort d’une organisation non gouvernementale locale essayant d’organiser les petits producteurs de coton ruraux en une association des producteurs de coton.

La Coalition sur la dette et le développement du Zimbabwe (ZIMCODD), qui milite pour la justice commerciale, a commencé le projet comme la seule solution possible au problème des moyens d’existence non-viables des petits agriculteurs.

Ces associations servent de plates-formes où les fermiers s’échangent des connaissances sur l'utilisation de technologies appropriées et abordables destinées à accroître leur production agricole. Elles aident à établir de solides relations de travail entre les agriculteurs et les institutions de prestation de services et à créer des liens solides avec les agro-industries et les institutions de prêt.

Ce sont des associations volontaires formées par les petits fermiers pour mobiliser leurs ressources en vue d’une action collective. L'objectif est de commercialiser des pratiques des petits agriculteurs en utilisant un produit de base de grande valeur, tel que le coton, comme le moyen d’une transformation socio-économique.

Au début, le projet, lancé en 2005, concernait la fourniture d’informations pour aider les agriculteurs sur les questions de l’accès aux marchés; mais il implique maintenant un nombre varié de questions.

“Ces associations permettent aux agriculteurs de négocier et de revendiquer leurs droits aux services d’appui et à l'accès aux marchés auprès des autorités ; elles permettent aussi de faire pression pour des politiques favorables aux fermiers”, a déclaré à IPS, Dakarayi Matanga directeur de la ZIMCODD.

Il a ajouté que son organisation est en train de prendre également une approche délibérée pour promouvoir les droits des agricultrices, qui sont habituellement marginalisées dans les processus de prise de décisions.

“Ainsi, les femmes marginalisées connaîtront une augmentation de l’accès au marché, aux services d’appui et aux marchés de commerce équitable pour leurs produits de base”, a indiqué Matanga. “Les hommes veulent prendre des décisions au nom des femmes et des jeunes. A cet égard, les associations des producteurs assurent que les femmes et les jeunes peuvent influencer les prises de décisions”. Le secteur du coton au Zimbabwe a été libéralisé en 1994, après la commercialisation du Comité de vente du coton (CMB) d’alors qui est devenu la Société cotonnière du Zimbabwe (COTCCO). La libéralisation signifiait que de nouveaux acteurs sont devenus des acheteurs de coton chez les petits agriculteurs. Ces changements ont été défavorables aux petits producteurs de coton qui sont en train d’être exploités par des acheteurs de coton. L'industrie du coton est marquée par des politiques commerciales nationales, régionales et internationales injustes pour les petits producteurs de coton. Les agriculteurs ont moins de pouvoir de négociation que les acheteurs. Le processus de négociation en matière de l'achat et la vente du coton se produit entre deux partenaires extrêmement inégaux. Les agriculteurs sont confrontés à des défis tels que le manque d'organisation et la manipulation de la part des acteurs puissants dans le commerce, ce qui entraîne des contrats injustes et des prix bas. Cette situation a conduit à des moyens de subsistance non-viables et à la pauvreté dans les zones rurales où les agriculteurs restent. Au Zimbabwe, le coton est cultivé essentiellement par les petits agriculteurs communaux, avec environ 220.000 foyers dispersés à travers le pays, représentant plus de 98 pour cent de la production annuelle. Les zones Gokwe et Sanyati sont les principales zones de culture du coton. Les gens dans ces zones vivent dans la pauvreté, avec très peu d'accès à l'eau potable et aux centres de santé. Le coton est considéré comme leur seul moyen de sortir de la pauvreté. La ZIMCODD estime que les associations de producteurs de coton peuvent aider les agriculteurs à représenter efficacement leurs intérêts. “Il y a manque d'une voix rurale forte. La majorité des petits agriculteurs ne peuvent pas influencer les politiques agricoles pour bénéficier des services qui devraient être fournis pour faire d’eux des agriculteurs heureux”, a déclaré Matanga. “Ils n'ont pratiquement pas leur mot à dire dans la fixation des prix, tant des intrants reçus dans les dispositions du contrat sur l'agriculture que des rendements. Les acheteurs sont mieux organisés au niveau organisationnel et de l'industrie à travers l'Association des acheteurs et égreneurs de coton du Zimbabwe. “Alors que certains agriculteurs sont dépendants des intrants agricoles sous contrat à cause de leur pauvreté, il pourrait être vrai que cet arrangement est en train de pérenniser la condition des agriculteurs”. La ZIMCODD a récemment lancé une traduction du “Manuel de terrain pour les associations des producteurs de cultures de base en développement” de la Fondation WK Kellogg. Le manuel a été traduit dans la langue vernaculaire Shona comme un guide pratique pour la promotion d'une organisation efficace entre les petits agriculteurs. L'association estime que le manuel complètera l’initiative des associations des producteurs. Garikai Msika, le vice-président du Syndicat national des agriculteurs du Zimbabwe, a dit tant que les questions relatives à la production et la commercialisation du coton ne sont pas réglées, la culture du coton comme une option agricole faiblira. “Il y a longtemps que nous obtenons un accord brut et nous espérons qu’une telle aide de la part des groupes de la société civile permettra aux agriculteurs d’obtenir la vraie valeur de leurs cultures”, a déclaré Msika à IPS. “Mais cela ne signifie pas que le gouvernement ne devrait pas faire quelque chose pour les agriculteurs”. Msika veut voir le gouvernement monter la barre quand il s'agit de la récompense des fermiers en la mettant sur un pied d’égalité avec d’autres pays d'Afrique subsaharienne. La Zambie voisine devrait promulguer une Loi sur le coton destinée à protéger les droits des agriculteurs alors qu’au Mozambique, le ministère de l'Agriculture fixe les prix au producteur. En Ouganda, une Loi sur le coton qui protège les intérêts des agriculteurs est déjà en place. L'industrie du coton de la Tanzanie est réglementée par la Commission du coton de Tanzanie – une commission de vieille date -; ce qui a facilité la croissance de l'industrie au cours des dernières années. Cela a vu le pays passer du septième plus grand exportateur de peluche en Afrique à la troisième place en cinq ans.